vendredi 13 octobre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2012002 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 4ème Chambre |
| Avocat requérant | ARTU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête et un mémoire enregistrés le 25 novembre 2020 et le 1er octobre 2021, M. B A, représenté par Me Artu, demande au tribunal dans le dernier état de ses écritures :
1°) de prononcer la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle il a été assujetti en 2019 à hauteur de 75 143 euros ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la mise en œuvre du crédit d'impôt pour la modernisation du recouvrement crée une rupture d'égalité des contribuables devant les charges publiques, selon qu'ils ont démarré ou non une activité au cours de l'année 2018 ;
- l'article 60 de la loi de finances pour 2017 ne vise pas la situation des associés de sociétés de l'article 8 ter du code général des impôts ;
- le crédit d'impôt de modernisation du recouvrement dont il a bénéficié en 2018 ne pouvait être remis en cause en 2019 dès lors que les revenus de son activité professionnelle de l'année 2018 ne peuvent être qualifiés d'exceptionnels ; la variation de ses bénéfices non commerciaux entre les années 2018 et 2019 provient du paiement au cours de l'année 2019 de la régularisation de ses cotisations sociales personnelles au titre de l'année 2018 et du paiement des cotisations sociales personnelles provisionnelles dues au titre de l'année 2019 et non d'un arbitrage ; son bénéfice a en réalité diminué entre 2018 et 2019 alors que la SCP dont il est associé a connu une stabilité, voire une légère augmentation, de son activité sur les mêmes années.
Par un mémoire en défense, enregistré le 25 mai 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. A ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- le code général des impôts ;
- le livre des procédures fiscales ;
- la loi n° 2016-1917 du 29 décembre 2016, notamment son article 60 ;
- l'ordonnance n° 2017-1390 du 22 septembre 2017 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Allio-Rousseau,
- et les conclusions de M. Huin, rapporteur public.
Considérant ce qui suit :
1. M. A est associé depuis l'année 2018 au sein de la société civile professionnelle (SCP) " A Bertrand et B ", titulaire d'un office de greffier au tribunal de commerce d'Angers. Le contribuable, assujetti à une cotisation primitive d'impôt sur le revenu d'un montant de 216 273 euros au titre de l'année 2018, a bénéficié d'un crédit d'impôt de modernisation du recouvrement (CIMR) du même montant. Le bénéfice non commercial de M. A ayant diminué en 2019, l'administration fiscale a remis en cause partiellement le montant de ce crédit d'impôt, à hauteur d'une somme de 75 143 euros, en l'ajoutant au montant de l'impôt dû par M. A au titre de l'année 2019. Suite au rejet de sa réclamation préalable du 2 juillet 2020, M. A demande au tribunal de lui accorder la décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu qui a été mise en charge en 2019 à hauteur 75 143 euros correspondant à la reprise partielle de son CIMR obtenu en 2018.
Sur les conclusions à fin de décharge :
2. L'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017, modifié par l'ordonnance du 22 septembre 2017 relative au décalage d'un an de l'entrée en vigueur du prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu, instaure, à compter des revenus de l'année 2018 et pour ceux qui entrent dans son champ d'application, le prélèvement à la source de l'impôt sur le revenu. Ce prélèvement est opéré, pour les revenus salariaux et les revenus de remplacement, par l'employeur ou l'organisme versant. Pour les autres revenus, en particulier ceux correspondant à des bénéfices professionnels, ce prélèvement prend la forme du versement d'acomptes. Les dispositions du paragraphe I de l'article 60 déterminent les modalités de ce prélèvement. Les dispositions de son paragraphe II fixent les modalités de la transition entre les règles antérieures de paiement de l'impôt sur le revenu et le prélèvement à la source, afin que les contribuables ne paient pas, en 2019, l'impôt sur le revenu dû à la fois sur les revenus de l'année 2018 et sur ceux de l'année 2019, en instituant un crédit d'impôt dit de modernisation du recouvrement (CIMR) ayant pour objet d'effacer le montant de l'impôt dû au titre de 2018 correspondant aux revenus non exceptionnels de cette année.
3. Aux termes du E du II de cet article 60, dans sa version en vigueur : " 1. Le montant net imposable des bénéfices industriels et commerciaux, des bénéfices agricoles et des bénéfices non commerciaux à retenir au numérateur du rapport prévu au B du présent II pour le calcul du crédit d'impôt prévu au A est déterminé, pour chaque membre du foyer fiscal et pour chacune de ces catégories de revenus, dans les conditions prévues à l'article 204 G du code général des impôts, à l'exception du 6° du 2 et du 4 du même article 204 G. / 2. Le montant défini au 1 du présent E, le cas échéant après application des abattements prévus aux articles 44 sexies à 44 septdecies du code général des impôts, est retenu dans la limite du plus faible des deux montants suivants : 1° Le bénéfice imposable au titre de l'année 2018, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus aux mêmes articles 44 sexies à 44 septdecies ; 2° Le plus élevé des bénéfices imposables au titre des années 2015, 2016 ou 2017, déterminé selon les règles prévues au 1 du présent E, avant application des éventuels abattements prévus audits articles 44 sexies à 44 septdecies. / Le présent 2 n'est pas applicable lorsque le bénéfice imposable en 2018 est le premier bénéfice déclaré à la suite d'une création d'activité en 2018. Toutefois, lorsque le bénéfice réalisé en 2019 par le membre concerné du foyer, majoré le cas échéant des traitements et salaires, des bénéfices qu'il a réalisés relevant des autres catégories mentionnées au 1 du présent E et des revenus des gérants et associés mentionnés à l'article 62 du code général des impôts qu'il a perçus, imposables au titre de la même année 2019, est inférieur au bénéfice réalisé en 2018, majoré le cas échéant de ses revenus relevant des autres catégories précitées réalisés en 2018, le crédit d'impôt est remis en cause à hauteur de la différence constatée, dans la limite de la différence, lorsqu'elle est positive, entre le bénéfice réalisé en 2018 et le bénéfice réalisé en 2019, sauf si le contribuable justifie que la baisse de son bénéfice en 2019 résulte uniquement de la variation de son activité par rapport à 2018. () ".
