jeudi 4 avril 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010734 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 7ème Chambre |
| Avocat requérant | LARGY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et des mémoires, enregistrés le 24 octobre 2020, le 16 décembre 2020 et le 14 décembre 2023, Mme A B, représentée par Me Largy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 7 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours administratif en date du 24 avril 2020 ;
2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de cent cinquante euros par jour de retard et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 500 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique, ou subsidiairement à son profit en cas de rejet de sa demande d'aide juridictionnelle.
Mme B soutient que les décisions attaquées :
- sont entachées d'une erreur manifeste d'appréciation ; elle a été entendue dans le cadre d'une audition libre le 24 septembre 2019, pour des faits de dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, dont l'a accusée une femme qu'elle ne connaissait pas, et elle n'a pas reconnu ces faits ; le 6 février 2020, elle s'est présentée au tribunal judiciaire de Nantes pour demander un avis de classement sans suite, et elle a été informée qu'aucune procédure correspondante ne ressortait alors de la base des données pénales ; par un courriel du 12 février 2020, une gardienne de la paix l'a informée que cette procédure avait été classée sans suite et que cette information avait été communiquée à la préfecture ; en tout état de cause, si la matérialité de ces faits devait être retenue, ils sont parfaitement isolés et sans gravité, tel qu'en atteste le motif du classement, code 48 ; elle vit en France depuis 2005 et en situation régulière depuis 2007 ;
- méconnaissent l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.
Par un mémoire en défense, enregistré le 30 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que :
- aucune décision implicite n'est intervenue dès lors qu'il a expressément statué sur le recours formé par l'intéressée le 22 octobre 2020 ;
- aucun des moyens soulevés par Mme B n'est fondé.
Par ordonnance du 14 décembre 2023, la clôture d'instruction initialement fixée au 18 décembre 2023 a été reportée au 29 décembre 2023.
Mme B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 15 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;
- le code civil ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.
Considérant ce qui suit :
1. Mme A B, ressortissante congolaise née le 17 septembre 1980, demande au tribunal d'annuler la décision du 22 octobre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 7 février 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique avait ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ensemble la décision implicite du ministre de l'intérieur rejetant son recours administratif en date du 24 avril 2020.
Sur l'étendue du litige :
2. Par décision en date du 22 octobre 2020, produite par le ministre, celui-ci a expressément maintenu l'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de la requérante à compter du 7 février 2020. Cette décision explicite a été prononcée antérieurement à l'expiration du délai de naissance d'une décision implicite, en application des dispositions de l'article 8 de l'ordonnance du 25 mars 2020 relative à la prorogation des délais échus pendant la période d'urgence sanitaire et à l'adaptation des procédures pendant cette même période. Il suit de là que les conclusions de Mme B dirigées contre la décision par laquelle le ministre de l'intérieur aurait implicitement rejeté son recours dirigé contre la décision du préfet de la Loire-Atlantique doivent, comme le soulève le ministre défendeur, être rejetées comme irrecevables car dirigées contre une décision inexistante.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant.
4. Pour ajourner la demande d'acquisition de la nationalité française de Mme B, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée a fait l'objet d'une procédure pour dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, à Nantes, le 23 novembre 2018, ayant donné lieu à un classement sans suite.
5. Mme B conteste la matérialité des faits qui lui sont reprochés, et expose qu'elle a été entendue en audition libre le 24 septembre 2019 suite à une plainte d'une personne qu'elle ne connaissait pas, pour des faits de dégradation ou détérioration volontaire du bien d'autrui causant un dommage léger, dont elle a contesté être l'autrice. Elle établit par les pièces qu'elle produit que, le 6 février 2020, elle s'est présentée au tribunal judiciaire de Nantes afin que lui soit délivré un avis de classement sans suite de cette procédure, et qu'elle a été informée qu'aucune procédure correspondante ne ressortait alors de la base des données pénales, tel que cela ressort de la mention apposée par un greffier sur le document produit. Par ailleurs, par un courriel du 12 février 2020 adressé à la requérante et produit par celle-ci, une gardienne de la paix l'a informée que la procédure pénale dont elle avait fait l'objet avait été classée sans suite et que cette information avait été communiquée à la préfecture. Le ministre produit d'ailleurs le courriel émis par la même gardienne de la paix, adressé à la préfecture le 6 février 2020, par lequel il est fait état du classement sans suite " code 48 " de la procédure diligentée contre la requérante, le 15 octobre 2019. Alors que Mme B conteste ainsi de manière constante la matérialité des faits qui lui sont reprochés, pour lesquels elle n'a pas été condamnée, et a attesté des démarches accomplies en vue de s'assurer du classement sans suite de la procédure correspondante, le ministre se borne en défense à se prévaloir de la seule circonstance que ladite procédure pénale a donné lieu à un classement sans suite en raison de ce que les " poursuites [seraient] non proportionnées ou inadaptées ", circonstance qui, contrairement à ce qu'il soutient, ne suffit pas à elle seule à établir que le parquet aurait estimé que l'infraction serait caractérisée. Dans ces conditions, compte tenu des déclarations circonstanciées de Mme B, des éléments produits par celle-ci, et en l'absence de tout élément permettant au tribunal de les confronter aux déclarations de la victime quant aux faits, de nature contraventionnelle, reprochés à la postulante, en se fondant, pour ajourner à deux ans la demande de l'intéressée, sur le seul motif susmentionné, le ministre de l'intérieur a, dans les circonstances particulières de l'espèce, entaché la décision attaquée d'une erreur manifeste d'appréciation.
Sur les conclusions à fins d'injonction et d'astreinte :
6. Le présent jugement implique nécessairement qu'il soit procédé au réexamen de la demande de Mme B dans un délai de six mois suivant la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
7. Mme B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite, il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État, qui est la partie perdante dans cette instance, la somme de 1 200 euros à verser à Me Largy sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique. Conformément aux dispositions de ce dernier article, la perception de cette somme vaudra renonciation de cet avocat au versement de la part contributive de l'État au titre de l'aide juridictionnelle qui a été accordée à la requérante.
D E C I D E :
Article 1er : La décision du 22 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint au ministre de l'intérieur et des outre-mer de statuer à nouveau sur la demande de naturalisation de Mme B dans un délai de six mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Me Largy une somme de 1 200 euros en application des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête de Mme B est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Largy.
Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Béria-Guillaumie, présidente,
M. Hannoyer, premier conseiller,
Mme Baufumé, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.
Le rapporteur,
R. HANNOYER La présidente,
M. BÉRIA-GUILLAUMIE
La greffière,
B. GAUTIER
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026