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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011033

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011033

jeudi 29 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011033
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantSCP FRENOT - GUICHERD - COSSIC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 2 novembre 2020 et 19 juillet 2021, M. A B, représenté par Me Guicherd, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 4 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de lui octroyer la nationalité française et, subsidiairement, de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai de quinze jours à compter de la notification du présent jugement et sous astreinte de cent euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 6 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. B soutient que la décision attaquée :

- est entachée d'un vice d'incompétence ;

- est entachée d'une erreur de droit ;

- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par deux mémoires en défense, enregistrés les 21 juin 2021 et 5 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. B n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huet a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B demande au tribunal d'annuler la décision du 4 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française.

Sur les conclusions à fin d'annulation°:

2. En premier lieu, par une décision du 12 septembre 2019 publiée au Journal officiel de la République française le 14 septembre 2019, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, compétente à cet effet en vertu de l'article 3 du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, a donné délégation à Xavier Jégard, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux, à l'effet de signer au nom du ministre de l'intérieur la décision attaquée. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme manquant en fait.

3. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En vertu des dispositions de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Une fois ce délai expiré ou ces conditions réalisées, il appartient au postulant, s'il le juge opportun, de formuler une nouvelle demande. Il appartient ainsi au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'insertion professionnelle et d'autonomie matérielle du postulant.

4. Pour ajourner à deux ans la demande d'acquisition de la nationalité française de M. B, le ministre de l'intérieur a relevé que le parcours professionnel de l'intéressé, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ainsi que le caractère déficitaire de son activité commerciale, ne permettaient pas de considérer qu'il avait réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne disposait pas de ressources suffisantes et stables. Il en a déduit qu'un délai s'avérait nécessaire afin de s'assurer de la pérennité de sa situation professionnelle et de ses revenus.

5. D'une part, il ne ressort pas des pièces du dossier que les faits retenus par le ministre pour fonder sa décision auraient été connus de ce dernier lors de l'instruction du dossier de la première demande de naturalisation déposée par le requérant. En tout état de cause, aucune disposition législative ou réglementaire ou aucun principe général du droit ne fait obstacle à ce que l'administration puisse, à l'occasion d'une nouvelle décision, motiver cette dernière en raison de faits dont elle avait connaissance au moment où elle avait pris une première décision de même nature, et que, pour autant, elle n'avait, alors, pas opposé à la première demande dont elle était saisie, dès lors que ces faits sont eux-mêmes de nature à justifier le rejet de la nouvelle demande dont elle a ensuite été saisie. Le ministre pouvait ainsi sans erreur de droit fonder sa décision d'ajournement de la nouvelle demande de naturalisation présentée par M. B sur le motif tiré de ce que l'insertion professionnelle de l'intéressé ne pouvait être considérée comme pleinement réalisée en l'absence de ressources suffisantes et stables.

6. D'autre part, il ressort des pièces du dossier et notamment des comptes de résultat simplifié de la société Planet 77 gérée par M. B, que ladite société a présenté des résultats négatifs au titre des exercices 2017 et 2018, respectivement de 13 241 euros et de 3 177 euros, ainsi qu'un résultat nul en 2019 ne permettant pas de résorber les déficits antérieurs. Ces résultats ne permettaient donc pas de s'assurer de la pérennité de la situation professionnelle de M. B à la date de la décision attaquée. Le requérant fait valoir qu'il a continué à se verser des salaires en dépit des résultats négatifs de sa société. Toutefois, si la production des avis d'imposition de M. B au titre des années 2017 à 2019 établit que l'activité professionnelle de l'intéressé lui a assuré un revenu de l'ordre de 1 600 euros par mois, M. B ne justifiait pas, à la date de la décision contestée, d'une activité lui procurant des ressources suffisantes pour subvenir durablement à ses besoins et à ceux de son foyer, notamment composé de quatre enfants, et alors au demeurant que son épouse n'a déclaré aucun revenu au titre des années 2017 à 2019. Enfin, la légalité d'une décision administrative s'appréciant à la date à laquelle elle a été prise, le requérant ne saurait se prévaloir utilement de circonstances postérieures à la décision du 4 août 2020, notamment des résultats positifs de sa société au titre de l'exercice 2020 et, à les supposer établis, au titre de l'exercice 2021. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur, qui dispose d'un large pouvoir pour accorder ou refuser la nationalité à l'étranger qui la sollicite, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de M. B pour le motif précité.

7. A cet égard, les circonstances selon lesquelles l'ensemble de la famille du requérant est de nationalité française et qu'il est parfaitement intégré sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif sur lequel elle se fonde.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B doit être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 15 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Giraud, président,

Mme Beyls, conseillère,

M. Huet, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 février 2024.

Le rapporteur,

F. HUET

Le président,

T. GIRAUD

Le greffier,

G. VIEL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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