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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010554

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010554

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010554
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 et 28 octobre 2020,

M. C E, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire ;

2°) d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays de destination ;

3°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour, ou, à titre subsidiaire, de procéder au réexamen de sa situation administrative, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Rodrigues Devesas, son avocate, de la somme de 1 500 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, laquelle s'engage à renoncer à percevoir la contribution versée par l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- la décision n'est pas suffisamment motivée ;

- elle méconnaît les dispositions des articles L. 313-15, L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- la compétence du signataire de cette décision n'est pas établie ;

- la décision est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. E a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du

23 octobre 2020.

Vu les pièces du dossier ;

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans sa version alors applicable;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E, ressortissant tchadien né le 1er juillet 2002, déclare être entré en France en août 2018. Par un jugement en assistance éducative rendu par le tribunal de grande instance de A du 2 octobre 2019, sa tutelle a été confiée au conseil départemental de la Loire-Atlantique. Le 22 mai 2020, il a sollicité la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions des articles L. 313-15, L. 313-11 (7°) et L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par un arrêté du 6 juillet 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande, a assorti ce refus d'une obligation de quitter le territoire français dans un délai de trente jours et a fixé le pays de destination. Par un arrêté du 22 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours renouvelable. Par sa requête, M. E demande au tribunal d'annuler l'arrêté du 6 juillet 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français dans un délai de trente jours à compter de la notification de la décision et a fixé le pays de destination.

2. Par un jugement du 3 novembre 2020, le magistrat désigné du tribunal administratif de A a rejeté les conclusions du requérant tendant à l'annulation de l'arrêté du 6 juillet 2020 du préfet de la Loire-Atlantique faisant obligation au requérant de quitter le territoire français.

3. Il a, par ailleurs, renvoyé les conclusions à fin d'annulation présentées par l'intéressé dirigées contre l'arrêté du 6 juillet 2020 en tant que le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour devant une formation collégiale du tribunal, laquelle y statue par le présent jugement.

Sur les conclusions tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire :

4. Par décision du 23 octobre 2020, M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, ses conclusions tendant à l'octroi de l'aide juridictionnelle provisoire sont devenues sans objet. Il n'y a dès lors pas lieu d'y statuer.

Sur les conclusions aux fins d'annulation du refus de titre de séjour :

5. En premier lieu, l'arrêté contesté a été signé par Mme D B, directrice des migrations et de l'intégration à la préfecture de la Loire-Atlantique, à laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a consenti, par un arrêté du 30 juin 2020 régulièrement publié, une délégation à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour, obligation de quitter le territoire français et fixant le pays de renvoi. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de l'auteure de l'acte manque en fait.

6. En deuxième lieu, l'arrêté attaqué vise les articles L. 313-11 (7°), L. 313-14 et L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, dont le préfet a fait application. En outre, il mentionne que le titre de séjour est refusé à l'intéressé au motif tiré de ce que celui-ci, en produisant un acte de naissance apocryphe, non conforme à la loi tchadienne, n'a pas établi son identité et par suite sa minorité lors de son entrée sur le territoire français, et partant qu'il ne justifie pas ainsi remplir les conditions pour prétendre au bénéfice du titre de séjour prévu par les dispositions de l'article

L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il mentionne également que l'intéressé n'établit pas être dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine, qu'il est célibataire et sans enfants et ne justifie pas de liens personnels et familiaux en France tels qu'un refus de titre de séjour porterait une atteinte excessive à son droit au respect de la vie privée et familiale. Enfin, il mentionne qu'il ne justifie ni de considérations humanitaires, ni de motifs exceptionnels au sens des dispositions de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il suit de là que l'arrêté attaqué est suffisamment motivé.

7. En troisième lieu, l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dispose que : " A titre exceptionnel et sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire prévue au 1° de l'article L. 313-10 portant la mention " salarié " ou la mention " travailleur temporaire " peut être délivrée, dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, à l'étranger qui a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et l'âge de dix-huit ans et qui justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle, sous réserve du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans le pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Le respect de la condition prévue à l'article L. 313-2 n'est pas exigé ". Aux termes de l'article R. 311-2-2 du même code : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité et, le cas échéant, de ceux de son conjoint, de ses enfants et de ses ascendants. () La délivrance du premier récépissé et l'intervention de la décision relative au titre de séjour sollicité sont subordonnées à la production de ces documents. ".

8. Lorsqu'il examine une demande d'admission exceptionnelle au séjour en qualité de " salarié " ou " travailleur temporaire ", présentée sur le fondement de ces dispositions, le préfet vérifie tout d'abord que l'étranger est dans l'année qui suit son dix-huitième anniversaire, qu'il a été confié à l'aide sociale à l'enfance entre l'âge de seize ans et dix-huit ans, qu'il justifie suivre depuis au moins six mois une formation destinée à lui apporter une qualification professionnelle et que sa présence en France ne constitue pas une menace pour l'ordre public. Il lui revient ensuite, dans le cadre du large pouvoir dont il dispose, de porter une appréciation globale sur la situation de l'intéressé, au regard notamment du caractère réel et sérieux du suivi de cette formation, de la nature de ses liens avec sa famille restée dans son pays d'origine et de l'avis de la structure d'accueil sur l'insertion de cet étranger dans la société française. Il appartient au juge administratif, saisi d'un moyen en ce sens, de vérifier que le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation ainsi portée.

