mercredi 26 avril 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010661 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | POLLONO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 octobre 2020 et 22 février 2022, M. F E, agissant en son nom propre et au nom de son fils mineur A D E, représenté par Me Pollono, demande au tribunal :
1°) de condamner l'Etat à lui verser une somme de 29 012,80 euros en réparation des préjudices qu'il a subi du fait du refus de visa illégalement opposé à son fils ;
2°) d'assortir cette somme des intérêts au taux légal à compter du 10 juin 2020, date de sa demande préalable indemnitaire, et de la capitalisation des intérêts ;
3°) de condamner l'Etat à verser à son conseil une somme de 2 400 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- l'Etat a commis une faute en refusant illégalement de lui délivrer un visa ;
- le visa a été délivré à son fils dans un délai anormalement long de 3 ans, 5 mois et
8 jours ;
- il a exposé une somme globale de 170,80 de frais d'envoi d'argent à son fils pour l'entretien de celui-ci ;
- il a dû exposer une somme globale de 2 442 euros pour effectuer des tests génétiques en vue d'établir le lien de filiation ;
- lui et son fils ont chacun subi un préjudice moral à hauteur de 200 euros par mois et par personne soit une somme globale de 16 400 euros ;
- il a subi un préjudice moral à hauteur de 10 000 euros en découvrant qu'il n'était pas le père biologique de son fils.
Par un mémoire en défense enregistré le 28 janvier 2022, le ministre de l'intérieur s'en remet à la sagesse du tribunal concernant la condamnation de l'Etat.
Il fait valoir que :
- la période d'indemnisation ne saurait débuter avant la date de la décision de refus de visa de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France ;
- il n'est pas établi que les transferts d'argents effectués par M. E étaient destinés à l'entretien de son fils ;
- les tests génétiques ne sont pas directement liés au retard constaté quant à la délivrance du visa sollicité ;
- il sera fait une juste appréciation du préjudice moral subi par M. E et son fils du fait de leur séparation en limitant le montant de celui à 3 600 euros ;
- le préjudice moral allégué lié au résultat du test ADN est sans lien avec le refus de délivrance du visa.
M. E a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale/partielle par une décision du 26 avril 2021.
Vu les pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. M. E, ressortissant centrafricain né le 21 février 1983, est entré en France le
7 septembre 2008 sous couvert d'un visa étudiant. Le 27 novembre 2015, il a sollicité auprès de la préfecture du Val-d'Oise une autorisation de regroupement familial accordée par décision du
7 avril 2016 en faveur de son fils, A D E, né le 27 juillet 2004 à Bangui de sa relation avec Mme C, décédée le 9 janvier 2010. Il a sollicité le 16 juin 2016 auprès de l'autorité diplomatique française à Bangui la délivrance d'un visa de long séjour pour A D E. Par une décision du 5 septembre 2016, l'ambassadeur de France à Bangui a rejeté sa demande. Le 31 octobre 2016, M. E a saisi la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France d'un recours préalable, lequel a été rejeté le
15 décembre 2016. Par jugement du 29 octobre 2019, le tribunal administratif a annulé cette décision et enjoint au ministre de l'intérieur de faire délivrer le visa litigieux. Le 24 janvier 2020, un visa de long séjour a été délivré au jeune A. Par sa requête, M. E demande au tribunal de condamner l'Etat à lui verser une somme de 29 012,80 euros en réparation des préjudices qu'il a subi du fait du refus de visa illégalement opposé à son fils.
Sur les conclusions indemnitaires :
En ce qui concerne l'existence d'une faute de nature à engager la responsabilité de l'Etat :
2. Par jugement devenu définitif du 29 octobre 2019, le tribunal a annulé la décision de la commission de recours contre les décisions de refus de visa d'entrée en France du
15 décembre 2016 au motif que celle-ci était entachée d'erreur d'appréciation et avait été prise en méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de celles du 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant. En opposant ainsi illégalement un refus de visa au jeune A, l'Etat a commis une illégalité constitutive d'une faute de nature à engager sa responsabilité.
En ce qui concerne la période d'indemnisation :
3. La responsabilité de l'Etat à l'égard du requérant et de son fils court à compter de la date à laquelle le refus de visa a été opposé à l'enfant, ce refus ayant fait obstacle à l'entré en France de celui-ci, soit à compter de la décision de rejet des autorités consulaires françaises à Bangui le
5 septembre 2016, et jusqu'au 24 janvier 2020, date à laquelle un visa a effectivement été délivré à l'intéressé.
