mardi 30 mai 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2011579 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | VICTORIA |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 16 novembre 2020, la Ligue pour la protection des oiseaux (LPO) et l'association pour la protection des animaux sauvages (ASPAS), représentées par Me Victoria, demandent au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 6 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a mis en œuvre des dérogations au confinement, en matière de régulation de la faune sauvage et de destruction d'espèces animales susceptibles, en tant qu'il autorise la régulation des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elles soutiennent que :
- l'avis du 4 novembre 2020 de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage a été rendu en méconnaissance de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement en l'absence de consultation du public ;
- il méconnaît les dispositions de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020 ;
- les dispositions attaquées relatives à la destruction par tir des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts sont entachées d'une erreur d'appréciation et méconnaissent le 8° du I de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020, dès lors qu'elles excèdent la régulation strictement nécessaire du gibier et méconnaissent les conditions prévues par l'arrêté ministériel du 3 juillet 2019 pris sur le fondement de l'article R. 427-6 du code de l'environnement, fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction de ces espèces, la destruction par tir de l'ensemble ces espèces n'étant pas autorisée à cette période de l'année par l'article 2 de l'arrêté du 3 juillet 2019, qu'elles autorisent la destruction de ces espèces sans justification du risques de dégâts à cette période de l'année, sans qu'il ne soit justifié d'une explosion des populations des populations, et sans justification de l'efficacité de la régulation cynégétique de ces espèces, que la destruction par tir du pigeon ramier n'est pas autorisée en cette période de l'année et que l'autorisation à tirer le renard dans le cadre de battues au grand gibier ne répond à aucun intérêt général.
Par un mémoire en défense, enregistré le 11 janvier 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.
Il soutient que :
- l'arrêté attaqué a été abrogé par un arrêté préfectoral du 1er décembre 2020 ;
- les moyens soulevés par les requérantes ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code de l'environnement ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,
- et les conclusions de M. Sarda, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. Par un arrêté du 6 novembre 2020, dont la Ligue pour la protection des oiseaux et l'Association pour la protection des animaux sauvages demandent au tribunal l'annulation, le préfet de la Sarthe a prévu des dérogations au confinement en matière de régulation de la faune sauvage et de destruction des espèces animales susceptibles d'occasionner des dégâts.
Sur l'exception de non-lieu à statuer :
2. Un recours pour excès de pouvoir dirigé contre un acte administratif n'a d'autre objet que d'en faire prononcer l'annulation avec effet rétroactif. Si, avant que le juge n'ait statué, l'acte attaqué est rapporté par l'autorité compétente et si le retrait ainsi opéré acquiert un caractère définitif faute d'être critiqué dans le délai du recours contentieux, il emporte alors disparition rétroactive de l'ordonnancement juridique de l'acte contesté, ce qui conduit à ce qu'il n'y ait lieu pour le juge de la légalité de statuer sur le mérite de la requête dont il était saisi. Il en va ainsi, quand bien même l'acte rapporté aurait reçu exécution. Dans le cas où l'administration se borne à procéder à l'abrogation de l'acte attaqué, cette circonstance prive d'objet le recours formé à son encontre, à la double condition que cet acte n'ait reçu aucune exécution pendant la période où il était en vigueur et que la décision procédant à son abrogation soit devenue définitive.
3. Si le préfet de la Sarthe fait valoir que l'arrêté attaqué a été abrogé par un arrêté qu'il a pris le 1er décembre 2020, postérieurement à l'enregistrement de la requête, il est, toutefois, constant que l'arrêté attaqué a reçu exécution jusqu'à cette date. Par suite, l'exception de non-lieu soulevée par le préfet de la Sarthe doit être écartée.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
En ce qui concerne la consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage :
4. Aux termes de l'article R. 421-29 du code de l'environnement : " I.- La commission départementale de la chasse et de la faune sauvage concourt à l'élaboration, à la mise en œuvre et au suivi, dans le département, de la politique du gouvernement dans le domaine de la chasse et de la protection de la faune sauvage (). / II. -Dans les cas et selon les modalités prévues par les dispositions législatives ou réglementaires, la commission : 1° Se prononce sur les périodes, les modalités et pratiques de chasse, ainsi que sur celles de destruction des animaux classés susceptibles d'occasionner des dégâts (). ". Aux termes de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration : " Sauf urgence, les membres de la commission reçoivent, cinq jours au moins avant la date de la réunion, une convocation comportant l'ordre du jour et, le cas échéant, les documents nécessaires à l'examen des affaires qui y sont inscrites ".
