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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011154

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011154

vendredi 26 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011154
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation4ème Chambre
Avocat requérantVIALE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 4 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Viale, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision du 13 mars 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ainsi que la décision du préfet des Bouches-du-Rhône précitée ;

2°) d'enjoindre au préfet des Bouches-du-Rhône de procéder à un nouvel examen de sa situation, dans le délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros à verser à Me Viale sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que la décision est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 23 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis à l'aide juridictionnelle totale par une décision du 7 décembre 2020.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Huin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A B a présenté une demande de naturalisation auprès du préfet des Bouches-du-Rhône qui a été ajournée à deux ans par une décision du 13 mars 2020. M. B a formé un recours contre cette décision devant le ministre de l'intérieur. Le silence gardé par le ministre de l'intérieur sur ce recours a fait naître une décision implicite de rejet à l'expiration du délai de quatre mois prévu à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, à laquelle s'est substituée une décision expresse du 7 janvier 2021. Par la présente requête, M. B demande au tribunal d'annuler la décision du 13 mars 2020 par laquelle le préfet des Bouches-du-Rhône a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation, ainsi que la décision du ministre de l'intérieur du 7 janvier 2021 rejetant le recours hiérarchique formé contre cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du préfet des Bouches-du-Rhône :

2. En application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 susvisé, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision du 7 janvier 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté le recours hiérarchique de l'intéressé s'est substituée à la décision du préfet des Bouches-du-Rhône du 13 mars 2020. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale sont irrecevables et doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision du ministre de l'intérieur du 7 janvier 2021 :

3. Il ressort des termes de la décision attaquée que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé d'une part sur la circonstance selon laquelle s'il a déposé une demande de regroupement familial au profit de sa conjointe, il a toutefois reçu une réponse négative, son épouse résidant ainsi en France sans justifier du droit de s'y maintenir faute de disposer d'un titre de séjour et d'autre part sur la circonstance selon laquelle l'examen du parcours professionnel de M. B, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle puisqu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables.

4. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ".

5. L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut, dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, l'intégration de l'intéressé dans la société française, son insertion sociale et professionnelle et le fait qu'il dispose de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France. En outre, l'administration peut légalement prendre en compte la situation familiale du demandeur.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. B est entré en France en 2016 et s'est vu reconnaître la qualité de réfugié. S'il soutient qu'il a rapidement souhaité exercer une activité professionnelle pour ne pas être tributaire des aides sociales, il ressort cependant de l'avis d'impôt 2019 versé aux débats par le ministre de l'intérieur qu'il n'a déclaré percevoir aucun revenu au titre de l'année 2018. Par ailleurs, s'il soutient exercer une activité professionnelle, le seul extrait de compte bancaire versé aux débats, qui présente un solde, en mars 2020, de 986 euros, ne suffit à établir, par la seule mention en crédit d'un virement d'une société d'interprétariat de 150 euros, qu'il disposerait de ressources lui permettant de subvenir durablement à ses besoins en France alors en outre que les autres sommes inscrites en crédit proviennent de virement internationaux ou correspondent à des aides sociales. Il résulte de l'instruction que ce motif suffit à lui seul à fonder la décision attaquée. Dans ces conditions, et eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre de l'intérieur n'a pas entaché sa décision d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de M. B.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions à fin d'annulation présentées par M. B, n'appelle aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions à fin d'injonction présentées par le requérant doivent être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991font obstacle à ce que l'Etat, qui n'a pas la qualité de partie perdante, verse à M. B la somme que celui-ci réclame au titre des frais exposés par lui et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Viale.

Délibéré après l'audience du 5 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Livenais, président,

Mme Rosemberg, première conseillère,

M. Huin, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 26 mai 2023.

Le rapporteur,

F. HUIN

Le président,

Y. LIVENAIS

La greffière,

C. MICHAULT

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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