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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011072

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011072

mardi 19 décembre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011072
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantSELARL CORNET VINCENT SEGUREL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 novembre 2020 et le 28 mars 2022, M. C E, représenté par Me Lefèvre, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 septembre 2020 par laquelle le maire de Sainte-Pazanne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux présentée le 16 juillet 2020 par M. A en vue de l'extension d'une maison d'habitation située sur les parcelles cadastrées section ZA n° 254 et 331 au 2 du lieudit " La Bazonnière " ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Sainte-Pazanne une somme de 3 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- l'arrêté attaqué a été signé par une autorité incompétente ;

- le dossier de déclaration préalable est incomplet en méconnaissance de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme ;

- l'arrêté attaqué méconnaît les dispositions de l'article 4.2.2.a du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Pazanne.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 30 novembre 2020 et le 27 octobre 2023, la commune de Sainte-Pazanne, représentée par Me Marchand, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 10 mars 2021 et le 1er juin 2022, M. B A, représenté par Me Vendé, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 500 euros soit mise à la charge du requérant au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la requête est irrecevable en l'absence d'intérêt à agir du requérant ;

- les moyens soulevés par M. E ne sont pas fondés.

Par un courrier du 24 octobre 2023, les parties ont été informées de ce que le tribunal était susceptible de retenir le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée, et de surseoir à statuer sur la requête dans l'attente de la régularisation éventuelle de ce vice, sur le fondement des dispositions de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des collectivités publiques ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Lefèvre, avocat de M. E,

- les observations de Me Léon, substituant Me Marchand, avocat de la commune de Sainte-Pazanne,

- les observations de Me Jaud, substituant Me Vendé, avocat de M. A.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 11 septembre 2020, le maire de Sainte-Pazanne ne s'est pas opposé à la déclaration préalable de travaux présentée le 16 juillet 2020 par M. B A en vue de l'extension d'une maison d'habitation pour une surface de plancher créée de 28,97 m2, située sur les parcelles cadastrées section ZA n°s 254 et 331 au 2 du lieudit " La Bazonnière ", et classée en zone Ub du plan local d'urbanisme de la commune. M. E, propriétaire de la parcelle cadastrée section ZA n° 250 contigüe au terrain d'assiette du projet, demande au tribunal l'annulation de cet arrêté.

Sur la fin de non-recevoir soulevée en défense :

2. Aux termes de l'article L. 600-1-2 du code de l'urbanisme : " Une personne () n'est recevable à former un recours pour excès de pouvoir contre une décision relative à l'occupation ou à l'utilisation du sol régie par le présent code que si la construction, l'aménagement ou le projet autorisé sont de nature à affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance du bien qu'elle détient ou occupe régulièrement ou pour lequel elle bénéficie d'une promesse de vente, de bail, ou d'un contrat préliminaire mentionné à l'article L. 261-15 du code de la construction et de l'habitation. / (). ".

3. Il résulte de ces dispositions qu'il appartient, en particulier, à tout requérant qui saisit le juge administratif d'un recours pour excès de pouvoir tendant à l'annulation d'une autorisation d'urbanisme, de préciser l'atteinte qu'il invoque pour justifier d'un intérêt lui donnant qualité pour agir, en faisant état de tous éléments suffisamment précis et étayés de nature à établir que cette atteinte est susceptible d'affecter directement les conditions d'occupation, d'utilisation ou de jouissance de son bien. Il appartient au défendeur, s'il entend contester l'intérêt à agir du requérant, d'apporter tous éléments de nature à établir que les atteintes alléguées sont dépourvues de réalité. Le juge de l'excès de pouvoir apprécie la recevabilité de la requête au vu des éléments ainsi versés au dossier par les parties, en écartant le cas échéant les allégations qu'il jugerait insuffisamment étayées mais sans pour autant exiger de l'auteur du recours qu'il apporte la preuve du caractère certain des atteintes qu'il invoque au soutien de la recevabilité de celui-ci. Eu égard à sa situation particulière, le voisin immédiat justifie, en principe, d'un intérêt à agir lorsqu'il fait état devant le juge, qui statue au vu de l'ensemble des pièces du dossier, d'éléments relatifs à la nature, à l'importance ou à la localisation du projet en cours de construction.

