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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012283

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012283

mardi 12 juillet 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012283
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation6ème Chambre
Avocat requérantRODRIGUES DEVESAS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I. Par une requête enregistrée le 1er décembre 2020 sous le n° 2012283, M. D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 8 juin 2020 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer un titre de séjour sur le fondement des articles L. 313-11 7°, L. 313-7 ou L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 75 euros par jour de retard ou à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa demande, dans le même délai et sous la même astreinte ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen de sa demande sur le fondement de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur de fait ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision portant obligation de quitter le territoire est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est illégale à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 2 décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- par arrêté du 1er décembre 2021, il a retiré l'arrêté attaqué et de nouveau refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, tout en l'obligeant à quitter le territoire français ;

- les moyens soulevés pour M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 23 février 2021.

II. Par une requête enregistrée le 12 juin 2021 sous le n° 2106579, M. D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité, dans un délai de quinze jours suivant la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et des articles 37 et 75 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-7 du même code ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 313-14 de ce code.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au non-lieu à statuer.

Il fait valoir que par arrêtés du 8 juin 2020 et 1er décembre 2021, il a expressément refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 22 février 2021.

III. Par une requête enregistrée le 18 mars 2022 sous le n° 2203562, M. D A, représenté par Me Rodrigues Devesas, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 1er décembre 2021 par lequel le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire, dans un délai de trente jours, et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui délivrer le titre de séjour sollicité, ou à titre subsidiaire de procéder à un nouvel examen de sa demande, et en tout état de cause, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour et de travail ;

3°) de l'admettre au bénéfice de l'aide juridictionnelle ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat, au bénéfice de son conseil, une somme de 2 000 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de renonciation à l'aide juridictionnelle.

Il soutient que :

- la décision portant refus de titre de séjour est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elles est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 422-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du même code et méconnait l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de l'article L. 435-1 de ce code ;

- les décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination sont illégales à raison de l'illégalité du refus de titre de séjour.

Par un mémoire en défense, enregistré le 16 juin 2022 et régularisé le 20 juin suivant, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés pour M. A ne sont pas fondés.

M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes du 14 mars 2022.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendu au cours de l'audience publique.

1. M. A, ressortissant malien né en 1999, a sollicité la délivrance d'un titre de séjour. Par un arrêté du 8 juin 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à cette demande, et a obligé l'intéressé à quitter le territoire, dans un délai de trente jours, tout en fixant le pays à destination duquel il pourra être éloigné d'office. Par un arrêté du 1er décembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique a retiré l'arrêté du 8 juin 2020 et de nouveau refusé de faire droit à la demande de titre de séjour de M. A, tout en l'obligeant à quitter le territoire français dans un délai de trente jours.

2. Les requêtes susvisées n° 2012283, n° 2106579 et n° 2203562, présentées pour M. A présentent à juger les mêmes questions et ont fait l'objet d'une instruction commune. Il y a lieu de les joindre pour statuer par un seul jugement.

Sur la demande d'admission provisoire à l'aide juridictionnelle :

3. Par décisions des 22 et 23 février 2021 et du 14 mars 2022, le bureau d'aide juridictionnelle a accordé l'aide juridictionnelle totale à M. A. Par suite, il n'y a plus lieu de statuer sur ses demandes d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle.

Sur les conclusions en annulation :

4. Il ressort des pièces du dossier que les arrêtés du 8 juin 2020 et du 1er décembre 2021 refusant de faire droit à la demande de titres de séjour présentée par M. A le 1er juillet 2019 se sont implicitement mais nécessairement substitués à la décision implicite par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté cette demande. Comme le fait valoir le préfet en défense, il n'y a dès lors plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation dirigées contre cette décision implicite. L'arrêté du 1er décembre 2021 portant retrait de l'arrêté du 8 juin 2020, les conclusions tendant à l'annulation de ce premier arrêté sont également devenues sans objet. Il n'y a, dès lors, plus lieu d'y statuer.

