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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011199

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011199

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011199
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 5 novembre 2020, M. A D C, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision prise par le préfet de Maine-et-Loire le 16 octobre 2020 lui refusant la délivrance d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" ;

2°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer ce titre de séjour, dans un délai de deux mois, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) à défaut, de prescrire à cette même autorité de prendre, dans le même délai, une nouvelle décision après un nouvel examen de sa situation, et de lui délivrer, dans l'attente, une autorisation provisoire de séjour ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros à verser à son avocat en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été signée par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elle n'est pas suffisamment motivée en fait et méconnait ainsi les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors que la commission du titre de séjour n'a pas été saisie ;

- il a bien justifié de sa nationalité ;

- elle méconnait les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- elle méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation personnelle.

Par un mémoire en défense, enregistré le 13 octobre 2023, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. D C.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. D C par une décision du 25 mai 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;

- le code de justice administrative. ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. La requérant se présente comme étant M. A D C, ressortissant érythréen né le 25 mars 1991. Il est entré en France pour y solliciter le bénéfice d'une protection internationale, mais sa demande d'asile a été rejetée par le directeur général de l'Office français de protection des réfugiés et des apatrides le 14 octobre 2016 puis par la Cour nationale du droit d'asile le 12 décembre 2018. M. D C a, le 1er septembre 2020, saisi le préfet de Maine-et-Loire d'une demande tendant à la délivrance d'une carte de séjour temporaire en invoquant des raisons de santé et, par suite, le bénéfice des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 16 octobre 2020, le préfet de Maine-et-Loire a rejeté cette demande. M. D C demande au tribunal l'annulation de cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur : " Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature ()7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ".

3. L'arrêté du 16 octobre 2020 a été signé, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme E B en qualité de directrice de l'immigration et des relations avec les usagers de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 25 juin 2020 et publié le 1er juillet suivant au recueil des actes administratifs de ce même département, d'une délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant l'ensemble des décisions relatives au séjour. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire du refus de séjour en litige doit être écarté.

4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, est sans incidence sur le respect de celle-ci la circonstance que l'énoncé de ces considérations révèlerait un défaut d'examen de la situation du demandeur.

5. M. D C soutient que la décision attaquée n'est pas suffisamment motivée en fait. Or, l'arrêté formalisant cette décision, qui vise notamment les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile sur le fondement desquelles M. D C a sollicité la délivrance d'un titre de séjour, énonce que cette demande est rejetée au motif qu'elle n'est pas complète puisque l'intéressé n'a produit ni passeport, ni, à défaut de passeport, une carte nationalité d'identité ou une carte consulaire accompagnée d'une attestation de demande de passeport revêtue d'une photographie. Dès lors, le moyen tiré de l'insuffisante motivation en fait de la décision attaquée doit être écarté.

6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 312-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, alors en vigueur, la commission du titre de séjour " est saisie par l'autorité administrative lorsque celle-ci envisage de refuser de délivrer () une carte de séjour temporaire à un étranger mentionné à l'article L. 313-11 () ". Selon l'article R. 312-2 du même code : " Le préfet () saisit pour avis la commission lorsqu'il envisage de refuser de délivrer () l'un des titres mentionnés aux articles L. 313-11 () à l'étranger qui remplit effectivement les conditions qui président à leur délivrance ". Il résulte de ces dispositions que le préfet n'est tenu de saisir la commission que du cas des seuls étrangers auxquels il envisage de refuser le titre de séjour sollicité sur le fondement de l'article L. 313-11 alors qu'ils remplissent effectivement les conditions prévues par les dispositions de cet article.

7. Il ne ressort pas des pièces du dossier, qui ne contient aucun document relatif à l'état de santé de M. D C et alors que le préfet de Maine-et-Loire n'a pas estimé, pour rejeter la demande de titre de séjour en litige, que les conditions requises pour l'obtention d'un titre de séjour énoncées au 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auraient été satisfaites en l'espèce, que M. D C, qui se borne à soutenir à l'appui du vice de procédure invoqué, que le centre de ses attaches se situe en France, remplirait effectivement ces conditions. Par suite, le moyen tiré de l'existence de ce vice de procédure, tiré du défaut de saisine de la commission du titre de séjour, doit être écarté.

