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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012257

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012257

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012257
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantLEBUGHE-MANGAI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, respectivement enregistrés le 30 novembre 2020 et le 14 mai 2021, M. D B, représenté par Me Lebughe-Mangai, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours administratif formé contre la décision du Préfet de police de Paris du 21 janvier 2020 ayant ajourné à deux ans sa demande de naturalisation et a confirmé cet ajournement ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa situation ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros à verser à son conseil en application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- il n'est pas justifié de la compétence du signataire de la décision attaquée ;

- la décision attaquée est entachée d'un défaut de motivation, tant en fait qu'en droit, en méconnaissance des dispositions des articles L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il est intégré professionnellement et dispose de ressources stables et suffisantes.

Par un mémoire en défense enregistré le 26 juillet 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il soutient qu'aucun des moyens invoqués n'est fondé.

Par une décision du 24 novembre 2020, M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le décret n° 2020-1717 du 28 décembre 2020 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Baufumé a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Par une décision du 21 janvier 2020, le Préfet de police de Paris a ajourné à deux ans la demande de naturalisation présentée par M. D B, ressortissant togolais. Saisi d'un recours administratif préalable obligatoire, le ministre de l'intérieur a, par une décision du 7 septembre 2020, qui s'est substituée à la décision du préfet de police, rejeté ce recours et confirmé l'ajournement ainsi prononcé. Par la présente requête, M. B demande l'annulation de la décision ministérielle du 7 septembre 2020.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'intégration et de la citoyenneté dispose de la délégation pour signer au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Par décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme C a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 12 septembre 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 14 septembre 2019, Mme C a accordé à M. A, chef du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de ce signataire doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 27 du code civil : "'Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande d'acquisition, de naturalisation ou de réintégration par décret ainsi qu'une autorisation de perdre la nationalité française doit être motivée'". Il ressort des termes de la décision ministérielle attaquée du 7 septembre 2020, qui vise les articles 45 et 48 du décret susvisé du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, que, pour ajourner à deux ans la demande de naturalisation de M. B, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'examen de son parcours professionnel, apprécié dans sa globalité depuis son entrée en France, ne permet pas de considérer qu'il a réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'il ne dispose pas de ressources suffisantes et stables. Ainsi, la décision mentionne de manière suffisamment précise les motifs de droit et de fait qui en constituent le fondement. Il résulte de ce qui précède que le moyen tiré de son défaut de motivation doit être écarté.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger. ". Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 susmentionné : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré de l'insertion professionnelle du postulant ainsi que son degré d'autonomie matérielle, apprécié au regard du caractère suffisant et durable de ses ressources propres.

5. Il ressort des pièces du dossier et plus particulièrement de l'attestation de paiement délivrée au requérant par Pôle Emploi le 28 octobre 2020, que M. B bénéficiait, à la date de la décision attaquée et depuis le 1er janvier 2020 du versement de l'allocation de retour à l'emploi puis de l'allocation spécifique de solidarité pour un montant mensuel variable mais ne dépassant pas 747,27 euros. Par ailleurs, M. B, ne justifie d'aucune autre source de revenus à la date de la décision attaquée. Il ressort, enfin, des pièces du dossier, et plus particulièrement de l'avis d'imposition de l'intéressé que ce dernier a déclaré, au titre des revenus de l'année 2018, avoir perçu un salaire annuel de 9 313 euros. Dans ces conditions, compte tenu du large pouvoir d'appréciation dont il dispose, le ministre a pu légalement, et sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, considérer que M. B n'avait pas réalisé pleinement son insertion professionnelle dès lors qu'il ne disposait pas de ressources suffisantes et stables et ajourner, pour ce motif, la demande de naturalisation de l'intéressé.

6. Il résulte de ce qui précède que la requête de M. B ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. B est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D B, au ministre de l'intérieur et des outre-mer et à Me Lebughe-Mangai.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024 à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer

en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice

à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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