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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010659

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010659

mercredi 17 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010659
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 21 octobre 2020, Mme C A, représentée par Me Stéphanie Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a refusé de lui rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile depuis la suspension des conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, et le condamner à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Mme A soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle :

° n'a pas bénéficié de l'entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

° n'a pas été destinataire de l'information prévue par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- méconnait les dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard des dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile.

La requête a été communiquée à l'OFII qui n'a pas produit de mémoire en défense, malgré une mise en demeure du 14 septembre 2022.

Par décision du 20 novembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis Mme A au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Par une ordonnance du 24 octobre 2023, la clôture de l'instruction a été fixée au

14 novembre 2023.

Un mémoire en défense a été enregistré le 15 décembre 2023, qui n'a pas été communiqué.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du

20 décembre 2023.

Considérant ce qui suit :

1. Aux termes de l'article R. 612-6 du code de justice administrative : " Si, malgré une mise en demeure, la partie défenderesse n'a produit aucun mémoire, elle est réputée avoir acquiescé aux faits exposés dans les mémoires du requérant ". Si, lorsque le défendeur n'a produit aucun mémoire, le juge administratif n'est pas tenu de procéder à une telle mise en demeure avant de statuer, il doit, s'il y procède, en tirer toutes les conséquences de droit. Il lui appartient seulement, lorsque les dispositions citées ci-dessus sont applicables, de vérifier que l'inexactitude des faits exposés dans les mémoires du requérant ne ressort d'aucune pièce du dossier.

2. La directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a été mise en demeure le 14 septembre 2022 de produire des écritures dans un délai de 30 jours. En l'absence de communication d'un mémoire en défense ou même de pièces relatives à ce dossier dans le délai imparti et avant la clôture de l'instruction prononcée le 14 novembre 2023, elle acquiesce aux faits présentés par la requérante.

3. Mme C A, ressortissante guinéenne née en 1999, déclare être entrée en France en décembre 2018. Il ressort des pièces du dossier qu'elle s'est vu remettre une attestation de demande d'asile en procédure normale le 11 janvier 2019. En avril 2019, une proposition d'hébergement à Montpellier (Hérault) lui a été faite. Elle a toutefois renoncé à cet hébergement et est revenue à Nantes postérieurement. Par une ordonnance n° 1906324 du 17 juin 2019, le juge des référés du tribunal a enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de lui procurer un lieu d'hébergement d'urgence. Elle a alors temporairement été hébergée par les services d'hébergement d'urgence. Par un courrier du 25 septembre 2019, reçu par l'administration le

19 juin 2020, elle a sollicité de l'OFII le rétablissement des conditions matérielles d'accueil. En l'absence de réponse de l'administration, une décision implicite de rejet est née, que Mme A conteste par sa requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. Aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / 1° A l'acceptation par le demandeur de la proposition d'hébergement ou, le cas échéant, de la région d'orientation déterminée en application de l'article L. 744-2. Ces propositions tiennent compte des besoins, de la situation personnelle et familiale de chaque demandeur au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6, des capacités d'hébergement disponibles et de la part des demandeurs d'asile accueillis dans chaque région ; / () / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () ". L'article L. 744-8 du même code énonce : " () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret ".

5. Il ressort du courrier que Madame A a adressé à l'OFII le 15 mai 2019 que son état de santé ne lui permettait pas de se maintenir dans le centre d'hébergement pour demandeur d'asile à Montpellier car elle était enceinte de six mois et que le père de son enfant, alors à naitre, Monsieur B, était hébergé à Saint-Herblain (Loire-Atlantique). Elle a expliqué à l'administration dans ce courrier qu'elle faisait régulièrement des crises d'épilepsie et que la présence de son compagnon lui était indispensable. En l'absence de réponse à ce courrier, elle est revenue dans la région nantaise pour être aux côtés de son compagnon. Elle a donné naissance le 1er septembre 2019 à leur fille. N'étant plus hébergée, elle ne percevait pas pour autant la majoration de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA) pour les personnes non hébergées. Dans ces conditions, elle est fondée à soutenir que la décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que Mme A est fondée à demander l'annulation de la décision de l'OFII refusant de rétablir le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

Sur les conclusions à fin d'injonction:

7. Le présent jugement implique nécessairement, eu égard à ses motifs, que l'OFII rétablisse à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile et lui verse donc à titre rétroactif l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'à la date à laquelle il a été statué sur sa demande d'asile, dans le délai d'un mois.

Sur les frais liés au litige :

8. Mme A a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'OFII, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Rodrigues Devesas sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cette avocate au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.

D E C I D E :

Article 1er : La décision implicite de l'OFII prise à l'égard de Mme A est annulée.

Article 2 : Il est enjoint à l'OFII de rétablir à Mme A le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser à titre rétroactif l'allocation pour demandeur d'asile jusqu'à la date à laquelle il a été statué sur sa demande d'asile, dans le délai d'un mois.

Article 3 : L'OFII versera à Me Rodrigues Devesas une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme A est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A, à Me Stéphanie Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 20 décembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats St Dizier, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 janvier 2024.

Le rapporteur,

X. JÉGARDLa présidente,

S. RIMEU

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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