4. M. E, qui est propriétaire de la maison d'habitation située sur la parcelle contigüe au nord du terrain d'assiette du projet, en est le voisin immédiat. Par ailleurs, il ressort de la configuration des lieux que le nouveau bâtiment sera visible depuis sa propriété, en dépit de l'existence d'une haie en limite séparative. En outre, le projet, compte tenu des vis-à-vis qu'il crée sur la propriété du requérant en limite séparative, est susceptible d'affecter directement les conditions de jouissance de son bien. Dans ces conditions, le requérant justifie d'un intérêt lui donnant qualité à agir en excès de pouvoir contre la décision attaquée de non-opposition à déclaration préalable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

En ce qui concerne la compétence du signataire de l'arrêté attaqué :

5. Aux termes de l'article L. 422-1 du code de l'urbanisme : " L'autorité compétente pour délivrer le permis de construire, d'aménager ou de démolir et pour se prononcer sur un projet faisant l'objet d'une déclaration préalable est : a) Le maire, au nom de la commune, dans les communes qui se sont dotées d'un plan local d'urbanisme () ". Aux termes de l'article L. 2122-18 du code général des collectivités territoriales : " Le maire est seul chargé de l'administration, mais il peut, sous sa surveillance et sa responsabilité, déléguer par arrêté une partie de ses fonctions à un ou plusieurs de ses adjoints et, en l'absence ou en cas d'empêchement des adjoints ou dès lors que ceux-ci sont tous titulaires d'une délégation, à des membres du conseil municipal. () " . Les arrêtés du maire consentant, en application de ces dispositions, des délégations aux adjoints doivent définir avec une précision suffisante les limites de ces délégations.

6. La décision attaquée a été signée par M. F D, deuxième adjoint au maire de Sainte-Pazanne. par un arrêté du 2 juin 2020, le maire de Sainte-Pazanne a donné à M. D délégation de fonctions et de signature pour l'ensemble des affaires communales concernant " l'aménagement urbain et agricole ". Les termes d'" aménagement urbain " sont, toutefois, insuffisamment précis pour considérer qu'ils recouvriraient nécessairement les décisions individuelles se prononçant sur des demandes d'autorisations ou des déclarations d'occupation et d'utilisation des sols prises en application du code de l'urbanisme. A défaut d'autres précisions, la commune de Sainte-Pazanne ne justifie pas ainsi de la compétence de M. D pour signer la décision attaquée de non opposition à déclaration préalable de travaux. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision doit être accueilli.

En ce qui concerne la complétude du dossier de déclaration préalable :

7. Aux termes de l'article R. 431-36 du code de l'urbanisme : " Le dossier joint à la déclaration comprend : / a) Un plan permettant de connaître la situation du terrain à l'intérieur de la commune ; / b) Un plan de masse coté dans les trois dimensions lorsque le projet a pour effet de créer une construction ou de modifier le volume d'une construction existante ; / c) Une représentation de l'aspect extérieur de la construction faisant apparaître les modifications projetées et si le projet a pour effet de modifier celui-ci ; / () / Il est complété, s'il y a lieu, par les documents mentionnés aux a et b de l'article R. 431-10 (). / Ces pièces sont fournies sous l'entière responsabilité des demandeurs. Lorsque la déclaration porte sur un projet de création ou de modification d'une construction et que ce projet est visible depuis l'espace public () le dossier comprend également les documents mentionnés aux c et d de l'article R. 431-10. / Aucune autre information ou pièce ne peut être exigée par l'autorité compétente ". Aux termes de son article R. 431-10 : " Le projet architectural comprend également : / a) Le plan des façades et des toitures ; lorsque le projet a pour effet de modifier les façades ou les toitures d'un bâtiment existant, ce plan fait apparaître l'état initial et l'état futur ; / b) Un plan en coupe précisant l'implantation de la construction par rapport au profil du terrain ; () / c) Un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet de construction par rapport aux constructions avoisinantes et aux paysages, son impact visuel ainsi que le traitement des accès et du terrain ; / d) Deux documents photographiques permettant de situer le terrain respectivement dans l'environnement proche et, sauf si le demandeur justifie qu'aucune photographie de loin n'est possible, dans le paysage lointain. Les points et les angles des prises de vue sont reportés sur le plan de situation et le plan de masse ".

8. La circonstance que le dossier de déclaration préalable ne comporterait pas l'ensemble des documents exigés par les dispositions du code de l'urbanisme, ou que les documents produits seraient insuffisants, imprécis ou comporteraient des inexactitudes, n'est susceptible d'entacher d'illégalité l'autorisation d'urbanisme qui a été accordée que dans le cas où les omissions, inexactitudes ou insuffisances entachant le dossier ont été de nature à fausser l'appréciation portée par l'autorité administrative sur la conformité du projet à la réglementation applicable.