4. Il résulte des dispositions citées au point précédent, éclairées par leurs travaux préparatoires, que pour tenir compte de la possibilité qu'ont les travailleurs indépendants de procéder à des arbitrages sur les recettes et les charges servant à la détermination de leur bénéfice et ainsi maximiser leur bénéfice en 2018, le caractère non exceptionnel du bénéfice déclaré au titre de 2018 est apprécié sur une période pluriannuelle. Dans l'hypothèse où le contribuable a créé son activité en 2018, le crédit d'impôt dont il bénéficie au titre de l'année 2018 peut être remis en cause l'année suivante si l'addition du bénéfice réalisé en 2019 et des autres revenus d'activité de l'année est inférieure à l'addition du bénéfice et des autres revenus d'activité perçus en 2018, à hauteur de la différence constatée, plafonnée à la différence entre le bénéfice 2018 et le bénéfice 2019 si celle-ci est positive.
5. En premier lieu, dès lors que la SCP " A Bertrand et B " n'a pas opté pour le régime fiscal des sociétés de capitaux, M. A est, en application de l'article 8 du code général des impôts, personnellement soumis à l'impôt sur le revenu pour la part de bénéfices sociaux correspondant à ses droits dans la société, de sorte que les dispositions de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017 lui sont applicables.
6. En deuxième lieu, il est constant que l'activité de M. A au sein de la SCP " A Bertrand et B " a démarré au cours de l'année 2018. Il résulte de l'instruction que M. A a été imposé, en application de l'article 8 du code général des impôts au titre de cette même année, sur les bénéfices non commerciaux professionnels lui revenant dans la SCP à hauteur de 497 669 euros, puis au titre de l'année 2019, de 315 117 euros. Compte tenu de la diminution du montant de ces bénéfices entre ces deux années, l'administration a remis partiellement en cause, pour le calcul de l'impôt sur le revenu dû au titre de l'année 2019, le montant du crédit d'impôt de modernisation du recouvrement dont il avait bénéficié au titre de l'impôt sur le revenu dû en 2018, et lui a réclamé un complément de 75 143 euros.
7. En troisième lieu, il résulte de l'instruction, et notamment des écritures du requérant, que l'activité de la SCP " A Bertrand et B " a été stable, voire en légère augmentation, entre 2018 et 2019 et qu'une partie de la différence entre le montant des deux bénéfices non commerciaux de M. A est imputable à la régularisation en 2019 des cotisations sociales personnelles du requérant dues au titre de l'année 2018 et au paiement des cotisations sociales personnelles prévisionnelles prises en compte au titre de l'année 2019. Dans ces conditions, M. A ne justifie pas, ainsi qu'il lui incombe en application des dispositions de l'article 60 de la loi du 29 décembre 2016 de finances pour 2017, que la baisse du bénéfice non commercial réalisé en 2019 résulte uniquement de la variation de son activité par rapport à 2018.
8. En quatrième lieu, conformément aux dispositions du deuxième alinéa du 2° du 2 du E du II de l'article 60, le dispositif pluriannuel d'appréciation des bénéfices, qui concernent les contribuables exerçant leur activité antérieurement à l'entrée en vigueur du CIMR, ne s'applique pas en cas de création d'une activité en 2018. Dans ce cas, la totalité du bénéfice réalisé en 2018 est considérée comme un revenu non exceptionnel. Toutefois, en 2020, lors de la liquidation de l'impôt sur le revenu dû au titre des revenus de l'année 2019, le CIMR initialement accordé peut être remis en cause en cas de variation du bénéfice réalisé. M. A n'est donc pas fondé à soutenir que l'administration ne pouvait pas remettre en cause en 2020 partiellement le montant du CIMR au motif qu'il a démarré son activité professionnelle en 2018.
9. En dernier lieu, le principe tiré de la violation du principe d'égalité devant les charges publiques garanti par l'article 13 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen doit être écarté dès lors qu'il résulte de ce qui a été dit précédemment que la reprise du CIMR effectuée en 2019 a été établie conformément à la loi fiscale.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin de décharge de la cotisation supplémentaire d'impôt sur le revenu à laquelle M. A a été assujetti en 2019 doivent être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, le versement de la somme que demande le requérant au titre des frais liés au litige.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et à la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire.
Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Allio-Rousseau, présidente,
M. Barès, premier conseiller,
Mme Beyls, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.
La présidente-rapporteure,
M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseur le plus ancien
dans l'ordre du tableau,
M. BARES
La greffière,
E. HAUBOIS
La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière.
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026