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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012014

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012014

mercredi 31 mai 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012014
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantEMBE NKULUFA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 novembre 2020, M. A B, représenté par Me Embe Nkulufa, doit être regardé demandant au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite du 27 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours hiérarchique contre la décision du 29 mai 2020 du préfet du

Val d'Oise ajournant à deux ans sa demande de naturalisation;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur et au préfet du Val d'Oise de réexaminer la décision d'ajournement de sa demande de naturalisation, de constater qu'il n'y a pas lieu à l'ajournement de sa demande et de réexaminer celle-ci sans délai.

Il soutient que :

- il est de bonne foi ; il bénéficie d'un droit à l'erreur en matière fiscale ; il n'avait aucune intention frauduleuse en déclarant son fils à sa charge pour les années 2017 et 2018 alors que celui-ci vivait chez sa mère.

Par un mémoire en défense, enregistré 3 juin 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés dans la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n°93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendu au cours de l'audience publique :

-le rapport de M. Marowski,

-les observations de Me Embe Nkulufa, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant congolais, né le 19 janvier 1972, a sollicité l'acquisition de la nationalité française auprès du préfet du Val d'Oise qui, par une décision du 29 mai 2020, a rejeté sa demande. Par une décision implicite du 27 novembre 2020, dont

M. B demande au tribunal l'annulation, le ministre a rejeté son recours hiérarchique contre la décision préfectorale. Par une décision expresse du 17 décembre 2020, le ministre a expressément rejeté ce recours hiérarchique et maintenu la décision d'ajournement à deux ans de la demande de naturalisation de M. B.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur :

2. Aux termes de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Dans les deux mois suivant leur notification, les décisions prises en application des articles 43 et 44 peuvent faire l'objet d'un recours auprès du ministre chargé des naturalisations, à l'exclusion de tout autre recours administratif. / Ce recours () constitue un préalable obligatoire à l'exercice d'un recours contentieux, à peine d'irrecevabilité de ce dernier. / Le silence gardé par le ministre chargé des naturalisations sur ce recours pendant plus de quatre mois vaut décision de rejet du recours ". Il résulte de ces dispositions que les décisions par lesquelles le ministre en charge des naturalisations statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles prises par le préfet.

3. Par application de ces dispositions, la décision du ministre de l'intérieur du

17 décembre 2020 s'est substituée à la décision du préfet du Val d'Oise du 29 mai 2020 et à la décision implicite née du silence gardé pendant plus de quatre mois par le ministre de l'intérieur sur le recours hiérarchique. Il en résulte que les conclusions de la requête doivent être regardées comme exclusivement dirigées contre la décision ministérielle du 17 décembre 2020.

4. Il en résulte, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite du ministre de l'intérieur sont irrecevables et doivent être rejetées et d'autre part que les moyens soulevés à l'encontre de cette décision sont inopérants.

Sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision explicite du ministre de l'intérieur :

5. En premier lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Aux termes de l'article 48 du décret du

30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. Ce délai une fois expiré ou ces conditions réalisées, il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". L'autorité administrative dispose, en matière de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française, d'un large pouvoir d'appréciation. Elle peut dans l'exercice de ce pouvoir, prendre en considération notamment, pour apprécier l'intérêt que présenterait l'octroi de la nationalité française, le comportement fiscal du postulant.

6. Pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation présentée par

M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressé faisait preuve d'un comportement fiscal sujet à critiques dès lors qu'il avait déclaré à sa charge à l'administration fiscale, au titre des années 2016, 2017 et 2018, son enfant né le 22 septembre 2009 alors que ce dernier réside au domicile de sa mère.

7. Il ressort des avis d'imposition établis au titre des années 2016, 2017 et 2018 au nom de M. B que l'intéressé déclarait à charge son enfant mineur alors que ce dernier résidait chez sa mère. Dans ses écritures, le requérant précise contribuer à l'entretien de son enfant et subvenir à ses besoins et confirme que ce dernier réside chez sa mère. Si l'intéressé se prévaut de sa bonne foi et de l'absence d'intention frauduleuse, il ne l'établit pas. Par ailleurs,

M. B ne peut utilement se prévaloir du droit à l'erreur applicable en matière de fiscalité depuis la loi du 31 juillet 2018 dès lors qu'en raison de l'indépendance des législations, ce principe est sans incidence en matière de naturalisation. Dans ces conditions, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite, le ministre n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en ajournant à deux ans la demande de naturalisation de M. B.

8. Les autres circonstances invoquées par M. B sont sans incidence sur la légalité de la décision attaquée eu égard au motif qui la fonde.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 3 mai 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Marowski, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 mai 2023.

Le rapporteur,

Y. MAROWSKI

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

S. LEGEAY

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2012014

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