8. En quatrième lieu, selon l'article R. 313-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " L'étranger qui demande la délivrance () d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". Ces dispositions sont applicables à toute demande de titre de séjour, et, par suite, à celle présentée sur le fondement des dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit si l'état de santé de celui qui la sollicite nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié.

9. Le préfet de Maine-et-Loire a considéré que le dossier de demande de titre de séjour déposée par M. D C n'était pas complet au regard des dispositions précitées de l'article R. 313-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Il a ainsi sollicité de l'intéressé qu'il produise, soit son passeport, soit, à défaut de passeport, sa carte nationalité d'identité ou sa carte consulaire accompagnée d'une attestation de demande de passeport revêtue d'une photographie. Comme cela a été indiqué au point 5, le préfet de Maine-et-Loire a, pour rejeter cette demande de titre de séjour, constaté qu'aucune de ces pièces n'avait été produite, M. D C s'étant borné à répondre, par l'intermédiaire de son avocat, à la demande de production de pièces, que les autorités consulaires érythréennes n'avaient pas souhaité le recevoir en rendez-vous pour lui délivrer une carte consulaire. M. D C, qui soutient que son état civil et sa nationalité peuvent être établis par tous moyens, se borne à indiquer, à l'appui de son moyen mettant en cause le motif de la décision attaquée, que le préfet ne pouvait exiger de lui qu'il produise un passeport ou, à défaut, une carte nationalité d'identité ou une carte consulaire et joint à sa requête une copie de son acte de naissance. Cependant, il ne ressort pas des pièces du dossier et n'est même pas allégué par M. D C que cette pièce aurait été produite à l'appui de la demande de titre de séjour qu'il a présentée. Dès lors, et en l'absence de toute autre pièce de nature à justifier son état civil et sa nationalité, le préfet de Maine-et-Loire était fondé à réclamer des pièces ayant cet objet. Ainsi, le moyen tiré de ce que le requérant aurait bien produit les pièces requises par l'article R. 313-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le préfet de Maine-et-Loire n'était pas fondé à lui demander de produire son passeport ou sa carte nationalité d'identité ou sa carte consulaire doivent être écartés.

10. En cinquième lieu, si l'arrêté pris par le préfet de Maine-et-Loire le 16 octobre 2020 énonce que M. D C ne justifie pas des conditions fixées par les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile pour se voir délivrer un titre de séjour, c'est uniquement après avoir relevé que l'intéressé n'avait pas produit les pièces justifiant de son état civil et de sa nationalité. Ainsi, le préfet de Maine-et-Loire a entendu opposer à l'intéressé qu'il ne satisfaisait pas à l'une des conditions requises pour l'obtention de toute carte de séjour temporaire, laquelle n'est cependant pas énoncée au sein de ces dispositions. Par suite, M. D C ne peut utilement soutenir, pour contester la légalité du refus de séjour en litige, qu'il remplit les conditions prévues par ces mêmes dispositions qui sont en lien avec l'état de santé du demandeur et la nature de sa résidence en France.

11. En dernier lieu, M. D C vit certes en France depuis le 3 mai 2016, mais il n'a jamais bénéficié d'un titre de séjour et s'il a été admis à se maintenir dans ce pays c'est uniquement pour les besoins de l'instruction de sa demande d'asile qui a été définitivement rejetée le 12 décembre 2018. Certes il n'a pas fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français, mais, célibataire et sans enfant, il n'établit, ni même n'allègue disposer d'attaches familiales en France, alors qu'il a vécu en Erythrée jusqu'à l'âge de 25 ans. Il n'établit pas davantage l'existence du "réseau d'amitiés et de solidarités" qu'il aurait, selon ses simples allégations, tissé. Alors même qu'il serait, comme il se borne à l'affirmer sans l'étayer, parfaitement intégré, la décision attaquée ne peut, en tout état de cause, être regardée comme méconnaissant l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Pour les mêmes motifs, il n'est pas fondé à invoquer l'existence d'une erreur manifeste d'appréciation des conséquences de cette décision sur sa situation personnelle.

12. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision prise par le préfet de Maine-et-Loire le 16 octobre 2020 rejetant la demande tendant à la délivrance à M. D C d'une carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. D C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D C, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

Le rapporteur,

D. F

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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