mercredi 7 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2010914 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | D |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | JEANNETEAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 29 octobre 2020, et un mémoire, enregistré le 16 août 2021, M. B F, représentée par Me Elodie Jeanneteau à laquelle a succédé Me Deborah Roilette, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :
1°) d'annuler la décision du 21 juillet 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;
2°) enjoindre au ministre de l'intérieur de lui accorder la nationalité française dans un délai d'un mois à compter du jugement, à défaut, de prendre une nouvelle décision, dans un délai de deux mois, après un nouvel examen de sa situation ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation ;
- à titre subsidiaire, cette décision a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin.
Par un mémoire en défense, enregistré le 5 mai 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. F.
Il soutient que :
- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;
- la décision attaquée aurait pu être légalement fondée sur l'un ou l'autre de ses deux motifs ;
- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, il n'appartient pas au juge de substituer sa décision à celle de l'administration.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code civil ;
- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;
- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;
- le code de justice administrative.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. G a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 10 janvier 2024 à 9h45.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F est un ressortissant tunisien né le 15 février 1967. Il a présenté, auprès des services de la préfecture du Finistère, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 24 octobre 2019, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il ne puisse de nouveau solliciter sa naturalisation. Contestant cette décision, M. F a, comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 21 juillet 2020, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 24 octobre 2019. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision qui s'est substituée à la décision préfectorale.
2. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ".
3. Pour ajourner à deux années à compter du 24 octobre 2019 la demande de naturalisation présentée par M. F, le ministre de l'intérieur a relevé, d'une part, que son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permettait pas de considérer qu'il avait réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne disposait de revenus suffisants et stables que depuis une période récente, d'autre part, que son comportement au regard de ses obligations fiscales était sujet à critiques dès lors qu'il n'avait pas déclaré la totalité des revenus qu'il avait perçus au titre de l'année 2017.
4. En premier lieu, l'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'insertion professionnelle de l'intéressé.
5. Au 21 juillet 2020, date de la décision attaquée, le contrat de travail à durée indéterminée à temps complet conclu entre M. F et la société La Scala pour occuper un emploi de pizzaiolo s'exécutait toujours et procurait à l'intéressé des revenus suffisants. Cependant, ce contrat n'a pris effet qu'à compter du 1er novembre 2019, soit moins de neuf mois avant la décision en litige. Auparavant, l'intéressé a exercé une activité au sein de l'entreprise Ateliers de la Citoyenneté en exécution de contrats de travail à durée déterminée d'insertion sur la période du 1er mai 2016 au 30 avril 2018. Il a perçu l'allocation de retour à l'emploi du 14 mai 2018 au 30 juin 2019 puis du 19 août au 1er septembre 2019. Parallèlement, il a perçu des salaires sur des périodes courant du 3 juillet 2018 au 31 mars 2019, puis du 21 juin au 31 juillet 2019 et, enfin, du 5 au 10 août 2019, dans le cadre de l'exécution de contrats à durée déterminée conclus avec différents employeurs. Le dernier de ces employeurs, la société Hamon J a conclu avec M. F un contrat de travail à durée indéterminée à temps complet qui s'est exécuté à compter du 2 septembre 2019 mais cette exécution a pris fin le 21 octobre 2019 avant la fin de la période d'essai. Enfin, M. F a perçu le revenu de solidarité active de mai à juillet 2019, ainsi que la prime d'activité laquelle, selon l'article L. 841-1 du code de la sécurité sociale, a pour objet d'inciter les travailleurs aux ressources modestes à l'exercice ou à la reprise d'une activité professionnelle et de soutenir leur pouvoir d'achat, d'août 2017 à juillet 2018 puis de novembre 2018 à juillet 2019. Au regard de l'ensemble de ces éléments, le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier s'il y a lieu d'accorder la nationalité française, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en estimant, pour ajourner à deux années la demande de naturalisation présentée par le requérant, qu'il n'avait pas, à la date de la décision attaquée, pleinement réalisé son insertion professionnelle dès lors qu'il ne disposait de revenus suffisants et stables que depuis moins de neuf mois à la date de sa décision.
6. Le ministre de l'intérieur aurait pu également, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, ajourner à deux années la demande de naturalisation présentée par M. F en se fondant sur l'unique motif tiré du défaut de réalisation d'une insertion professionnelle complète à la date de la décision attaquée. Il résulte de l'instruction qu'il aurait pris la même décision s'il s'était fondé sur ce seul motif. Par suite, la légalité de l'autre motif opposé par la décision attaquée, tiré du comportement de l'intéressé au regard de ses obligations fiscales, ne peut être utilement contestée et le moyen mettant en cause ce motif doit dès lors être écarté comme inopérant.
7. En second lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.
8. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, dans sa version résultant de sa modification par la décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme A E, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à M. D C, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux au sein de la sous-direction de l'accès à la nationalité française de la direction générale des étrangers en France, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice du signataire de la décision attaquée doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision, opposée par le ministre de l'intérieur le 21 juillet 2020, ajournant à deux ans à compter du 24 octobre 2019 la demande de naturalisation présentée par M. F doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint de lui accorder la nationalité française doivent, en tout état de cause, être rejetées. Il en va de même des conclusions à fin d'injonction de procéder à un nouvel examen de la demande de naturalisation. Doivent enfin être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
10. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. F présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 24 octobre 2021.
D E C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. F est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.
Délibéré après l'audience du 10 janvier 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. David Labouysse, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 février 2024.
Le rapporteur,
D. G
Le président,
L. MARTIN
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026