En ce qui concerne la légalité du refus de titre de séjour :

5. L'arrêté du 1er décembre 2021 est signé par Mme C, pour le préfet. Par un arrêté du 31 août 2021, régulièrement publié au recueil administratif n° 106 du 1er septembre 2021, le préfet de la Loire-Atlantique, a donné délégation à Mme C, directrice des migrations et de l'intégration, à l'effet de signer notamment les décisions portant refus de titre de séjour assorties d'une mesure d'obligation de quitter le territoire et d'une décision fixant le pays de destination. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de l'arrêté attaqué manque en fait.

6. L'arrêté attaqué, qui vise notamment l'article L. 422-1, L. 423-23, L. 435-1 et L. 611-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales, mentionne différents éléments de la situation personnelle et familiale de M. A, notamment sa situation familiale et son parcours scolaire. Il contient ainsi l'exposé des motifs de droit et de fait sur lesquels s'est fondé le préfet de la Loire-Atlantique pour prendre la décision contestée. Par suite, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation du refus de titre de séjour ne saurait être accueilli.

7. Pour refuser de faire droit à la demande de M. A tendant à la délivrance d'une carte de séjour portant la mention " étudiant ", le préfet de la Loire-Atlantique s'est uniquement fondé sur la circonstance que l'intéressé ne justifie pas être entré en France sous couvert d'un visa de long séjour. Par suite, le requérant ne peut utilement soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il justifie suivre une formation en apprentissage.

8. Il ressort, par ailleurs, des pièces du dossier que M. A est présent en France depuis le mois de juillet 2016 et a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance du département de la Loire-Atlantique du 9 mai au 31 décembre 2017, date de sa majorité. S'il soutient s'être intégré en France et y avoir créé des liens, il n'apporte aucun justificatif concernant ces liens, et notamment les relations amicales qu'il aurait pu nouer sur le territoire. S'il justifie avoir obtenu un certificat d'aptitude professionnelle (CAP) agricole " spécialité Jardinier paysagiste " au mois de juin 2019 et soutient poursuivre ses études afin de préparer le baccalauréat professionnel dans la même spécialité, il n'apporte aucun élément probant sur sa situation depuis l'obtention de son CAP. S'il soutient, par ailleurs, être " intégré professionnellement ", il n'apporte aucune précision sur cette intégration professionnelle ni d'éléments probants au soutien de ses allégations. Dans ces conditions, il n'est pas fondé à soutenir qu'il disposerait en France de liens personnels et familiaux tels que le refus de titre qui lui a été opposé porterait une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il ne saurait davantage être regardé comme établissant l'existence de motifs exceptionnels justifiant son admission au séjour au titre de l'article L. 435-1 de ce code. Les moyens tirés de l'erreur d'appréciation au regard de l'article L. 423-23 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et de l'erreur manifeste d'appréciation au regard des articles L. 435-1 du même code doivent, par suite, être écartés.

En ce qui concerne la légalité des décisions portant obligation de quitter le territoire et fixant le pays de destination :

9. L'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour n'étant pas établie, le moyen tiré par voie d'exception de l'illégalité de cette décision, que M. A invoque à l'encontre des décisions l'obligeant à quitter le territoire français et fixant le pays de destination, doit être écarté.

10. Il résulte de ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de l'arrêté du 1er décembre 2021.

Sur les conclusions en injonction :

11. Le présent jugement n'implique aucune mesure d'exécution. Par suite, les conclusions à fin d'injonction présentées pour M. A doivent être rejetées.

Sur les conclusions tendant à l'application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

12. Dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, il n'y a pas lieu de mettre à la charge de l'Etat les sommes que M. A demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a plus lieu de statuer sur les demande d'admission provisoire au bénéfice de l'aide juridictionnelle présentées par M. A.

Article 2 : Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions en annulation dirigées contre la décision implicite attaquée et l'arrêté du 8 juin 2020.

Article 3 : Le surplus des conclusions des requêtes est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, au préfet de la Loire-Atlantique et à Me Rodrigues-Devesas.

Délibéré après l'audience du 30 juin 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Rouland-Boyer, présidente,

Mme Le Lay, première conseillère,

Mme Sainquain-Rigollé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe, le 12 juillet 2022.

La rapporteure,

Y. B

La présidente,

H. ROULAND-BOYER

La greffière,

A.-L. LE GOUALLEC

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Le greffier,

N°2012283, 2106579, 220356

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