En ce qui concerne les préjudices :
4. En premier lieu, il résulte de l'instruction qu'au cours de la période d'indemnisation, M. E a exposé des frais pour envoyer de l'argent à son fils pour un montant de
170,80 euros. Toutefois, les sommes d'argent dont il s'agit ont été adressées à plusieurs tiers dont le grand-frère du requérant, son beau-frère et sa mère. Si ces derniers ont attesté que ces sommes étaient destinées à l'entretien du jeune A, le requérant n'apporte aucun élément permettant de justifier que ces sommes n'aient pas été systématiquement adressée à la personne à qui l'enfant était confié. Dans ces conditions, le lien entre les frais exposés et la faute de l'administration ne peut être regardé comme établi.
5. En deuxième lieu, M. E demande à être indemnisé des frais qu'il a exposés pour établir sa paternité en réalisant des tests génétiques à hauteur de 2 442 euros. Toutefois, il résulte de l'instruction que le lien de filiation retenu par le tribunal ne résulte pas de ces tests, dont les résultats ont permis d'établir que le requérant n'était pas le père biologique du jeune A. Dans ces conditions, les frais ainsi exposés n'ayant eu aucune utilité pour le requérant et étant par suite sans lien direct avec la faute commise par l'administration, il y a lieu de rejeter la demande indemnitaire en tant qu'elle a trait à l'indemnisation de ces frais.
6. En troisième lieu, M. E demande à être indemnisé à hauteur de 10 000 euros du préjudice qu'il estime avoir subi du fait de la découverte de ce qu'il n'était pas le père biologique du jeune A par la réalisation de tests génétiques en vue d'établir sa paternité. Toutefois, le résultat de ces tests est sans lien direct avec la faute commise par l'Etat et ne saurait ouvrir droit à M. E d'être indemnisé par l'administration de ce fait. Par suite, il y a lieu de rejeter la demande présentée à ce titre.
7. En dernier lieu, M. E et son fils ont été séparés pendant une période de trois ans et trois mois entre le refus des autorités consulaires et la délivrance d'un visa au jeune A. Il sera fait une juste appréciation du préjudice subi par ceux-ci en leur allouant chacun la somme globale de 15 600 euros.
8. Il résulte de ce qui précède qu'il y a seulement lieu de condamner l'Etat à verser à M. E une somme 15 600 euros.
Sur les intérêts et la capitalisation des intérêts :
9. Le requérant a droit aux intérêts au taux légal sur la somme de 15 600 euros à compter du 10 juin 2020, date de sa demande préalable d'indemnisation. La capitalisation des intérêts peut être demandée à tout moment devant le juge du fond. Si, à la date où elle est demandée, les intérêts sont dus depuis moins d'une année, cette demande ne prend toutefois effet qu'à la date à laquelle, pour la première fois, les intérêts sont dus pour une année entière. La capitalisation des intérêts a été demandée par la requête, enregistrée le 21 octobre 2020. Il y a ainsi lieu de capitaliser les intérêts au 21 octobre 2021, date à laquelle une année d'intérêts a été due, et à chaque échéance annuelle ultérieure.
Sur les frais liés au litige :
10. M. E a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, son avocate peut se prévaloir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 000 euros qui sera versée à Me Pollono, avocate de M. E, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.
D E C I D E :
Article 1er : L'Etat est condamné à verser à M. E une somme de 15 600 euros. Cette somme portera intérêt au taux légal à compter du 10 juin 2020. Les intérêts échus à compter du
21 octobre 2021 puis à chaque échéance ultérieure à compter de cette date seront capitalisés à chacune de ces dates pour produire eux-mêmes intérêts.
Article 2 : L'Etat versera à Me Pollono une somme de 1 000 (mille) euros en application des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que celle-ci renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'Etat à l'aide juridictionnelle.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. F E, à Me Pollono et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 5 avril 2023 à laquelle siégeaient :
Mme Loirat, présidente,
M. Gauthier, premier conseiller,
M. Simon, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 avril 2023.
Le rapporteur,
P-E. B
La présidente,
C. LOIRAT La greffière,
P. LABOUREL
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026