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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012256

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012256

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012256
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 27 novembre 2020, M. D C, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 27 octobre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a suspendu les conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait ;

2°) d'enjoindre à l'OFII de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile depuis la suspension de ses conditions matérielles d'accueil, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, puis de procéder à son versement dans un délai de deux mois à compter de la même date ou, à défaut, d'enjoindre à l'OFII de procéder à un nouvel examen de ses droits, dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, puis de procéder à leur versement dans un délai de deux mois ;

3°) de mettre à la charge de l'OFII la somme de 1 800 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié que la décision attaquée ait été signée par une autorité habilitée ;

- elle est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'elle n'a pas été précédée d'un examen de sa vulnérabilité mené par un agent ayant reçu une formation spécifique à cette fin ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2021, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 12 janvier 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant érythréen né en 2000, est entré en France en mai 2019 après avoir séjourné en Italie puis en Suisse. Il a déposé une demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique le 16 juillet 2019. A cette même date, il a accepté les conditions matérielles d'accueil qui lui ont été proposées par l'OFII. L'intéressé a été placé en " procédure Dublin " et un arrêté préfectoral a été pris à son encontre ordonnant sa remise aux autorités suisses. Ce transfert a été exécuté le 2 décembre 2019. Quelques jours après, l'intéressé est revenu en France et a, le 16 décembre 2019, déposé une nouvelle demande d'asile à la préfecture de la Loire-Atlantique. Le 12 mars 2020, l'intéressé a, à nouveau, été transféré dans le cadre de la " procédure Dublin " vers la Suisse. Il est cependant revenu en France et a déposé une nouvelle demande d'asile le 30 juin 2020. Par une décision du 27 octobre 2020, dont M. C sollicite l'annulation, la directrice territoriale de l'OFII lui a suspendu le bénéfice des conditions matérielles d'accueil.

2. En premier lieu, la décision attaquée a été signée par Mme A B, directrice territoriale de l'OFII. Par une décision du 1er janvier 2016, régulièrement publiée au bulletin officiel du ministère de l'intérieur du 15 février 2016, le directeur général de l'OFII a donné délégation à Mme B à l'effet de signer, notamment, les décisions relatives aux conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile, lesquelles relèvent des missions dévolues à la direction de Nantes telles que définies par la décision du 31 décembre 2013 portant organisation générale de l'OFII qui prévoit, en son article 8, que " les directions territoriales sont responsables, sur leur territoire de compétence, de la mise en œuvre des missions de l'OFII ". Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de cette décision manque en fait et doit être écarté.

3. En deuxième lieu, la décision litigieuse comporte l'énoncé des considérations utiles de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le requérant n'est pas fondé à soutenir qu'elle serait insuffisamment motivée.

4. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié, le 30 juin 2020, lors de l'enregistrement de sa demande d'asile, d'un entretien sur sa situation avec l'assistance d'un interprète en langue tigrigna, lequel n'a pas fait apparaître de facteur particulier de vulnérabilité. En outre, le requérant ne fait état d'aucune circonstance qui conduirait à douter du fait que cet agent a reçu la formation spécifique mentionnée par les dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa vulnérabilité doit être écarté.

5. En quatrième lieu, aux termes des dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil prévues à l'article L. 744-1 est subordonné : () 2° Au respect des exigences des autorités chargées de l'asile, notamment en se rendant aux entretiens, en se présentant aux autorités et en fournissant les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes. () ".

6. Il résulte de ces dispositions que l'OFII peut refuser le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, après examen de sa situation particulière et par une décision motivée, au demandeur qui a refusé le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation. Il lui est également possible, dans les mêmes conditions et après avoir mis, sauf impossibilité, l'intéressé en mesure de présenter ses observations, de suspendre le bénéfice de ces conditions lorsque le demandeur a quitté le lieu d'hébergement proposé ou la région d'orientation ou n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile, notamment de se rendre aux entretiens, de se présenter aux autorités et de fournir les informations utiles afin de faciliter l'instruction des demandes.

7. Il ressort des pièces du dossier que l'OFII a décidé de suspendre les conditions matérielles d'accueil de M. C au motif que l'intéressé n'avait pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en présentant une nouvelle demande d'asile en France après avoir été transféré vers l'Etat membre responsable de sa demande le 12 mars 2020. Si M. C fait valoir être revenu en France alors que les autorités suisses avaient pris à son encontre une décision l'obligeant à quitter leur territoire, il ressort du document qu'il produit que cette décision, datée du 1er mai 2020, fait suite au rejet de sa demande d'asile présentée le 8 mars 2019. Il ne justifie d'aucun élément faisant craindre que sa demande d'asile n'y ait pas été traitée dans des conditions conformes à la Convention de Genève. En outre, il ne justifie pas avoir formé un recours contre cette décision rejetant sa demande d'asile et l'obligeant à quitter le territoire Suisse. Ainsi, en revenant en France, M. C a méconnu son obligation de respecter les exigences des autorités chargées de l'asile. En outre, il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié d'un entretien de vulnérabilité le 30 juin 2020 et d'un examen par un médecin coordonnateur. Si l'intéressé soutient se trouver dans une situation de particulière vulnérabilité, il ne produit aucun élément à l'appui de ses allégations. Par suite, l'OFII a pu légalement tenir compte de l'absence de respect par M. C des obligations auxquelles il avait consenti lors de l'acceptation de l'offre de prise en charge de l'OFII et de l'absence de facteur particulier de vulnérabilité pour prendre la décision attaquée, qui n'est entachée ni d'erreur de droit ni d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision qu'il conteste. Par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et celles présentées au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D C, à Rodrigues Devesas et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne et à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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