9. Pour rejeter la demande de titre de séjour de l'intéressé, le préfet de la Loire-Atlantique a estimé que si M. E présentait un rapport éducatif et social favorable quant à son insertion dans la société française, il a toutefois produit à l'appui de sa demande un acte de naissance apocryphe et que, par suite, il ne peut attester légalement de son identité et de sa situation de mineur lors de son entrée en France.

10. Aux termes de l'article L. 111-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil. () ". Aux termes de l'article 47 du code civil : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ". Il résulte de ces dispositions que la force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties. Pour juger qu'un acte d'état civil produit devant lui est dépourvu de force probante, qu'il soit irrégulier, falsifié ou inexact, le juge doit en conséquence se fonder sur tous les éléments versés au dossier dans le cadre de l'instruction du litige qui lui est soumis. Ce faisant, il lui appartient d'apprécier les conclusions à tirer de la production par l'étranger d'une carte consulaire ou d'un passeport dont l'authenticité est établie ou n'est pas contestée, sans qu'une force probante particulière puisse être attribuée ou refusée par principe à de tels documents.

11. Il ressort des pièces du dossier que, pour établir son identité, et par suite sa minorité lors de son entrée sur le territoire français, M. E a produit à l'appui de sa demande de titre de séjour un acte de naissance dressé le 29 août 2018 par l'officier d'état civil de la commune d'Amtiman. Pour conclure au caractère apocryphe de cet acte, le préfet soutient que l'acte a été dressé tardivement, en méconnaissance des dispositions de l'article 25 de la loi n° 008/PR/2013 du 10 mai 2013 portant organisation de l'état civil tchadien prévoyant que les naissances doivent être déclarées dans un délai de trois mois, délai au-delà duquel un acte de naissance ne peut être délivré qu'en transcription d'un jugement supplétif rendu par le tribunal de première instance du lieu de naissance. Si le requérant soutient que ces dispositions ne sont pas applicables aux naissances intervenues antérieurement à la date d'entrée en vigueur de cette loi, il n'en résulte pas moins que les dispositions de l'ordonnance 3/INT du 2 juin 1961 prévoient que les naissances doivent être déclarées dans un délai de deux à quatre mois. Ainsi, l'acte de naissance dressé le 29 août 2018, en dehors de tout jugement supplétif, a été dressé tardivement, en dehors du cadre légal, que celui-ci résulte de l'application de l'ordonnance 3/INT du

2 juin 1961 ou de la loi du 10 mai 2013. Dans ces conditions, la copie de l'acte de naissance produit et les pièces versées au dossier par le requérant ne sont pas de nature à établir son identité, nonobstant la circonstance que M. E a été confié aux services de l'aide sociale à l'enfance à la suite d'un jugement en assistance éducative du tribunal pour enfants de A en date du 2 octobre 2019, dont la chose jugée ne faisait pas obstacle à ce que le préfet s'interroge sur l'état-civil de l'intéressé, et ne lie pas le présent tribunal. Dans ces conditions, en rejetant la demande de titre de séjour pour le motif évoqué au point 9, le préfet de la Loire-Atlantique n'a pas entaché sa décision d'erreur d'appréciation.

12. En quatrième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ". Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus () ".

13. Il ressort des pièces du dossier que M. E, célibataire et sans charge de famille, est entré en France en 2018, soit depuis moins de deux ans à la date de la décision attaquée. S'il se prévaut d'une insertion dans la société française, notamment par les stages et démarches professionnalisantes effectuées dans le cadre des mesures d'assistance éducative ordonnées à son égard, il ne peut être ainsi regardé comme ayant noué sur le territoire national des liens particulièrement intenses, anciens et stable, et l'intéressé n'est pas dénué d'attaches familiales dans son pays d'origine où réside sa mère et où il a vécu jusqu'en 2018. Dans ces conditions, la décision attaquée ne porte pas au droit de M. E au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts poursuivis. Par suite, elle ne méconnaît pas les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ni les dispositions du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

14. En cinquième lieu, aux termes de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de séjour temporaire mentionnée à l'article

L. 313 11 ou la carte de séjour temporaire mentionnée aux 1° et 2° de l'article L. 313 10 peut être délivrée, sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, à l'étranger ne vivant pas en état de polygamie dont l'admission au séjour répond à des considérations humanitaires ou se justifie au regard des motifs exceptionnels qu'il fait valoir, sans que soit opposable la condition prévue à l'article L. 313-2. () ".

15. M. E soutient qu'il est présent sur le territoire français depuis le mois d'août 2018 et qu'il a été pris en charge par le conseil départemental en sa qualité de mineur isolé. Toutefois, de tels motifs ne caractérisent pas l'existence de considérations humanitaires ou de motifs exceptionnels au sens de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance de cet article doit être écarté.

16. Il résulte de tout ce qui précède que M. E n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 6 juillet 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour.

Sur les conclusions aux fins d'injonction et d'astreinte :

17. L'exécution du présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions de la requête aux fins d'injonction et d'astreinte doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

18. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une quelconque somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions de la requête de M. E tendant au bénéfice de l'aide juridictionnelle provisoire.

Article 2 : la requête de M. E est rejetée.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à Me Rodrigues Devesas et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le rapporteur,

Y. F

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2010554

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