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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010808

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010808

mercredi 7 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010808
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBARDOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 26 octobre 2020, Mme B C, épouse A, représentée par Me François Bardoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 janvier 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française, à défaut, de prendre une nouvelle décision statuant sur sa demande ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- cette décision, en ce qu'elle est fondée sur l'absence de fixation du centre de ses intérêts en France, est entachée d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation ;

- cette même décision est entachée d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation en ce qu'elle mentionne des faits ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours commis du 3 au 4 janvier 2009.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 mai 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par Mme A.

Il soutient que :

- la décision attaquée est, comme le soutient la requérante, entachée d'une erreur de fait dans la caractérisation de la fixation en France du centre de ses intérêts, mais cette erreur de fait est sans incidence sur la légalité de cette décision dès lors qu'il s'est fondé sur plusieurs autres éléments, qui suffisent à eux seuls pour rejeter la demande ;

- les autres moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par la requérante, sont sans incidence sur la légalité de cette décision ;

- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins six mois.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. E a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. Mme B C, épouse A, est une ressortissante de nationalité marocaine qui est née le 13 octobre 1959. Elle a présenté, auprès des services de la préfecture de police de Paris, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Le préfet de police de Paris a transmis au ministre de l'intérieur une proposition favorable. Toutefois, par une décision du 7 janvier 2020, cette autorité a rejeté cette demande. Mme A demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur la légalité externe :

2. En vertu des dispositions de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, un sous-directeur peut signer au nom du ministre l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité.

3. Par un arrêté du 9 août 2018, publié au Journal officiel de la République française du 18 septembre 2018, M. D G, signataire de la décision attaquée, a été de nouveau nommé sous-directeur de l'accès à la nationalité française au sein de la direction de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, direction elle-même comprise dans la direction générale des étrangers du ministère de l'intérieur, pour une durée de deux ans à compter du 28 août 2018. M. G tient de cette seule qualité de sous-directeur l'habilitation à signer la décision attaquée du 7 janvier 2020. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de l'autorité signataire de cette décision ne peut qu'être écarté.

Sur la légalité interne :

4. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur a relevé qu'elle n'avait pas totalement transféré en France le centre de ses intérêts compte tenu notamment de l'origine étrangère des ressources de son foyer, constituées par la pension de retraite perçue par M. F A, son époux, laquelle procède de la carrière de ce dernier dans la haute fonction publique marocaine, des biens immobiliers dont elle est elle-même propriétaire au Maroc et de l'exercice, par son époux, d'une activité de promoteur immobilier au Maroc et en Côte d'Ivoire, pays où il a séjourné à de nombreuses reprises.

5. Aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la sollicite. Il lui appartient, lorsqu'il exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris de ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de la demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-16 du code civil, la fixation en France du centre des intérêts de l'intéressée.

6. En premier lieu, compte tenu de ce qui vient d'être dit, c'est sans commettre d'erreur de droit que le ministre de l'intérieur a opposé à Mme A des faits qui sont au nombre de ceux susceptibles d'être opposés pour déclarer, sur le fondement de l'article 21-16 du code civil, irrecevable une demande de naturalisation.

7. En deuxième lieu, l'accès à la nationalité française ne constitue pas un droit pour la personne qui la sollicite. Par suite, la décision contestée ne saurait constituer une discrimination dans l'accès à un droit fondamental ni caractériser une méconnaissance du principe d'égalité. Le moyen tiré de la méconnaissance du principe de non-discrimination, protégé par les stipulations combinées des article 8 et 14 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, ne peut, dès lors, qu'être écarté.

8. En troisième lieu, s'il ressort des pièces du dossier que, contrairement à ce qui avait été déclaré dans sa propre demande de naturalisation, l'époux de Mme A a cessé, au cours de l'année 2005, son activité de promoteur immobilier exercé au Maroc puis, au cours de l'année 2015, la même activité qu'il déployait en Côte d'Ivoire, les autres faits mentionnés dans la décision attaquée et leur qualification en données permettant de considérer que le centre des intérêts de la requérante n'était pas fixé en France ne sont pas contestés. Par ailleurs, il ressort des propres indications de Mme A dans sa demande de naturalisation, reprises par le ministre de l'intérieur dans son mémoire en défense, que l'intéressée, qui s'y présente comme "femme d'affaires internationale", est actionnaire de sociétés immobilières en Côte d'Ivoire et en Israël et de société d'assurance en Côte d'Ivoire et qu'elle est membre d'un lobby à propos duquel le ministre de l'intérieur soutient, sans être contredit, qu'il représente plusieurs lobbies américains en Afrique. Au regard de l'ensemble de ces éléments, si le ministre de l'intérieur ne pouvait, pour opposer le motif évoqué au point 4, se fonder sur l'exercice par l'époux de Mme A d'une double activité de promoteur immobilier au Maroc et en Côte d'Ivoire, les autres données qu'il a retenues permettaient, à elles seules, de considérer que la requérante n'avait pas fixé en France le centre de ses intérêts. En conséquence, la décision attaquée en ce qu'elle est fondée sur ce motif n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

9. En dernier lieu, pour rejeter la demande de naturalisation présentée par Mme A, le ministre de l'intérieur a également relevé qu'elle avait été l'auteure de faits de violence ayant entraîné une incapacité de travail n'excédant pas huit jours, commis les 3 et 4 janvier 2009. Mme A soutient que ce motif est entaché d'erreur de droit et d'erreur d'appréciation. Cependant, d'une part, le ministre de l'intérieur aurait pu légalement rejeter cette demande en se fondant sur l'unique motif tiré du défaut de fixation du centre des intérêts en France, d'autre part, il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Par suite, la légalité de l'autre motif opposé par la décision attaquée ne peut être utilement contestée et les moyens mettant en cause ce motif doivent dès lors être écartés comme inopérants.

10. Il résulte de tout ce qui précède que Mme A n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 7 janvier 2020, rejetant sa demande de naturalisation. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction de procéder à un nouvel examen de la demande de naturalisation. Doivent enfin être rejetées les conclusions qu'elle présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B C, épouse A, ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.

Le rapporteur,

D. E

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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