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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011362

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011362

jeudi 29 décembre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011362
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantORMILLIEN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 9 novembre 2020, M. D A, représenté par Me Ormillien, demande au tribunal ;

1°) d'annuler la décision du 25 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours à l'encontre de la décision du 29 octobre 2019 par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur d'accéder à sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 50 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors que les faits de suspicion de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et de menaces de mort contre son épouse ayant donné lieu à un rappel à la loi en 2009 ne sont pas établis avec certitude, sont particulièrement anciens, n'ont pas été sanctionnés pénalement et concernent une infraction bégnine, que les faits commis en 2006 sont anciens et ont fait l'objet d'une réhabilitation pénale et que le ministre n'a pas tenu compte, alors que ces faits avaient déjà fondé le rejet de sa première demande de naturalisation, de l'évolution de sa situation, notamment son insertion sociale, familiale et professionnelle ainsi que l'absence de nouvelles infractions depuis dix ans.

Par un mémoire en défense enregistré le 4 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les conclusions à fin d'injonction sont irrecevables.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code de procédure pénale ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme E a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 29 octobre 2019, le préfet des Deux-Sèvres a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de M. A, ressortissant marocain né le 2 décembre 1977. Par la décision attaquée du 25 août 2020, le ministre de l'intérieur a rejeté le recours de l'intéressé à l'encontre de la décision préfectorale.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose de la délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par un décret du 28 septembre 2016, publié le lendemain au Journal officiel de la République française, Mme B a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme B a accordé à Mme C, attachée principale d'administration de l'État, signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à l'effet de signer les décisions relatives aux demandes de naturalisation. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée manque ainsi en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". En outre, aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". D'une part, en vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement du postulant. D'autre part, la circonstance qu'une première décision de rejet a été opposée à une demande de naturalisation ne fait pas, par principe, obstacle à ce qu'une décision d'ajournement puisse être prise, pour le même motif, dès lors, qu'eu égard à la gravité des faits et à la date à laquelle ils ont été commis, une telle décision n'est pas entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

4. Aux termes de l'article 41-1 du code de procédure pénale : " S'il lui apparaît qu'une telle mesure est susceptible d'assurer la réparation du dommage causé à la victime, de mettre fin au trouble résultant de l'infraction ou de contribuer au reclassement de l'auteur des faits, le procureur de la République peut, préalablement à sa décision sur l'action publique, directement ou par l'intermédiaire d'un officier de police judiciaire, d'un délégué ou d'un médiateur du procureur de la République : 1° Procéder au rappel auprès de l'auteur des faits des obligations résultant de la loi ; () ".

5. Le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans la demande de naturalisation de M. A au motif que le postulant a été l'auteur de violence sur conjoint le 11 mars 2006 et fait l'objet d'une procédure pour suspicion de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et des menaces de mort contre son épouse en 2009 qui a donné lieu à un rappel à la loi. Ces faits ont également fondé la décision du 9 décembre 2010 par laquelle le préfet des Deux-Sèvres a rejeté une précédente demande de naturalisation présentée par le requérant.

6. Il est constant que M. A a été condamné à six mois d'emprisonnement avec sursis pour des violences sur son ex-épouse le 11 mars 2006 et a fait l'objet d'un rappel à la loi en 2009 pour une suspicion de refus d'obtempérer à une sommation de s'arrêter et des menaces de mort contre son ex-épouse. Cette dernière infraction ayant fait l'objet d'une procédure alternative aux poursuites prévues par l'article 41-1 du code de procédure pénale, la matérialité de l'ensemble de ces faits est établie alors même qu'ils n'auraient pas tous donné lieu à une condamnation. Par ailleurs, la circonstance que M. A aurait bénéficié d'une réhabilitation de plein droit en application de l'article 133-13 du code pénal ne fait pas par elle-même obstacle à ce que le ministre tienne compte des faits ayant donné lieu à la condamnation pour apprécier l'intérêt de lui accorder la nationalité française. Alors même que M. A serait inséré professionnellement et socialement en France et que les faits reprochés les plus récents dataient de onze ans à la date de la décision attaquée, le ministre de l'intérieur n'a pas, eu égard à la gravité de ces faits, commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de l'intéressé.

7. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision du 25 août 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné à deux ans sa demande de naturalisation. Par suite, sa requête doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D É C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 8 décembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Wunderlich, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 décembre 2022.

La rapporteure,

H. ELa présidente,

A.-C. WUNDERLICHLa greffière,

L. BILLAUD

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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