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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012092

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012092

mercredi 11 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012092
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantCLEMENT

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 27 novembre 2020, Mme C B, représentée par Me Clément, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans le délai d'un mois à compter de la notification de la décision à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ou, à défaut, de réexaminer sa demande de titre de séjour et de lui délivrer dans cette attente un récépissé, dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa situation;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation au regard des articles 6 de l'accord franco-algérien et 8 de la convention européenne de sauvegardes des droits humains et des libertés fondamentales.

Par un mémoire, enregistré le 21 juillet 2022, M. D E, représenté par Me Clément, déclare reprendre l'instance engagée par Mme B, décédée le 5 mars 2022 et demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 2 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à Mme B un certificat de résidence temporaire ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 juillet 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par Mme B ne sont pas fondés.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales ;

- l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 modifié ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme C B, ressortissante algérienne née le 28 octobre 1946, est entrée en France en 2014 sous couvert d'un visa de court séjour. Par la décision attaquée du 2 octobre 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un certificat de résidence temporaire sur le fondement du 5° de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968. Mme B étant décédée le 5 mars 2022, son époux, M. E, qui a repris l'instance, demande au tribunal d'annuler cette décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article 6 de l'accord franco-algérien du 27 décembre 1968 : " Le certificat de résidence d'un an portant la mention " vie privée et familiale " est délivré de plein droit : () 5) au ressortissant algérien, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits humains et des libertés fondamentales : " Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale () ".

3. Il ressort des pièces du dossier que Mme B est mariée à M. D E, ressortissant algérien titulaire d'un certificat de résidence valable jusqu'en 2029. Pour justifier le refus de délivrer le certificat sollicité, le préfet de la Loire-Atlantique fait valoir que la communauté de vie a cessé entre les époux et produit au soutien de cette allégation un extrait de l'avis d'imposition A E au titre de l'année 2018 indiquant que ce dernier est divorcé. Toutefois, la requérante produit deux avis d'imposition du foyer au titre des années 2018 et 2019, établissant la situation matrimoniale des époux et indiquant que le foyer comporte 2,5 parts, le petit-fils A et Mme E vivant avec eux. En outre, l'acte de décès de Mme B mentionne qu'elle est l'épouse A E et qu'elle demeurait à la même adresse que lui, 2 rue Auguste Picard à Saint-Nazaire. Ainsi, le document produit par le préfet de la Loire-Atlantique est, à lui seul, insuffisant pour établir le défaut de communauté de vie en France entre les époux, alors au surplus, que les voisins du couple témoignent les voir régulièrement ensemble et que leur petit-fils, de nationalité française, déclare vivre avec eux, la même adresse figurant sur sa carte d'identité. Par ailleurs, il est constant que Mme B épouse E est en France depuis 2014. Elle a eu de nombreuses consultations médicales et produit à ce titre des ordonnances et preuves d'hospitalisation en 2015, 2016 et 2017. Dans ces conditions, Mme B épouse E justifie d'attaches personnelles et familiales en France telles que le refus de certificat de résidence qui lui a été opposé porte à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée en méconnaissance des stipulations citées au point 2.

4. Il résulte de ce qui précède que M. E, agissant en qualité d'ayant-droit de Mme B épouse E, est fondé à demander l'annulation de la décision du

2 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de délivrer à son épouse un certificat de résidence temporaire portant la mention " vie privée et familiale ".

Sur les frais liés au litige :

5. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros à verser à M. E sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 2 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera à M. E la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. D E et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 20 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 octobre 2023.

La rapporteuse,

M. F

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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