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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010633

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010633

jeudi 22 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010633
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSELARL LEXCAP RENNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2004355 du 22 octobre 2020, le président de la première chambre du tribunal administratif de Rennes a transmis au tribunal, en application de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la requête enregistrée le 9 octobre 2020 présentée par la SCI La Goupillère.

Par cette requête et un mémoire, enregistré le 6 avril 2023, la SCI La Goupillère, représentée par Me Rebillard, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 par laquelle le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Laval Agglomération a approuvé le plan local d'urbanisme intercommunal, en tant qu'elle crée une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25 située sur le territoire de la commune de Saint-Berthevin, ainsi que la décision du 7 août 2020 par laquelle le président la communauté d'agglomération Laval Agglomération a rejeté son recours gracieux ;

2°) de mettre à la charge de la communauté d'agglomération Laval Agglomération une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la délibération attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors que les conclusions de la commission d'enquête sont insuffisamment motivées ;

- elle est entachée d'un vice de procédure, dès lors que la communauté d'agglomération n'a pas respecté les engagements qu'elle a formulé lors de l'enquête publique ;

- elle est entachée d'une erreur de fait et d'une erreur manifeste d'appréciation en créant une zone humide sur la totalité de la parcelle cadastrée section AZ n° 25 ;

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme, dès lors que la zone humide recensée sur la totalité de la parcelle AZ 25 ne répond pas à la définition légale de la zone humide.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 novembre 2022 et le 14 novembre 2023, la communauté d'agglomération Laval Agglomération, représentée par Me Rouhaud, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 2 000 euros soit mise à la charge de la SCI La Goupillère en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'il n'est pas établi que les représentants légaux de la SCI La Goupillère aient qualité pour agir au nom de cette dernière ;

- les moyens soulevés par la SCI La Goupillère ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Beyls,

- les conclusions de Mme Diniz, rapporteure publique,

- les observations de Me Petrinko, substituant Me Rebillard, avocat de la SCI La Goupillère ;

- et les observations de Me Oueslati, substituant Me Rouhaud, avocat de la communauté d'agglomération Laval Agglomération.

Considérant ce qui suit :

1. Par une délibération du 23 novembre 2015, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Laval Agglomération a prescrit l'élaboration d'un plan local d'urbanisme intercommunal (PLUi). Par une délibération du 25 février 2019, le conseil communautaire a arrêté le projet de PLUi, qui a fait l'objet d'une enquête publique du 17 juin 2019 au 18 juillet 2019. Par une délibération du 16 décembre 2019, le conseil communautaire de la communauté d'agglomération Laval Agglomération a approuvé le PLUi, qui crée notamment une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25, située sur le territoire de la commune de Saint-Berthevin. Le 28 février 2020, la SCI La Goupillère a formé un recours gracieux contre cette délibération, qui a été rejetée par le président du conseil communautaire le 7 août 2020. La SCI La Goupillère demande au tribunal d'annuler la délibération du 16 décembre 2019 et la décision du 7 août 2020 rejetant son recours gracieux.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article L. 153-19 du code de l'urbanisme : " Le projet de plan local d'urbanisme arrêté est soumis à enquête publique réalisée conformément au chapitre III du titre II du livre Ier du code de l'environnement par le président de l'établissement public de coopération intercommunale ou le maire. ". Aux termes de l'article R. 123-19 du code de l'environnement : " () Le commissaire enquêteur ou la commission d'enquête consigne, dans une présentation séparée, ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables, favorables sous réserves ou défavorables au projet. () ".

3. Si la commission d'enquête a pris acte de la position de la communauté d'agglomération Laval Agglomération, qui a proposé la réalisation d'une contre-expertise, en réponse aux observations émises par le public quant au projet d'identification d'une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25, elle ne s'est pas bornée à confirmer cette position mais a exposé en pages 17, 35 et 37 de ses conclusions un avis tant personnel que motivé sur la méthodologie retenue pour l'inventaire des zones humides, sur l'intérêt de les identifier et sur les observations formulées par la SCI La Goupillère, alors qu'au demeurant l'obligation de motivation prescrite par les dispositions de l'article R. 123-19 du code de l'environnement ne lui imposait pas de répondre à chacune des observations présentées par le public. La commission d'enquête a rendu un avis favorable au projet de PLUi, avec deux réserves, à l'issue d'une motivation conclusive détaillée exposée à la page 39 de ses mêmes conclusions. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation des conclusions de la commission d'enquête doit être écarté.

4. En deuxième lieu, il est constant que la communauté d'agglomération Laval Agglomération n'a pas donné de suite à la proposition de réalisation d'une contre-expertise, en réponse aux observations émises par le public quant au projet d'identification d'une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25. Toutefois, contrairement à ce que soutient la requérante, l'absence de réalisation de cette contre-expertise n'a pas eu pour effet d'influer sur le sens des conclusions de la commission d'enquête, ni de nuire à la bonne information du public, eu égard à l'ampleur et à la nature du projet en cause. Au demeurant, aucune disposition législative ou réglementaire n'impose au conseil communautaire de se conformer aux observations émises par le public et de se conformer aux conclusions d'une enquête publique. Dans ces conditions, le moyen tiré du non-respect par la communauté d'agglomération de ses engagements doit être écarté.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme : " Le règlement peut identifier et localiser les éléments de paysage et délimiter les sites et secteurs à protéger pour des motifs d'ordre écologique, notamment pour la préservation, le maintien ou la remise en état des continuités écologiques et définir, le cas échéant, les prescriptions de nature à assurer leur préservation. () Il peut localiser, dans les zones urbaines, les terrains cultivés et les espaces non bâtis nécessaires au maintien des continuités écologiques à protéger et inconstructibles quels que soient les équipements qui, le cas échéant, les desservent. ". Aux termes de l'article L. 211-1 du code de l'environnement : " () on entend par zone humide les terrains, exploités ou non, habituellement inondés ou gorgés d'eau douce, salée ou saumâtre de façon permanente ou temporaire, ou dont la végétation, quand elle existe, y est dominée par des plantes hygrophiles pendant au moins une partie de l'année ; () ".