5. Un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.
6. D'une part, il ressort de la lecture de l'arrêté attaqué que l'avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage a été recueilli le 4 novembre 2020. D'autre part, il n'est pas contesté que le délai de cinq jours de convocation de cette commission n'a pas été respecté. Cependant, il y a lieu de considérer que l'instauration par décret d'un confinement sanitaire a créé une situation d'urgence au sens des dispositions de l'article R. 133-8 précité. Dans ces conditions, le moyen tiré d'un vice de procédure doit être écarté.
En ce qui concerne la consultation du public :
7. Aux termes de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement : " I.- Le présent article définit les conditions et limites dans lesquelles le principe de participation du public, prévu à l'article 7 de la Charte de l'environnement, est applicable aux décisions, autres que les décisions individuelles, des autorités publiques ayant une incidence sur l'environnement lorsque celles-ci ne sont pas soumises, par les dispositions législatives qui leur sont applicables, à une procédure particulière organisant la participation du public à leur élaboration. () Ne sont pas regardées comme ayant une incidence sur l'environnement les décisions qui ont sur ce dernier un effet indirect ou non significatif. ()".
8. Il résulte de ces dispositions que les décisions administratives qui ont une incidence sur l'environnement doivent être précédées d'une consultation du public. Il ressort des pièces du dossier que par arrêté du 9 juillet 2020, soumis à consultation du public du 22 mai au 11 juin 2020 inclus, la préfète de la Sarthe a fixé les modalités de la campagne de chasse 2020 / 2021 dans ce département. Dès lors, l'arrêté attaqué ne peut être regardé comme ayant un effet significatif sur l'environnement au sens des dispositions précitées de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement, alors que la chasse était déjà ouverte depuis le 27 septembre 2020 dans le département. Dans ces conditions, le préfet de la Sarthe n'était pas tenu d'organiser une procédure de participation du public avant de prendre l'arrêté litigieux. Par suite, le moyen tiré du vice de procédure tiré de l'absence de mise en œuvre d'une procédure de participation du public doit être écarté.
Sur la légalité interne :
En ce qui concerne le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020 :
9. En raison de la progression de l'épidémie de covid-19 au cours des mois de septembre et d'octobre 2020, le président de la République a décrété, sur le fondement des dispositions des articles L. 3131-12 et L. 3131-13 du code de la santé publique, l'état d'urgence sanitaire sur l'ensemble du territoire national, à compter du 17 octobre 2020. Par un arrêté du 29 octobre 2020, le Premier ministre a prescrit, sur le fondement de l'article L. 3131-15 du code de la santé publique, les mesures générales nécessaires pour faire face à l'épidémie de covid-19 dans le cadre de l'état d'urgence sanitaire. Aux termes de l'article 1er du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020, dans sa version applicable au litige : " I. - Afin de ralentir la propagation du virus, les mesures d'hygiène définies en annexe 1 au présent décret et de distanciation sociale, incluant la distanciation physique d'au moins un mètre entre deux personnes, dites barrières, définies au niveau national, doivent être observées en tout lieu et en toute circonstance. II. - Les rassemblements, réunions, activités, accueils et déplacements ainsi que l'usage des moyens de transports qui ne sont pas interdits en vertu du présent décret sont organisés en veillant au strict respect de ces mesures. Dans les cas où le port du masque n'est pas prescrit par le présent décret, le préfet de département est habilité à le rendre obligatoire, sauf dans les locaux d'habitation, lorsque les circonstances locales l'exigent. ". Aux termes de l'article 3 du même décret : " I. - Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er. () III. - Les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits. Ne sont pas soumis à cette interdiction : 1° Les rassemblements, réunions ou activités à caractère professionnel ; 2° Les services de transport de voyageurs ; 3° Les établissements recevant du public dans lesquels l'accueil du public n'est pas interdit en application du présent décret ; 4° Les cérémonies funéraires organisées hors des établissements mentionnés au 3°, dans la limite de 30 personnes ; 5° Les cérémonies publiques mentionnées par le décret du 13 septembre 1989 susvisé. La dérogation mentionnée au 3° n'est pas applicable pour la célébration de mariages ".