9. Il ressort des pièces des dossiers que le dossier de demande préalable déposé par le pétitionnaire comporte notamment un plan de situation cadastrale matérialisant l'emplacement du projet d'extension ainsi que des plans cotés en plusieurs dimensions, dont les mentions sont suffisamment précises, avant et après travaux, permettant d'apprécier de façon pertinente la surface de plancher du projet et son gabarit et ce, même si le plan de masse produit n'était pas coté dans les trois dimensions. En outre, le dossier comporte des plans des quatre façades, des plans de coupe et des photographies d'insertion du projet permettant d'apprécier les modifications apportées à la construction existante. Ces documents ont permis au service instructeur d'apprécier l'impact visuel du projet sur les constructions avoisinantes, notamment au travers des photographies matérialisant l'insertion du projet dans son environnement proche. La circonstance que l'implantation des réseaux n'est pas précisée dans le dossier de déclaration préalable n'est pas de nature à avoir faussé l'appréciation portée par l'autorité administrative dès lors que le projet consiste en l'extension, pour une surface de plancher limitée à 25,97 m2, d'une construction déjà raccordée aux réseaux. Par suite, le moyen tiré de l'incomplétude du dossier de demande, pris en ses différentes branches, doit être écarté.

En ce qui concerne les dispositions du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Pazanne :

10. Aux termes de l'article 4.2.2.a du règlement du plan local d'urbanisme de la commune de Sainte-Pazanne, relatif à l'implantation des constructions par rapport aux limites séparatives : " () En zones Ub, Uc et 1AUa, à plus de 20 mètres de la limite d'emprise de la voie publique : La construction principale doit être implantée à une distance du point le plus proche de la limite, au moins égale à sa hauteur mesurée à l'égout de toiture ou au sommet de l'acrotère (en cas de toiture-terrasse), avec un minimum de 3 mètres. Toutefois, - Dans une bande de 0 à 3 mètres définie à partir de la limite séparative : les constructions principales peuvent s'implanter en limite séparative à condition que leur hauteur, mesurée en tout point de la construction, situé dans cette bande de 0 à 3 mètres, soit inférieure ou égale à 3,20 mètres à l'égout de toiture ou 3,5 mètres au sommet de l'acrotère en cas de toiture terrasse / - L'extension d'une construction existante déjà implantée en limite séparative est admise sous réserve que la hauteur de l'extension n'excède pas celle existante. ".

11. Il ressort des pièces du dossier que le projet autorisé par l'arrêté attaqué porte sur l'extension d'une maison d'habitation déjà implantée à plus de vingt mètres de la limite d'emprise de la voie publique et en limite séparative. Cette construction existante ayant une hauteur de 6 mètres, le projet d'extension, d'une hauteur de 3,20 mètres, est conforme aux dispositions du dernier alinéa de l'article Ub 4.2.2.a précitées. Par ailleurs, la circonstance, dont entend se prévaloir le requérant, que la limite séparative présente un décroché, n'est pas de nature à rendre le projet non conforme à ces dispositions. Il en résulte que M. E n'est pas fondé à soutenir que les dispositions de l'article Ub 4.2.2.2.a du règlement du plan local d'urbanisme seraient méconnues.

Sur l'application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme :

12. Aux termes de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme : " Sans préjudice de la mise en œuvre de l'article L. 600-5, le juge administratif qui, saisi de conclusions dirigées contre un permis de construire, de démolir ou d'aménager ou contre une décision de non-opposition à déclaration préalable estime, après avoir constaté que les autres moyens ne sont pas fondés, qu'un vice entraînant l'illégalité de cet acte est susceptible d'être régularisé, sursoit à statuer, après avoir invité les parties à présenter leurs observations, jusqu'à l'expiration du délai qu'il fixe pour cette régularisation, même après l'achèvement des travaux. Si une mesure de régularisation est notifiée dans ce délai au juge, celui-ci statue après avoir invité les parties à présenter leurs observations. Le refus par le juge de faire droit à une demande de sursis à statuer est motivé. "

13. Il résulte de l'instruction que le vice relevé au point 6 du présent jugement tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée est susceptible d'être régularisé. Dans ces conditions, il y a lieu de surseoir à statuer sur les conclusions aux fins d'annulation présentées afin de permettre une éventuelle régularisation de cette incompétence d'une décision modificative qui devra être communiquée au tribunal dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

D E C I D E :

Article 1er : Il est sursis à statuer sur la requête présentée par M. E.

Article 2 : M. A et la commune de Sainte-Pazanne devront justifier, dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, de la régularisation, par une décision modificative, du vice tiré de l'incompétence du signataire de la décision du 11 septembre 2020.

Article 3 : Tous moyens et conclusions des parties sur lesquels il n'est pas expressément statué par le présent jugement sont réservés jusqu'en fin d'instance.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C E, à la commune de Sainte-Pazanne et à M. B A.

Délibéré après l'audience du 21 novembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 décembre 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP de BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°201107

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