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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2010963

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2010963

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2010963
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL HAUT ANJOU AVOCATS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 29 octobre 2020, le 4 mars 2021 et le 8 octobre 2021, M. E D, représenté par Me Rolland, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 septembre 2020 par laquelle le maire du Pallet lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif pour la transformation d'un bâtiment à usage de grange en habitation ;

2°) d'enjoindre au maire du Pallet de réexaminer sa demande dans un délai de 2 mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de la commune du Pallet la somme de 2 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée de plusieurs erreurs de faits et d'erreurs d'appréciation, les motifs invoqués ne pouvant justifier un rejet de la demande.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 28 décembre 2020, le 11 juin 2021 et le 12 novembre 2021, la commune du Pallet, représentée par Me Ardouin, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens soulevés par le requérant ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'urbanisme

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Brémond, premier conseiller

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, propriétaire indivis d'un ensemble immobilier non habité comprenant notamment une parcelle de 347 m2, situé dans le village de la Basse - Brouardière, dans la commune du Pallet (Loire-Atlantique) et cadastré sections 117 AT 49, 117 AT 50 et 117 AT51, a déposé le 3 juillet 2020 une demande de certificat d'urbanisme opérationnel pour la transformation d'un bâtiment à usage de grange en habitation. Par une décision du 3 septembre 2020, dont M. D demande l'annulation, le maire du Pallet lui a délivré un certificat d'urbanisme négatif.

Sur les conclusions aux fins d'annulation et d'injonction :

2. En premier lieu, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du maire du Pallet du 10 juin 2020 dont les mentions attestent du caractère exécutoire, M. B A, premier adjoint, signataire de la décision attaquée, a reçu délégation pour délivrer, en cas d'empêchement du maire, les autorisations ou refus d'occupation des sols. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire manque en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 410-1 du code de l'urbanisme : " Le certificat d'urbanisme, en fonction de la demande présentée : / a) Indique les dispositions d'urbanisme, les limitations administratives au droit de propriété et la liste des taxes et participations d'urbanisme applicables à un terrain ; / b) Indique en outre, lorsque la demande a précisé la nature de l'opération envisagée ainsi que la localisation approximative et la destination des bâtiments projetés, si le terrain peut être utilisé pour la réalisation de cette opération ainsi que l'état des équipements publics existants ou prévus () ". En application de l'article R. 410-14 du même code : " Dans les cas prévus au b de l'article L. 410-1, lorsque la décision indique que le terrain ne peut être utilisé pour la réalisation de l'opération mentionnée dans la demande, ou lorsqu'elle est assortie de prescriptions, elle doit être motivée. ". Il ressort des termes mêmes du certificat d'urbanisme attaqué que ce dernier comprend l'énoncé des motifs de droit et de fait ayant conduit le maire du Pallet à déclarer non réalisable le projet de division en vue de construire sur la parcelle en litige, notamment l'avis rendu par le conseil départemental de la Loire Atlantique le 17 juillet 2020 sur les accès, qui répond aux observations formulées par M. D dans sa demande de certificat. Le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit, dès lors, être écarté.

4. Pour délivrer le certificat d'urbanisme négatif litigieux, le maire du Pallet s'est fondé sur les motifs selon lesquels le réseau public de distribution en électricité n'existe pas au droit du terrain d'assiette du projet de construction, et que le projet ne présentait pas d'accès sécurisé à la voie publique.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article L 111-11 du code de l'urbanisme : " Lorsque, compte tenu de la destination de la construction ou de l'aménagement projeté, des travaux portant sur les réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou de distribution d'électricité sont nécessaires pour assurer la desserte du projet, le permis de construire ou d'aménager ne peut être accordé si l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés/. Lorsqu'un projet fait l'objet d'une déclaration préalable, l'autorité compétente doit s'opposer à sa réalisation lorsque les conditions mentionnées au premier alinéa ne sont pas réunies. / () ". Ces dispositions poursuivent notamment le but d'intérêt général d'éviter à la collectivité publique ou au concessionnaire d'être contraints, par le seul effet d'une initiative privée, de réaliser des travaux d'extension ou de renforcement des réseaux publics et de garantir leur cohérence et leur bon fonctionnement, sans prise en compte des perspectives d'urbanisation et de développement de la collectivité. Il résulte de ces dispositions qu'un permis de construire doit être refusé lorsque, d'une part, des travaux d'extension ou de renforcement de la capacité des réseaux publics de distribution d'eau, d'assainissement ou d'électricité sont nécessaires à la desserte de la construction projetée et que, d'autre part, l'autorité compétente n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai et par quelle collectivité publique ou par quel concessionnaire de service public ces travaux doivent être exécutés, après avoir, le cas échéant, accompli les diligences appropriées pour recueillir les informations nécessaires à son appréciation.