10. D'une part, il ressort des dispositions de l'article 4 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 qu'elles permettent, à titre dérogatoire, un certain nombre de déplacements individuels " en évitant tout regroupement de personnes ". Elles ont ainsi une portée distincte des dispositions du III de l'article 3 du même décret qui prévoient que " les rassemblements, réunions ou activités sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public autres que ceux mentionnés au II mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sont interdits ". D'autre part, les battues autorisées par l'arrêté attaqué ne constituent pas, en tant que telles, des rassemblements ou activités mettant en présence de manière simultanée plus de six personnes sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public au sens de l'article 3 du décret n° 2020-1310 précité. Enfin, il ressort de la décision attaquée que, si le nombre de personnes participant aux battues doit être compris entre 5 et 50 personnes, les activités autorisées doivent se dérouler dans le respect des mesures dites barrières prévues par les dispositions précitées. Il s'ensuit que les activités autorisées par l'arrêté attaqué doivent se dérouler dans des conditions prescrites par les dispositions précitées permettant d'éviter la propagation du virus covid-19. Par suite, le moyen doit être écarté.
En ce qui concerne la régulation des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts :
11. D'une part, par un arrêté du préfet de la Sarthe du 9 juillet 2020, la période d'ouverture générale de la chasse à tir et de la chasse à vol a été fixée du 27 septembre 2020 au 28 février 2021. Ces activités de chasse ont été interrompues par l'application du I de l'article 3 du décret du 29 octobre 2020, alors en vigueur, qui dispose que : " Tout rassemblement, réunion ou activité sur la voie publique ou dans un lieu ouvert au public, qui n'est pas interdit par le présent décret, est organisé dans des conditions de nature à permettre le respect des dispositions de l'article 1er ". Aux termes du I de l'article 4, alors en vigueur, du même décret : " Tout déplacement de personne hors de son lieu de résidence est interdit à l'exception des déplacements pour les motifs suivants en évitant tout regroupement de personnes : () 8° Participation à des missions d'intérêt général sur demande de l'autorité administrative ".
12. D'autre part, aux termes de l'article L. 110-1 du code de l'environnement : " I. - Les espaces, ressources et milieux naturels terrestres et marins, les sites, les paysages diurnes et nocturnes, la qualité de l'air, les êtres vivants et la biodiversité font partie du patrimoine commun de la nation. Ce patrimoine génère des services écosystémiques et des valeurs d'usage. (). / II. - Leur connaissance, leur protection, leur mise en valeur, leur restauration, leur remise en état, leur gestion, la préservation de leur capacité à évoluer et la sauvegarde des services qu'ils fournissent sont d'intérêt général et concourent à l'objectif de développement durable qui vise à satisfaire les besoins de développement et la santé des générations présentes sans compromettre la capacité des générations futures à répondre aux leurs. Elles s'inspirent, dans le cadre des lois qui en définissent la portée, des principes suivants : () 2° Le principe d'action préventive et de correction, par priorité à la source, des atteintes à l'environnement, en utilisant les meilleures techniques disponibles à un coût économiquement acceptable. Ce principe implique d'éviter les atteintes à la biodiversité et aux services qu'elle fournit ; à défaut, d'en réduire la portée ; enfin, en dernier lieu, de compenser les atteintes qui n'ont pu être évitées ni réduites, en tenant compte des espèces, des habitats naturels et des fonctions écologiques affectées ; / Ce principe doit viser un objectif d'absence de perte nette de biodiversité, voire tendre vers un gain de biodiversité ; () ". Aux termes de l'article L. 420-1 du même code : " La gestion durable du patrimoine faunique et de ses habitats est d'intérêt général. La pratique de la chasse, activité à caractère environnemental, culturel, social et économique, participe à cette gestion et contribue à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines en assurant un véritable équilibre agro-sylvo-cynégétique. () ". Aux termes de l'article L. 425-6 du même code : " Le plan de chasse détermine le nombre minimum et maximum d'animaux à prélever sur les territoires de chasse. Il tend à assurer le développement durable des populations de gibier et à préserver leurs habitats, en prenant en compte les documents de gestion des forêts mentionnés à l'article L. 122-3 du code forestier et en conciliant les intérêts agricoles, sylvicoles et cynégétiques. () ". Aux termes de l'article L. 427-8 du même code : " Un décret en Conseil d'Etat désigne l'autorité administrative compétente pour déterminer les espèces d'animaux susceptibles d'occasionner des dégâts que le propriétaire, possesseur ou fermier peut, en tout temps, détruire sur ses terres et les conditions d'exercice de ce droit. ".