6. Il est loisible aux auteurs d'un plan local d'urbanisme de délimiter, en particulier au sein des zones A et N, des secteurs, notamment de zones humides, qu'ils souhaitent préserver et mettre en valeur compte tenu de leur intérêt écologique ou paysager, quand bien même de tels secteurs n'auraient pas été répertoriés pour les besoins de l'application des différents dispositifs prévus par le code de l'environnement. L'appréciation de l'autorité administrative ne peut être censurée par le juge administratif qu'au cas où elle serait entachée d'une erreur manifeste ou fondée sur des faits matériellement inexacts.

7. D'une part, il ressort des pièces du dossier que la parcelle cadastrée section AZ n° 25 est classée par le PLUi en zone AUH, soit une " zone d'extension à destination principale d'habitat ", et que l'intégralité de cette unité foncière fait l'objet d'une protection au titre des zones humides, interdisant en principe toute construction et tout aménagement de nature à y porter atteinte. Il ressort du projet d'aménagement et de développement durable (PADD) que les auteurs du PLUi se sont fixés pour objectif de protéger, restaurer et gérer la trame verte et bleue intercommunale, et notamment par la détermination des zones humides fonctionnelles, et plus particulièrement dans les zones de projets menées dans le cadre du PLUi, aux fins d'une meilleure connaissance et prise en compte de ces zones humides sur le territoire. Il ressort également des pièces du dossier que la zone humide litigieuse correspond au périmètre identifié par les experts écologues consultés pour l'élaboration du document d'urbanisme et que plusieurs autres parcelles situées dans le secteur de projet du Châtaigner supportent également une zone humide.

8. A cet égard, il ressort des pièces du dossier que les dix relevés pédologiques effectués par le cabinet d'experts écologues dans le cadre de la procédure d'élaboration du PLUi de la communauté d'agglomération, ont permis d'identifier la présence de sols hydromorphes sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25. La SCI La Goupillère fait valoir que ces relevés pédologiques ont été réalisés uniquement sur le pourtour de la parcelle, sans que la méthodologie retenue ni les dates de visite et d'analyse du terrain ne soient précisées et produit une " expertise zone humide " réalisée par un bureau d'études qu'elle a mandaté et qui a procédé le 29 septembre 2020 à onze relevés pédologiques sur l'intégralité de la parcelle litigieuse. Il ressort du compte-rendu de cette expertise que les sondages effectués mettent en évidence à la fois des sols caractéristiques des zones humides et des sols non associés aux zones humides. Il ajoute que des zones de dépression ont été identifiées et sont susceptibles de réceptionner les eaux superficielles. L'expertise, qui indique avoir été réalisée après un été particulièrement sec, conclut à l'identification de 4 148 m² de zones humides sur la parcelle litigieuse. Si la société requérante relève que l'intégralité de la parcelle n'est pas couverte par une zone humide, celle-ci est composée de plusieurs secteurs caractéristiques d'une zone humide, situés à plusieurs de ses extrémités, la couvrant sur une surface importante. Ainsi, le critère pédologique est rempli et suffit à identifier une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25. Enfin, il est de la nature de toute réglementation d'urbanisme de distinguer des zones où les possibilités de construire sont différentes. La requérante ne peut donc utilement soutenir que d'autres parcelles voisines et aux caractéristiques comparables n'auraient pas fait l'objet d'une identification en tant que zone humide. Dans ces conditions, eu égard aux caractéristiques propres de cette parcelle, la délibération attaquée, en tant qu'elle crée une zone humide sur la parcelle cadastrée section AZ n° 25, n'est pas entachée d'une erreur de fait, ni d'une erreur manifeste d'appréciation.

9. D'autre part, à supposer même que la zone humide litigieuse ne couvre pas l'intégralité de la parcelle cadastrée section AZ n° 25, les auteurs du PLUi pouvaient identifier une zone humide qu'ils souhaitent préserver et mettre en valeur compte tenu de leur intérêt écologique ou paysager, quand bien même elle ne répondait pas à la définition de la zone humide posée par l'article L. 211-1 du code de l'environnement. Dans ces conditions, le moyen tiré de la méconnaissance des dispositions de l'article L. 151-23 du code de l'urbanisme doit être écarté.

10. Il résulte de tout ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur la recevabilité de la requête, que les conclusions à fin d'annulation présentées par la SCI La Goupillère doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la communauté d'agglomération Laval Agglomération, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par la requérante au titre des frais exposés par eux et non compris dans les dépens.

12. Il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de la requérante la somme demandée par la communauté d'agglomération Laval Agglomération au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCI La Goupillère est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la communauté d'agglomération Laval Agglomération présentées sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à la SCI La Goupillère et à la communauté d'agglomération Laval Agglomération.

Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 22 février 2024.

La rapporteure,

M. BEYLS

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne à la préfète de la Mayenne en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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