6. Il ressort des pièces du dossier que, par un avis du 30 juillet 2020, le Syndicat départemental d'énergie de la Loire-Atlantique (SYDELA) a indiqué que le raccordement des parcelles du terrain d'assiette du projet au réseau public de distribution en électricité nécessite une extension du réseau électrique de 45 mètres linéaires sous la voie publique, avec une contribution globale estimée à 5 406,89 euros HT, à la charge du demandeur public. Dans ces conditions, le raccordement de la propriété de M. D au réseau public d'électricité ne consiste pas en de simples branchements mais en une extension entrant dans le champ d'application des dispositions précitées de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme. Il ressort en outre des pièces du dossier que l'extension de ces réseaux n'est pas prévue, la commune faisant par ailleurs valoir qu'elle n'est pas en mesure d'indiquer dans quel délai ces travaux seront réalisés. La circonstance alléguée par le requérant selon laquelle les travaux seraient techniquement réalisables est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que le requérant se serait engagé à prendre en charge la réalisation des travaux nécessaires sur le terrain d'assiette du projet litigieux, le maire du Pallet n'a pas commis d'erreur de fait, ni fait une inexacte application des dispositions de l'article L. 111-11 du code de l'urbanisme en délivrant à M. D le certificat d'urbanisme négatif attaqué.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article R 111-5 du même code : " () Il peut également être refusé ou n'être accepté que sous réserve de prescriptions spéciales si les accès présentent un risque pour la sécurité des usagers des voies publiques ou pour celle des personnes utilisant ces accès. Cette sécurité doit être appréciée compte tenu, notamment, de la position des accès, de leur configuration ainsi que de la nature et de l'intensité du trafic() /. Aux termes de l'article Uc2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune du Pallet : " Occupations et utilisations du sol soumises à des conditions particulières " : ( ) Le changement de destination d'anciens bâtiments agricoles ou viticoles sous réserve de : / () Que la desserte du bâtiment soit sécurisée. Si le bâtiment est directement desservi par une route départementale, son accès devra présenter les distances maximales de visibilité requises. () ".

8. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est desservi, au nord et au sud, par deux voies en impasse débouchant sur la route départementale (RD) n°116. Le conseil départemental de la Loire Atlantique, gestionnaire de la RD 116, a émis, le 30 juillet 2020, un avis défavorable au projet, en se fondant, d'une part, sur le motif selon lequel le débouché de l'accès sur la RD 116 présente seulement une visibilité de 105 mètres à gauche, au lieu des 155 mètres requis pour une vitesse limitée à 70 km/h, et, d'autre part, sur l'impossibilité de vérifier l'existence de la sortie nord mentionnée par M. D dans sa demande, l'emplacement de cet accès n'étant pas indiqué sur les plans. Si le requérant soutient que la commune n'a pas vérifié la faisabilité de cet accès nord, il lui appartenait toutefois d'apporter toutes les précisions nécessaires sur ce point dans sa demande. En outre, la circonstance que les accès envisagés sont déjà utilisés par des riverains est sans incidence sur la légalité de la décision attaquée. Il en résulte que le maire du Pallet a pu, sans commettre d'erreur de fait ni d'erreur d'appréciation, opposer à la demande dont il était saisi les dispositions de l'article R 111-5 du code de l'urbanisme et de l'article Uc2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune précitées.

9. Il résulte de tout ce qui précède que le requérant n'est pas fondé à demander l'annulation du certificat d'urbanisme négatif attaqué. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction doivent être également rejetées.

Sur les frais liés au litige :

10. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de la commune du Pallet, qui n'est pas dans la présente instance la partie perdante, la somme demandée par M D au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de mettre à la charge du requérant le versement de la somme demandée par la commune du Pallet au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Les conclusions de la commune du Pallet présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. E D et à la commune du Pallet.

Délibéré après l'audience du 16 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 février 2024.

Le rapporteur,

E. BRÉMOND

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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