13. Aux termes de l'article R. 425-1-1 du même code : " Le plan de chasse est obligatoire pour les cerfs élaphes, daims, mouflons, chamois, isards et chevreuils. () ". Aux termes de l'article R. 427-6 du même code : " I. - Après avis du Conseil national de la chasse et de la faune sauvage, le ministre chargé de la chasse fixe par arrêté trois listes d'espèces d'animaux classées susceptibles d'occasionner des dégâts : 1° La liste des espèces d'animaux non indigènes classées susceptibles d'occasionner des dégâts sur l'ensemble du territoire métropolitain, précisant les périodes et les modalités de leur destruction ; 2° La liste des espèces d'animaux indigènes classées susceptibles d'occasionner des dégâts dans chaque département, établie sur proposition du préfet après avis de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage réunie en sa formation spécialisée mentionnée au II de l'article R. 421-31, précisant les périodes et les territoires concernés, ainsi que les modalités de destruction. Cette liste est arrêtée pour une période de trois ans, courant du 1er juillet de la première année au 30 juin de la troisième année ; 3° La liste complémentaire des espèces d'animaux classées susceptibles d'occasionner des dégâts par un arrêté annuel du préfet qui prend effet le 1er juillet jusqu'au 30 juin de l'année suivante. Cette liste précise les périodes et les modalités de destruction de ces espèces. II. - Le ministre inscrit les espèces d'animaux sur chacune de ces trois listes pour l'un au moins des motifs suivants : 1° Dans l'intérêt de la santé et de la sécurité publiques ; 2° Pour assurer la protection de la flore et de la faune ; 3° Pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, forestières et aquacoles ; 4° Pour prévenir les dommages importants à d'autres formes de propriété. Le 4° ne s'applique pas aux espèces d'oiseaux. Le préfet détermine les espèces d'animaux susceptibles d'occasionner des dégâts en application du 3° du I du présent article pour l'un au moins de ces mêmes motifs. Les listes des espèces d'animaux classées susceptibles d'occasionner des dégâts ne peuvent comprendre d'espèces dont la capture ou la destruction est interdite en application de l'article L. 411-1. ". En application de l'article R. 427-18 du code de l'environnement, la destruction à tir par armes à feu d'espèces susceptibles d'occasionner des dégâts s'exerce, de jour, dans les conditions fixées par le ministre chargé de la chasse.
14. L'arrêté attaqué autorise comme relevant d'une mission d'intérêt général au sens du 8 du I de l'article 4 du décret n° 2020-1310 précité " la régulation des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts : renard, fouine, corbeau freux, corneille noire, pie bavarde, étourneau sansonnet, pigeon ramier, ragondin et rat musqué ", à condition que " la régulation à tir doit être effectuée par le détenteur du droit de chasser ou les ayants-droits à poste fixe et dans le respect des mesures barrières, à proximité des parcelles agricoles ou élevages avicoles, subissant des dégâts ", la pratique du piégeage pouvant s'effectuer de façon individuelle.
15. Le préfet de la Sarthe pouvait, en application des dispositions précitées, en particulier du 8° de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020, autoriser la régulation de ces espèces susceptibles de nuire aux activités humaines ou à l'équilibre des biotopes au regard de l'intérêt général qui s'attache à la préservation de l'équilibre agro-sylvo-cynégétique. Toutefois, eu égard au risque sanitaire encouru en raison de la propagation du virus de la covid-19, les activités ainsi autorisées doivent, dans ces circonstances particulières, être strictement adaptées et proportionnées, compte tenu notamment du confinement, à la nécessité de protéger les cultures, les forêts et les biens.
