mercredi 21 février 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2012105 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | NERAUDAU |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 novembre 2020, M. A D, représenté par Me Emmanuelle Néraudau, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 4 juillet 2019 par laquelle le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a maintenu la décision du 9 mai 2019 lui retirant le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil de manière rétroactive pour la période au cours de laquelle il aurait dû en bénéficier ;
3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 700 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. D soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice d'incompétence ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il :
° n'a pas été destinataire de l'information prévue par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
° n'a pas bénéficié de l'entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- est entachée d'un défaut de base légale, les dispositions de l'article L. 744-7 dans sa version " actuelle " n'étant pas applicables à sa situation ;
- dispositions des articles L. 744-7 et L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne sont pas conformes aux dispositions de l'article 20 de la directive 2013/33/UE du 26 juin 2013 ;
- est illégale en raison de l'illégalité de la décision le plaçant en fuite ;
- est entachée d'erreurs manifestes d'appréciation dès lors qu'il ne s'est pas soustrait de manière intentionnelle et systématique à l'autorité administrative et au regard de sa situation de vulnérabilité.
Par des mémoires en défense, enregistrés les 24 et 29 novembre 2023, la directrice territoriale de l'OFII conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir que :
- le moyen tiré de l'exception d'illégalité est inopérant ;
- aucun des autres moyens soulevés par M. D n'est fondé.
Par décision du 30 septembre 2020, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. D au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 29 novembre 2023, la clôture de l'instruction initialement fixée au 28 novembre 2023, a été reportée au 14 décembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 1er février 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. A D, ressortissant guinéen né en mai 1999, déclare être entré en France en janvier 2019. Il a sollicité l'asile auprès du préfet de la Loire-Atlantique le 29 janvier 2019 et a accepté ce même jour l'offre de prise en charge des conditions matérielles d'accueil. Par des arrêtés du 22 février 2019, le préfet de Maine-et-Loire a décidé de son transfert vers l'Italie, État responsable de l'examen de sa demande d'asile, et l'a assigné à résidence. À partir du 22 mars 2019, M. D a cessé de se présenter au service de police. Par une décision du 9 mai 2019, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) lui a retiré de plein droit le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. M. D a exercé un recours administratif qui a été rejeté le 4 juillet 2019 par une décision du directeur général de l'OFII. Par sa requête, M. D sollicite l'annulation de cette décision.
2. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans ces dispositions en vigueur le 29 janvier 2019 : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / () ". L'article L. 744-7 du même code énonce : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : / () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, que le fait de refuser ou de quitter le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation mentionnés au 1° du présent article ainsi que le non-respect des exigences des autorités chargées de l'asile prévues au 2° entraîne de plein droit le refus ou, le cas échéant, le retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. / () " Enfin, selon l'article L. 744-8 de ce code : " () / La décision de retrait des conditions matérielles d'accueil prise en application du présent article est écrite et motivée. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur. Elle est prise après que l'intéressé a été mis en mesure de présenter ses observations écrites selon des modalités définies par décret. "
3. En premier lieu, la décision du 4 juillet 2019 a été signée par Mme B C, cheffe du service juridique et contentieux de l'OFII. Par un arrêté du 3 juillet 2019, régulièrement publié au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur, le directeur général de l'OFII a habilité cette dernière à signer tout acte, toute décision et toute correspondance relevant du champ de compétence du service juridique et contentieux de l'établissement, notamment les décisions prises sur recours. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 4 juillet 2019 doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration : " Les personnes physiques ou morales ont le droit d'être informées sans délai des motifs des décisions administratives individuelles défavorables qui les concernent. / A cet effet, doivent être motivées les décisions qui : / () 4° Retirent ou abrogent une décision créatrice de droits ; / () ". L'article L. 211-5 du même code énonce : " La motivation exigée par le présent chapitre doit être écrite et comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui constituent le fondement de la décision ". Il ressort de la décision attaquée qu'elle mentionne les considérations de droit sur lesquelles elle se fonde, notamment les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, et indique que M. D n'a pas respecté l'obligation de présentation aux services de police prévue par la décision d'assignation à résidence dont il faisait l'objet. Par suite, le moyen tiré du défaut de motivation de la décision attaquée manque en fait et doit être écarté.
5. En troisième lieu, il ressort de l'acceptation de l'offre de prise en charge par l'OFII que M. D a indiqué avoir été informé, dans une langue qu'il comprenait, des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus du bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Il suit de là que le moyen tiré du défaut d'information préalable, condition prévue par les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, citées au point 2 doit être écarté.
6. En quatrième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. D a bénéficié, le
29 janvier 2019, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien par un agent de l'OFII, dans une langue qu'il comprend, au cours duquel sa situation a été évaluée. Le niveau de sa vulnérabilité a d'ailleurs été estimé à 1 sur une échelle de 0 à 3. Par conséquent, le moyen tiré du défaut d'entretien de vulnérabilité doit être écarté.
7. En cinquième lieu, l'illégalité d'un acte administratif, qu'il soit ou non réglementaire, ne peut être utilement invoquée par voie d'exception à l'appui de conclusions dirigées contre une décision administrative ultérieure que si cette dernière décision a été prise pour l'application du premier acte ou s'il en constitue la base légale. S'agissant d'un acte réglementaire, une telle
exception peut être formée à toute époque, même après l'expiration du délai du recours contentieux contre cet acte. S'agissant d'un acte non réglementaire, l'exception n'est, en revanche, recevable que si l'acte n'est pas devenu définitif à la date à laquelle elle est invoquée, sauf dans le cas où l'acte et la décision ultérieure constituant les éléments d'une même opération complexe, l'illégalité dont l'acte serait entaché peut être invoquée en dépit du caractère définitif de cet acte.
8. Il ressort des pièces du dossier que M. D a été déclaré en fuite le 10 avril 2019 par le préfet de Maine-et-Loire. Cette décision ne constitue pas la base légale de la décision attaquée et cette dernière n'est pas plus une décision tendant à l'application de la déclaration de fuite. Par suite le moyen tiré de l'exception d'illégalité est inopérant.
9. En sixième lieu, il résulte de ce qui a été dit au point 8 que le moyen tiré de l'erreur de droit et de l'erreur manifeste d'appréciation au motif que le requérant n'aurait pas été déclaré en fuite doit être écarté.
10. En septième lieu, aux termes de l'article 2 de la directive 2013/33/UE du parlement européen et du conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : / () b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () ".
11. Le cas de retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévu par les dispositions du 2° de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, issues de la loi du 10 septembre 2018, fait partie des hypothèses fixées à l'article 20 de la directive n° 2013/33/UE. Par suite, les moyens tirés de ce que ces dispositions seraient incompatibles avec les objectifs de la directive n° 2013/33/UE et de l'absence de base légale de la décision attaquée ne peuvent qu'être écartés.
12. En huitième et dernier lieu, M. D soutient que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de sa situation de vulnérabilité. S'il fait état de problèmes médicaux pour lesquels il aurait engagé un suivi en France, il ne produit aucune pièce permettant d'étayer cette allégation. Par suite, ce moyen doit être écarté.
13. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. D est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D, à Me Emmanuelle Néraudau et à l'Office français de l'immigration et de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 1er février 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats St Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
A. GOUDOU
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026