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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010352

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010352

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010352
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 15 octobre 2020, M. B C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet par le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de sa demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

2°) d'enjoindre au directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder à ce rétablissement dans un délai de sept jours à compter de la notification du jugement, sous astreinte de 200 euros par jour de retard, à défaut, de prendre, dans un délai de deux mois à compter de cette même date, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, sous la même astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Office français de l'immigration et de l'intégration le versement à son avocat de la somme de 1 800 euros en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée n'est pas motivée ;

- elle est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 10 janvier 2024, l'Office français de l'immigration et de l'intégration demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. C.

Il soutient que les conclusions ne sont pas recevables dès lors qu'elles sont privées d'objet puisque M. C s'est vu rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter du 10 septembre 2020 et jusqu'au 31 octobre 2020 ; aucune décision implicite de rejet n'a pu naître.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. C par une décision du 4 mai 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n°91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. A a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. L'Office français de l'immigration et de l'intégration a présenté un mémoire en défense le 24 février 2021 mais il s'agit du mémoire en défense au titre de l'instance n° 2010355. Par suite, ce mémoire et les pièces qui y sont jointes, enregistrés sous le n° 2010352, doivent être rayées du registre du greffe du tribunal et jointes au dossier de la requête enregistrée sous le n° 2010355.

2. M. B C, ressortissant érythréen né en 1992, a déposé une demande d'asile auprès des services de la préfecture de Maine-et-Loire le 3 août 2018. Par arrêtés du 6 septembre 2018, le préfet de Maine-et-Loire a décidé le transfert de l'intéressé vers la Suisse en vue de l'examen de sa demande d'asile par les autorités de cet Etat et l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours. Par décision du 19 décembre 2018, le directeur général de l'Office Français de l'Immigration et de l'Intégration (OFII) a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil qui avaient été accordées à l'intéressé à la suite de l'enregistrement de sa demande d'asile. La décision de transfert n'ayant pas été exécutée dans le délai prévu par l'article 29 du règlement n° 604/2013 du 26 juin 2013, les autorités françaises sont devenues responsables de l'examen de cette demande d'asile. En conséquence, l'intéressé a sollicité le rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Cette demande a été reçue par l'Office français de l'immigration et de l'intégration le 30 juillet 2020. Estimant qu'une décision implicite de rejet de cette demande est née le 30 septembre 2020, M. C demande, par sa requête enregistrée le 15 octobre 2020, l'annulation de cette décision.

3. Aux termes de l'article R. 421-1 du code de justice administrative : " La juridiction ne peut être saisie que par voie de recours formé contre une décision () ".

4. Il ressort des pièces du dossier qu'antérieurement à l'expiration du délai dont disposait l'OFII pour statuer sur la demande tendant au rétablissement du bénéfice des conditions matérielles d'accueil à M. C, cette autorité a décidé de procéder au rétablissement et ce à compter du 10 septembre 2020. Cette demande n'a dès lors pas été rejetée par l'OFII. Ainsi, les conclusions de la requête sont dirigées, comme le soutient le défendeur, contre une décision de rejet qui n'existe pas et ne sont dès lors pas recevables.

5. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. C doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction. Doivent être également rejetées, en tout état de cause, les conclusions tendant à la mise en œuvre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Sur le retrait de l'aide juridictionnelle :

6. Aux termes de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique : " Sans préjudice des sanctions pénales éventuellement encourues, le bénéfice de l'aide juridictionnelle () est retiré, en tout ou partie, dans les cas suivants : () / 4° lorsque la procédure engagée par le demandeur bénéficiant de l'aide juridictionnelle a été jugée () manifestement irrecevable () ". L'article 51 de cette loi précise que : " () Le retrait est prononcé : () 2° Par la juridiction saisie dans le cas mentionné au 4° du même article 50. ". Ces dispositions instaurent au profit du juge, dans l'intérêt d'une bonne administration de la justice, le pouvoir de prononcer, sans qu'il y ait lieu de mettre en œuvre les exigences d'une procédure contradictoire, le retrait total de l'aide juridictionnelle accordée pour une requête qu'il juge manifestement irrecevable.

7. Comme cela a été indiqué au point 5, il résulte de l'instruction que la requête présentée par M. C est dirigée contre une décision qui n'existe pas, l'intéressé s'étant vu accorder, antérieurement à l'enregistrement de cette requête, le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Elle est ainsi manifestement irrecevable au sens des dispositions précitées de l'article 50 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, par suite, de prononcer le retrait de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à M. C dans l'instance n° 2010352 par une décision n° 2020/17171 du 4 mai 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

D É C I D E :

Article 1er : Le mémoire en défense et les pièces qui y sont jointes enregistrées le 24 février 2021 seront rayés du registre du greffe du tribunal pour être joints au dossier de la requête n° 2010355.

Article 2 : La requête présentée par M. C est rejetée.

Article 3 : La décision n° 2020/17171 du 4 mai 2021 par laquelle la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif a accordé à M. C le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale au titre de l'instance n° 2010352 est retirée.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B C, à l'Office français de l'immigration et de l'intégration et à Me Hamid Kaddouri.

Une copie en sera adressée au bâtonnier de l'Ordre des avocats d'Angers et à la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

Le rapporteur,

D. A

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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