16. Il résulte des dispositions précitées du code de l'environnement que la pratique de la chasse participant et contribuant à l'équilibre entre le gibier, les milieux et les activités humaines, la chasse des espèces faisant l'objet d'un plan et la destruction des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts sont susceptibles, compte tenu des motifs de qualification de telles espèces en application du II de l'article R. 427-6 du code de l'environnement, de présenter un intérêt général au sens et pour l'application des dispositions du 8° de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020, à la condition d'être réalisées dans les conditions prévues par les dispositions législatives et réglementaires précitées du code de l'environnement.
S'agissant de la régulation du ragondin et du rat musqué :
17. Par arrêté du 2 septembre 2016 relatif au contrôle par la chasse des populations de certaines espèces non indigènes et fixant, en application de l'article R. 427-6 du code de l'environnement, la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces non indigènes d'animaux classés nuisibles sur l'ensemble du territoire métropolitain, le ragondin et le rat musqué ont été désignés comme espèces non indigènes dont la destruction est autorisée en tout temps et en tout lieu sur le territoire européen de la France, sans formalité, dans le cadre de mesures de gestion visant à leur éradication, au contrôle de leur population ou à leur confinement. Il s'ensuit que le préfet de la Sarthe n'a pas fait une inexacte application des dispositions du 8° du I de l'article 4 du décret n° 2020-1310 du 29 octobre 2020 en autorisant la régulation du ragondin et du rat musqué par l'arrêté attaqué.
S'agissant de la régulation du renard, de la fouine, du corbeau freux, de la corneille noire, de la pie bavarde, de l'étourneau sansonnet :
18. D'une part, l'article R. 424-8 du code de l'environnement dispose que : " Toute personne autorisée à chasser le chevreuil ou le sanglier avant l'ouverture générale peut également chasser le renard dans les conditions spécifiques figurant au même tableau pour le chevreuil et pour le sanglier ".
19. D'autre part, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde et l'étourneau sansonnet figurent parmi la liste des espèces de gibiers définie par l'arrêté ministériel du 26 juin 1987, chassables au cours de la période de chasse fixée par l'arrêté préfectoral du 9 juillet 2020, du 20 septembre au 28 février 2021.
20. Enfin, la fouine, le renard, le corbeau freux, la corneille noire, la pie bavarde et l'étourneau sansonnet sont classés, par l'arrêté du 3 juillet 2019 pris pour l'application du 2° de l'article R. 427-6 du code de l'environnement et fixant la liste, les périodes et les modalités de destruction des espèces susceptibles d'occasionner des dégâts, comme espèces indigènes susceptibles d'occasionner des dégâts dans l'ensemble du département de la Sarthe. En application de l'article 2 de l'arrêté du 3 juillet 2019, la fouine, le renard, le corbeau freux corneille noire et la pie bavarde peuvent être détruits à tir entre la date de clôture générale de la chasse, en l'espèce le 28 février 2021 en application de l'arrêté du 25 mai 2020 précité, et le 31 mars suivant au plus tard. La période de destruction à tir peut être prolongée jusqu'au 10 juin suivant lorsque l'un au moins des intérêts mentionnés à l'article R. 427-6 du code de l'environnement est menacé entre le 31 mars et le 10 juin et jusqu'au 31 juillet suivant pour prévenir des dommages importants aux activités agricoles, sur autorisation individuelle délivrée par le préfet et dès lors qu'il n'existe aucune autre solution satisfaisante.
21. Toutefois, les dispositions précitées de l'arrêté ministériel du 3 juillet 2019 n'habilitent pas le préfet de la Sarthe à autoriser la destruction à tir à titre individuel et à poste fixe par les titulaires du droit de destruction des fouines, des renards, des corbeaux freux, des corneilles noires, des pies bavardes et des étourneaux sansonnets, dans des conditions excédant celles fixées par le ministre chargée de la chasse.
