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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011049

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011049

mercredi 27 mars 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011049
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
FormationMagistrat : M. LABOUYSSE - R. 222-13
Avocat requérantCALDERERO

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 2 novembre 2020, M. B A, représenté par Me Nicolas Calderero, demande au tribunal :

1°) d'annuler les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré du capital de son permis de conduire un point pour une infraction commise le 16 septembre 2014, trois points pour une infraction commise le 26 janvier 2016 puis pour une infraction commise le 3 avril 2017, deux points pour une infraction commise le 4 septembre 2017, un point pour chacune des infractions commises le 21 décembre 2017, le 2 août 2018 et le 25 novembre 2019 ainsi que trois points pour une infraction commise le 28 janvier 2020 ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de restituer les points illégalement retirés dès la notification du jugement sous astreinte d'un montant de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 900 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que ces décisions sont entachées d'illégalité dès lors qu'elles n'ont pas été précédées de la délivrance de l'information requise par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

Par un mémoire, enregistré le 1er mars 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que :

- le point retiré consécutivement à chacune des infractions relevées les 16 septembre 2014, 21 décembre 2017 et 2 août 2018 a été restitué en application de l'article L. 223-6 du code de la route antérieurement à l'enregistrement de la requête, de sorte que les conclusions dirigées contre les retraits de point procédant de ces infractions sont sans objet ;

- les moyens soulevés à l'appui des conclusions tendant à l'annulation des autres retraits de points ne sont pas fondés.

La clôture de l'instruction a été fixée par ordonnance au 10 février 2023 à 12h00.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la route ;

- le code de procédure pénale ;

- l'arrêté du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire ;

- le code de justice administrative.

Le président du tribunal a désigné M. David Labouysse, premier conseiller, en application de l'article R. 222-13 du code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 21 février 2024 à partir de 10h45.

Considérant ce qui suit

1. Le ministre de l'intérieur a procédé aux retraits d'un total de quinze points du capital dont était affecté le permis de conduire obtenu par M. B A. Ces points ont été retirés NEYRATNà la suite d'infractions relevées le 16 septembre 2014, le 26 janvier 2016, les 3 avril, 4 septembre et 21 décembre 2017, le 2 août 2018, le 25 novembre 2019 ainsi que le 28 janvier 2020. M. A demande au tribunal l'annulation de ces décisions.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des retraits d'un point, consécutifs à chacune des infractions commises les 16 septembre 2014, 21 décembre 2017 et 2 août 2018 :

2. Il ressort du relevé d'information intégral de la situation de M. A, issu du système national des permis de conduire, au sein duquel est procédé à l'enregistrement notamment de toutes décisions portant modification du nombre de points, que le point retiré à la suite de chacune des infractions relevées le 16 septembre 2014, le 21 décembre 2017 et le 2 août 2018 a été restitué, respectivement, le 4 septembre 2015, le 31 juillet 2018 et le 22 avril 2019, soit antérieurement au 1er juillet 2020, date de l'enregistrement de la requête présentée par M. A. Dès lors, les conclusions tendant à l'annulation de ces retraits de point sont privées d'objet. Elles sont, par suite, irrecevables et ne peuvent dès lors qu'être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'annulation des autres retraits de points :

3. M. A soutient que l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route ne lui a pas été délivrée au titre de chacune des infractions relevées les 26 janvier 2016, 3 avril 2017, 4 septembre 2017, 25 novembre 2019 et 28 janvier 2020, lesquelles ont donné lieu à des poursuites selon la procédure de l'amende forfaitaire.

4. La délivrance, préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction, de l'information prévue par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route constitue une condition de la légalité des décisions de retrait de points. Lorsqu'il est fait application de la procédure d'amende forfaitaire, l'information doit porter sur l'existence du traitement automatisé de points, sur la possibilité d'exercer un droit d'accès, et sur le fait que le paiement de l'amende ou l'émission du titre exécutoire de l'amende forfaitaire majorée établit la réalité de l'infraction, dont la qualification doit être précisée, et entraîne le retrait de points correspondant.

