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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012318

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012318

vendredi 9 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012318
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantBEN HADJ YOUNES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 2 décembre 2020 et le 22 janvier 2021, M. A D, représenté par Me Ben Hadj Younes, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 7 septembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours gracieux contre la décision du 25 novembre 2019 classant sans suite sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer sa demande dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 000 euros en application des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 sur l'aide juridique.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que la décision attaquée a été signée par une autorité compétente ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'un défaut d'examen réel et sérieux de sa situation personnelle ;

- elle est entachée d'erreur de droit, dès lors qu'il remplit toutes les conditions pour obtenir la nationalité française ;

- elle est entachée d'erreur de fait, l'administration ayant considéré à tort que son acte de naissance était insuffisamment probant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 30 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme Frelaut a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. D, ressortissant congolais né le 28 avril 1974, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Par une décision du 25 novembre 2019, le ministre de l'intérieur a prononcé le classement sans suite de sa demande. Par une décision de 7 septembre 2020, le ministre a rejeté le recours gracieux du requérant contre cette décision. Par sa requête, M. D demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur l'étendue du litige :

2. Il est toujours loisible à la personne intéressée, sauf à ce que des dispositions spéciales en disposent autrement, de former à l'encontre d'une décision administrative un recours gracieux devant l'auteur de cet acte et de ne former un recours contentieux que lorsque le recours gracieux a été rejeté. L'exercice du recours gracieux n'ayant d'autre objet que d'inviter l'auteur de la décision à reconsidérer sa position, un recours contentieux consécutif au rejet d'un recours gracieux doit nécessairement être regardé comme étant dirigé, non pas tant contre le rejet du recours gracieux dont les vices propres ne peuvent être utilement contestés, que contre la décision initialement prise par l'autorité administrative. Il appartient, en conséquence, au juge administratif, s'il est saisi dans le délai de recours contentieux qui a recommencé de courir à compter de la notification du rejet du recours gracieux, de conclusions dirigées formellement contre le seul rejet du recours gracieux, d'interpréter les conclusions qui lui sont soumises comme étant aussi dirigées contre la décision administrative initiale.

3. Il résulte de ce qui précède, d'une part, que les conclusions à fin d'annulation de la requête de M. D doivent être regardées comme également dirigées contre la décision du ministre de l'intérieur du 25 novembre 2019, d'autre part, que les moyens tirés de l'incompétence du signataire et du défaut de motivation de la décision du 7 septembre 2020, prise sur recours gracieux, doivent être écartés comme inopérants.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

4. En premier lieu, la décision du 25 novembre 2019 a été signée par M. B C, adjoint au chef de bureau décrets de naturalisation. Par une décision du 30 août 2018, publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, elle-même nommée dans ces fonctions par un décret du 28 septembre 2016, a donné une délégation de signature à l'effet de signer, au nom du ministre de l'intérieur, " tous actes, arrêtés et décision à l'exclusion des décrets, dans la limite des attributions qui leur sont confiées ", à un certain nombre d'agents, dont, au titre de la sous-direction de l'accès à la nationalité française, le chef du bureau des décrets de naturalisation et son adjoint. Il suit de là que le moyen tiré de l'incompétence des signataires des décisions contestées manque en fait et doit être écarté.

5. En deuxième lieu, la décision du 25 novembre 2019 énonce les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, notamment la circonstance que M. D n'a pas produit d'acte de naissance probant, le document produit par l'intéressé ayant été " gratté " au niveau de son prénom. Elle est par suite suffisamment motivée, de sorte que le moyen tiré du défaut de motivation doit être écarté.

6. En troisième lieu, il ressort des pièces du dossier que le ministre de l'intérieur a, avant de prononcer le classement sans suite litigieux, procédé à un examen réel et sérieux de la situation de M. D. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article 40 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, dans sa version en vigueur à la date de la décision initiale : " Sans préjudice de l'application des dispositions du dernier alinéa de l'article 35, l'autorité qui a reçu la demande peut mettre en demeure le postulant de produire les pièces complémentaires ou d'accomplir les formalités administratives qui sont nécessaires à l'examen de sa demande./Si le postulant ne défère pas à cette mise en demeure dans le délai qu'elle fixe, la demande peut être classée sans suite. Le postulant est informé par écrit de ce classement. ".

8. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 18 octobre 2019, l'administration a mis en demeure M. D de produire un acte de naissance légalisé, " sans grattage ni rature au niveau de [son] identité ". Il ressort de ces mêmes pièces que ce " grattage ", qui n'est pas sérieusement contesté par le requérant, avait été constaté par le service central d'état-civil quelques jours auparavant. M. D ne conteste pas ne pas avoir produit le document qui lui était ainsi demandé, et se prévaut pour s'en expliquer de sa situation d'isolement dans son pays d'origine. S'il soutient avoir transmis à la place à l'administration un jugement supplétif d'acte de naissance, il n'en justifie toutefois pas. Si M. D se prévaut enfin d'une attestation de naissance, délivrée le 17 décembre 2020 par l'ambassade de la République Démocratique du Congo, versée au dossier, ce document est toutefois postérieur aux dates des décisions attaquées. Dans ces conditions, c'est à bon droit que le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande pour le motif cité au point 5, la circonstance que le requérant remplirait les conditions pour prétendre à la nationalité française étant en outre sans incidence sur la légalité des décisions litigieuses, eu égard au motif sur lequel elles se fondent. Les moyens tirés de l'erreur de fait et de l'erreur de droit doivent par suite être écartés.

9. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par M. D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par M. D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés au litige :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance la somme de que demande le requérant au titre des frais liés au litige.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A D et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 19 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

Mme Frelaut, première conseillère,

Mme Benoist, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 février 2024.

La rapporteure,

L. FRELAUT

La présidente,

M-P. ALLIO-ROUSSEAULa greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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