22. En outre, l'administration ne produit aucun élément permettant d'établir que ces espèces seraient susceptibles d'occasionner, à l'automne 2020 en période de confinement sanitaire, des dégâts de nature à justifier que leur destruction répondrait à un motif d'intérêt général, au sens et pour l'application des dispositions du 8° de l'article 4 du décret du 29 octobre 2020. Dans ces conditions, les associations requérantes sont fondées à soutenir que la dérogation à l'interdiction des déplacements personnels pendant la période de confinement sanitaire, pour autoriser, pendant cette période, la régulation à tir individuel des renards, des fouines, des corbeaux freux, des corneilles noires, des pies bavardes et des étourneaux sansonnets, n'a été justifiée par aucun motif d'intérêt général permettant de déroger à cette interdiction en application du 8° du I de l'article 4 du décret du 29 octobre 2010.
S'agissant de la régulation du pigeon ramier :
23. Il ressort des pièces du dossier que le pigeon ramier a été classé comme espèce susceptible d'occasionner des dégâts pour la période du 1er juillet 2020 au 30 juin 2021, sur le fondement du 3° du I de l'article R. 427-6 du code de l'environnement par un arrêté préfectoral du 9 juillet 2020 pour la prévention des dommages aux cultures agricoles. Ce classement, qui ne peut intervenir que pour l'un des motifs énoncés au II de l'article R. 427-6 du code de l'environnement, poursuit un motif d'intérêt général. Il s'en déduit que la chasse du pigeon ramier, dans le cadre de la période de chasse, participe d'une mission d'intérêt général. Toutefois, il ressort de l'arrêté préfectoral du 9 juillet 2020 que la destruction de cette espèce doit être effectuée personnellement, en tout temps, par les propriétaires, les possesseurs et les fermiers ou leurs délégués lorsque ces derniers sont autorisés par écrit à cet effet, et que les modalités de sa destruction prévoient sa destruction à tir entre le 1er mars et le 31 mars, à tir à poste fixe et à proximité des cultures de protéagineux, d'oléagineux, de céréales et des cultures maraîchères, prolongeable jusqu'au 31 juillet sur autorisation préfectorale individuelle. Les associations requérantes soutiennent que l'arrêté attaqué a autorisé la destruction du pigeon ramier en dehors des périodes ouvertes par l'arrêté du 29 juin 2020. Il ressort de l'arrêté attaqué qu'il autorise la régulation à tir par le détenteur du droit de chasser ou de ses ayants droit à poste fixes, à proximité des parcelles agricoles ou des élevages avicoles, subissant des dégâts. Les requérantes sont ainsi fondées à soutenir qu'en autorisant des modalités de destruction qui excédent celles fixées par l'arrêté préfectoral du 9 juillet 2020, l'arrêté attaqué est entaché d'illégalité.
24. Il résulte de tout ce qui précède, et sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, que la Ligue pour la protection des oiseaux et l'association pour la protection des animaux sauvages sont seulement fondées à demander l'annulation de l'arrêté du préfet de la Sarthe du 6 novembre 2020 en tant qu'il autorise à son article 3 la régulation par tir individuel à poste fixe des fouines, des renards, des corbeaux freux, des corneilles noires, des pies bavardes, des étourneaux sansonnets ainsi que des pigeons ramiers.
Sur les frais liés au litige :
25. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 500 euros à verser à la Ligue pour la protection des oiseaux et l'association pour la protection des animaux sauvages au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D E C I D E :
Article 1er : L'arrêté du 6 novembre 2020 du préfet de la Sarthe est annulé en tant qu'il autorise à son article 3 la régulation par tir individuel à poste fixe des renards, des fouines, des corbeaux freux, des corneilles noires, des pies bavardes, des étourneaux sansonnets et des pigeons ramiers.
Article 2 : L'Etat versera à la Ligue pour la protection des oiseaux et à l'association pour la protection des animaux sauvages la somme de 500 euros, au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 4 : Le présent jugement sera notifié à la Ligue pour la protection des oiseaux, représentante unique des requérantes et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Copie en sera adressée au préfet de la Sarthe.
Délibéré après l'audience du 2 mai 2023, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
Mme Milin, première conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 mai 2023.
La rapporteure,
S. THOMAS
Le président,
A. DURUP DE BALEINE La greffière
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui la concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
N°2011579
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026