5. le II de l'article R. 49-1 du code de procédure pénale prévoit que le procès-verbal constatant une contravention pouvant donner lieu à une amende forfaitaire " peut être dressé au moyen d'un appareil sécurisé dont les caractéristiques sont fixées par arrêté du garde des sceaux, ministre de la justice, permettant le recours à une signature manuscrite conservée sous forme numérique ". En vertu des dispositions de l'article A. 37-19 du même code, issues de cet arrêté, cet appareil permet d'enregistrer, pour chaque procès-verbal, d'une part, la signature de l'agent verbalisateur, d'autre part, celle du contrevenant qui est invité à l'apposer " sur une page écran qui lui présente un résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée à son encontre, informations dont il reconnaît ainsi avoir eu connaissance ". Les dispositions du II de l'article A. 37-27-2 du code de procédure pénale, issues de ce même arrêté, prévoient qu'en cas d'infraction entraînant un retrait de points, le résumé non modifiable des informations concernant la contravention relevée précise qu'elle entraîne un retrait de points et comporte l'ensemble des éléments mentionnés aux articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route.

6. Lorsqu'une infraction entraînant un retrait de points est constatée au moyen d'un appareil conforme aux dispositions citées ci-dessus, l'agent verbalisateur invite le contrevenant à apposer sa signature sur une page écran où figure l'ensemble des informations exigées par la loi. Dès lors, la signature apposée par l'intéressé et conservée par voie électronique établit que ces informations lui ont été délivrées. La mention certifiée par l'agent selon laquelle le contrevenant a refusé d'apposer sa signature sur la page qui lui était présentée possède la même valeur probante.

7. M. A a, lors de l'établissement du procès-verbal relatif à l'infraction relevée le 3 avril 2017, apposé sa signature sur la page écran mentionnée au paragraphe précédent. Dans ces conditions, et alors au surplus qu'il ressort de l'examen de la copie de ce procès-verbal, que l'ensemble des informations requises y figurent, le ministre de l'intérieur établit que l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route a été délivrée à l'intéressée.

8. Chacune des infractions commises les 26 janvier 2016, 4 septembre 2017, 25 novembre 2019 et 28 janvier 2020 ont été relevées au moyen d'un procès-verbal électronique. Cependant, seule la signature de l'officier de police judiciaire figure sur le procès-verbal relatif à l'infraction du 4 septembre 2017. S'agissant des trois autres infractions, aucun procès-verbal n'est produit.

9. Toutefois, s'agissant d'abord de chacune des infractions relevées les 25 novembre 2019 et 28 janvier 2020, les dispositions portant application des articles R. 49-1 et R. 49-10 du code de procédure pénale, notamment celles des articles A. 37-15 à A. 37-18 de ce code, issues de l'arrêté ministériel du 13 mai 2011 relatif aux formulaires utilisés pour la constatation et le paiement des contraventions soumises à la procédure de l'amende forfaitaire, prévoient que lorsqu'une contravention soumise à cette procédure est constatée par un procès-verbal dressé avec un appareil électronique sécurisé, sans que l'amende soit payée immédiatement entre les mains de l'agent verbalisateur, un avis de contravention est adressé au contrevenant. Cet avis comporte une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route, ainsi qu'une notice de paiement, laquelle comprend une carte de paiement et un formulaire de requête en exonération. Dès lors, le titulaire d'un permis de conduire à l'encontre duquel une infraction au code de la route est relevée au moyen d'un appareil électronique sécurisé et dont il est établi, notamment par la mention qui en est faite au système national des permis de conduire, qu'il a payé l'amende forfaitaire correspondant à cette infraction, a nécessairement reçu l'avis de contravention mentionné par les dispositions évoquées ci-dessus. Eu égard aux mentions dont cet avis est réputé être revêtu, l'autorité administrative doit être regardée comme s'étant acquittée, envers le titulaire du permis, de son obligation de lui délivrer les informations requises préalablement au paiement de l'amende forfaitaire, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, ne démontre s'être vu remettre un avis inexact ou incomplet.

