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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2011904

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2011904

jeudi 25 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2011904
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation12eme chambre
Avocat requérantCHAUVIERE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires enregistrés les 23 novembre 2020, 12 janvier 2021 et 24 février 2021, Mme B A, représentée par Me Chauvière, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 11 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné sa demande de naturalisation ainsi que la décision du 27 avril 2020 par laquelle il a rejeté son recours gracieux ;

2°) d'enjoindre à l'administration de réexaminer sous quinzaine et sous astreinte sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la signataire de la décision du 11 décembre 2019 ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision du 11 décembre 2019 est insuffisamment motivée ;

- la décision du 11 décembre 2019 est entachée d'erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 15 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens invoqués par la requérante ne sont pas fondés.

Par une décision du 24 septembre 2020, Mme A a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A, ressortissante sénégalaise née en 1985, demande au tribunal d'annuler la décision du 11 décembre 2019 par laquelle le ministre de l'intérieur a ajourné sa demande de naturalisation ainsi que la décision du 27 avril 2020 par laquelle il a rejeté son recours gracieux.

2. En premier lieu, par un arrêté du 9 août 2018, régulièrement publié le 11 août suivant au Journal officiel de la République française, M. C D, signataire de la décision attaquée, a été reconduit dans les fonctions de sous-directeur de l'accès à la nationalité française à l'administration centrale du ministère de l'intérieur à compter du 28 août 2018. Conformément aux dispositions de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, les sous-directeurs peuvent signer au nom du ministre l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous leur autorité. Par suite, Mme A n'est pas fondée à soutenir que la décision du 11 décembre 2019 serait entachée d'incompétence.

3. En deuxième lieu, la décision du 11 décembre 2019 comporte les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il en résulte qu'elle est régulièrement motivée.

4. En troisième lieu, d'une part, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'autonomie matérielle de celui-ci, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.

5. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de Mme A, le ministre s'est fondé sur l'absence de pleine insertion professionnelle de la postulante, en l'absence de ressources suffisantes et stables.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date à laquelle la décision attaquée a été prise, Mme A était sans emploi, après avoir mis fin à plusieurs contrats de travail de manière prématurée en raison de problèmes de santé, de garde d'enfants ou de distance avec son lieu de travail, la seule expérience professionnelle durable dont la requérante fait état sans toutefois en justifier étant un contrat d'insertion d'une durée de neuf mois à une période non précisée. Si Mme A a effectué une mission d'intérim au mois de mars 2020, soit avant le rejet de son recours gracieux, cette circonstance est sans incidence sur la légalité des deux décisions attaquées dès lors qu'elle n'est pas de nature à établir, compte tenu du caractère très ponctuel de cette mission, une amélioration notable de son insertion professionnelle. Dans ces conditions, et quand bien même la requérante est mère de trois ans enfants dont l'un serait de santé fragile, et justifie d'une recherche d'emploi active, le ministre a pu sans entacher sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, eu égard au large pouvoir d'appréciation de l'opportunité d'accorder la naturalisation dont il dispose, estimer que le degré d'insertion professionnelle de Mme A n'était pas suffisant et ajourner sa demande de naturalisation pour ce motif.

7. En dernier lieu, les circonstances selon lesquelles la demande de naturalisation de Mme A remplit les conditions de recevabilité prévues par le code civil sont sans influence sur la légalité de la décision attaquée qui a été prise en opportunité sur le fondement de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susvisé.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de Mme A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme B A, à Me Chauvière et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 11 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Gourmelon, présidente,

Mme Milin, première conseillère,

M. Cordrie, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 25 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MILINLa présidente,

V. GOURMELONLa greffière,

F. ARLAIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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