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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011156

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011156

mercredi 21 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011156
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantFLOCH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 3 novembre 2020, M. A D, représenté par Me Floch, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 9 septembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial en faveur de sa conjointe ;

2°) d'enjoindre au préfet de faire droit à sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de procéder au réexamen de sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 700 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée en droit ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article 4 de l'accord franco-algérien ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense enregistré le 17 mai 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du

7 décembre 2020.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. Simon a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant algérien né le 1er mai 1978, est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 19 novembre 2023. Par sa requête, il demande au tribunal d'annuler la décision du 9 septembre 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé d'accorder le bénéfice du regroupement familial à son épouse.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, par un arrêté du 12 juillet 2019 régulièrement publié, le préfet de la Loire-Atlantique a donné à M. C B, sous-préfet de Saint-Nazaire, à l'effet de signer les décisions concernant les demandes de regroupement familial pour l'ensemble du département et en cas d'absence ou d'empêchement de ce dernier, à M. Joseph Charrier, secrétaire général de la sous-préfecture de Saint-Nazaire et signataire de la décision attaquée. Il n'est pas établi ni même allégué que M. C B n'aurait pas été absent ou empêché à la date de la décision attaquée. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision attaquée doit être écarté comme non-fondé.

3. En deuxième lieu, la décision attaquée vise l'accord franco-algérien et mentionne que selon cet accord le regroupement familial peut être refusé si le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes, d'un montant égal ou supérieur au salaire minimum de croissance (hors prestations familiales), pour subvenir aux besoins de sa famille. Si celle-ci ne vise pas expressément l'article 4 de cet accord, elle en reprend expressément les stipulations, permettant ainsi au destinataire de la décision attaquée d'identifier les considérations de droit sur lesquelles s'est fondé le préfet. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation en droit de la décision attaquée doit être écarté comme non-fondé.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 4 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " () / Sans préjudice des dispositions de l'article 9, l'admission sur le territoire français en vue de l'établissement des membres de famille d'un ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence d'une durée de validité d'au moins un an, présent en France depuis au moins un an sauf cas de force majeure, et l'octroi du certificat de résidence sont subordonnés à la délivrance de l'autorisation de regroupement familial par l'autorité française compétente. / Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : / 1. Le demandeur ne justifie pas de ressources stables et suffisantes pour subvenir aux besoins de sa famille. Sont pris en compte toutes les ressources du demandeur et de son conjoint indépendamment des prestations familiales. L'insuffisance des ressources ne peut motiver un refus si celles-ci sont égales ou supérieures au salaire minimum interprofessionnel de croissance. / () Peut être exclu de regroupement familial : / () 2. Un membre de la famille séjournant à un autre titre ou irrégulièrement sur le territoire français. / Le regroupement familial est sollicité pour l'ensemble des personnes désignées au titre II du protocole annexé au présent accord. () ". D'autre part, aux termes de l'article R. 411-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction alors en vigueur, dont les dispositions, compatibles avec les stipulations de l'accord franco-algérien, sont applicables aux ressortissants algériens : " () les ressources du demandeur et de son conjoint qui alimenteront de façon stable le budget de la famille sont appréciées sur une période de douze mois par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum de croissance au cours de cette période () ".

5. Il résulte de ces dispositions que le caractère suffisant des ressources du demandeur est apprécié sur la période de douze mois précédant le dépôt de la demande de regroupement familial, par référence à la moyenne mensuelle du salaire minimum interprofessionnel de croissance au cours de cette même période. Néanmoins lorsque ce seuil n'est pas atteint au cours de la période considérée, il est toujours possible pour le préfet de prendre une décision favorable en tenant compte de l'évolution des ressources du demandeur, y compris après le dépôt de la demande. L'autorité administrative, qui dispose d'un pouvoir d'appréciation, n'est pas tenue par les dispositions précitées, notamment dans le cas où est portée une atteinte excessive au droit de mener une vie familiale normale, tel qu'il est protégé par les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

6. Il est constant que, pour la période des douze mois précédant la demande de regroupement familial de M. D, celui-ci n'a perçu qu'un revenu mensuel de 1 078 euros net, inférieur au salaire minimum interprofessionnel de croissance d'un montant de 1 202,92 euros sur la période de référence. Ainsi, le préfet, dont il ne ressort pas des pièces du dossier, au regard des termes de la décision attaquée, qu'il aurait estimé se trouver en compétence liée, n'a commis ni erreur de fait ni erreur de droit en rejetant la demande de regroupement familial de M. D au motif que ses revenus étaient insuffisants sur la période de référence.

7. En dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D ne s'est marié que le

30 août 2018 avec une ressortissante algérienne. Il n'est pas établi ni même allégué que les époux auraient antérieurement vécu ensemble, ni que le couple serait dans l'impossibilité d'avoir une vie commune dans leur pays d'origine, alors que M. D ne justifie par ailleurs que d'un contrat à durée déterminée valable jusqu'au 30 avril 2021. Dans ces conditions, le préfet a pu, sans porter d'atteinte disproportionnée au droit de M. D à mener une vie privée et familiale normale tel qu'il est énoncé à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, rejeter la demande de regroupement familial pour le motif mentionné ci-dessus. Pour les mêmes motifs, le préfet n'a pas commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de M. D.

8. Il résulte de ce qui précède que les conclusions de M. D à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et d'astreinte et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Floch et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 31 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 juin 2023.

Le rapporteur,

P-E. SIMON

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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