10. M. A a payé l'amende forfaitaire correspondant à chacune des infractions relevées les 25 novembre 2019 et 28 janvier 2020. Il n'a pas produit l'avis de contravention qu'il a nécessairement reçu à la suite de leur relevé respectif. Dès lors, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme apportant la preuve de de la délivrance, à l'intéressé, de l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route.

11. S'agissant ensuite de l'infraction relevée le 26 janvier 2016, le ministre de l'intérieur soutient que l'avis de contravention correspondant à cette infraction a été adressé au domicile de M. A. Il produit, à l'appui de cette affirmation, un document imprimé transmis à l'officier du ministère public du tribunal de police de Chartres, dans le ressort duquel a été commis cette infraction, faisant état de l'envoi, le 2 février 2016, d'un avis de contravention au domicile de M. A qui n'a pas été retourné à l'expéditeur. M. A n'a pas répliqué au mémoire en défense auquel était joint ce document. Dans ces circonstances, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme établissant la réception de cet avis de contravention par l'intéressé. Cet acte comporte, comme cela a été indiqué au paragraphe 9, une information suffisante au regard des exigences des articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur doit être regardé comme établissant également la délivrance de l'information requise par ces articles préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction relevée le 26 janvier 2016.

12. S'agissant enfin de l'infraction relevée le 4 septembre 2017, le paiement par le contrevenant de l'amende forfaitaire majorée prévue par le second alinéa de l'article 529-2 du code de procédure pénale implique nécessairement qu'il a préalablement reçu l'avis correspondant à cette amende. Le formulaire d'avis d'amende forfaitaire majorée utilisé par l'administration, conformément à l'article A. 37-28 de ce code, est revêtu des mentions permettant à son destinataire de comprendre que, en l'absence de contestation de l'amende, il sera procédé au retrait de points. D'autres mentions de ce même formulaire portent à sa connaissance l'ensemble des informations requises par les articles L. 223-3 et R. 223-3 du code de la route. Ainsi, le paiement volontaire de l'amende forfaitaire majorée suffit à établir que l'administration s'est acquittée envers le titulaire du permis de son obligation d'information, à moins que l'intéressé, à qui il appartient à cette fin de produire l'avis qu'il a nécessairement reçu, démontre qu'il est inexact ou incomplet.

13. Il ressort des mentions du relevé intégral d'information qu'un avis d'amende forfaitaire majorée tenant lieu de titre exécutoire a été émis en vue du recouvrement de l'amende liée à l'infraction relevée à l'encontre de M. A le 4 septembre 2017. La majoration est intervenue le 27 avril 2018. Le ministre de l'intérieur indique que l'intéressé s'est acquitté de cette amende et justifie de son règlement par l'intéressé. M. A n'a pas répliqué au mémoire en défense apportant cette justification et n'a ainsi pas produit l'avis d'amende forfaitaire majorée, qui doit être regardé comme ayant été reçu par l'intéressé et à partir duquel il a pu procéder à ce paiement. Dans ces conditions, le ministre de l'intérieur établit que l'information prévue aux articles L. 223 3 et R. 223-3 du code de la route a été délivrée à M. A préalablement à l'établissement de la réalité de l'infraction relevée le 4 septembre 2017.

14. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation des décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur a retiré un total de douze points du capital de son permis de conduire à la suite des infractions relevées le 26 janvier 2016, les 3 avril et 4 septembre 2017, le 25 novembre 2019 et le 28 janvier 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction et celles tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

15. Le rejet de l'ensemble des conclusions à fin d'annulation entraîne, par voie de conséquence, celui des conclusions à fin d'injonction présentées par M. A et de celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions présentées par M. A sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 27 mars 2024.

Le magistrat désigné,

D. C

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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