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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012472

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012472

vendredi 13 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012472
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation4ème Chambre
Avocat requérantAVOCATS CONSEILS REUNIS

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 4 décembre 2020 et le 27 juillet 2023, M. D C et Mme B A, représentés par Me Marty, demandent au tribunal :

1°) de les décharger des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre des années 2015 et 2016, ainsi que des majorations correspondantes ;

2°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 5 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

Sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2015 :

- la proposition de rectification du 22 novembre 2018 est insuffisamment motivée ;

- les titres financiers ayant fait l'objet d'une provision pour dépréciation constituent des éléments d'actif nécessaires à l'activité de la société Stirca, de sorte que cette société était en droit de les déduire de son résultat fiscal ;

- la provision litigieuse n'était pas justifiée par l'existence d'un résultat déficitaire de sa filiale " La Gemmoise ", mais par la crainte d'une réduction de la valeur vénale des titres de cette filiale, qui a finalement fait l'objet d'une liquidation judiciaire ;

Sur les cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de l'année 2016 :

- c'est à tort que l'administration fiscale a considéré que les provisions pour dépréciation de titres constituées par la société Stirca afin de prendre acte du préjudice subi en raison de la dissolution de la société NMBH n'étaient pas justifiées.

Par un mémoire en défense, enregistré le 9 mars 2021, la directrice régionale des finances publiques des Pays de la Loire conclut au rejet de la requête.

Elle fait valoir que les moyens invoqués par M. C et Mme A ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code général des impôts ;

- le livre des procédures fiscales ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Allio-Rousseau,

- les conclusions de M. Huin, rapporteur public.

Considérant ce qui suit :

1. M. C est l'unique associé de l'EURL Stirca, qui exerce une activité d'achat et de revente de biens immobiliers. L'EURL Stirca a fait l'objet d'une vérification de comptabilité portant sur la période comprise entre le 1er août 2014 et le 31 juillet 2017. Par une proposition de rectification du 22 novembre 2018, l'administration fiscale a mis à la charge de M. C et Mme A, avec laquelle il a conclu un pacte civil de solidarité, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre de l'année 2015. Par une seconde proposition de rectification, datée du 14 mai 2019, des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu ont été mises à leur charge au titre de l'année 2016. La réclamation préalable formée par M. C et Mme A a été partiellement admise par l'administration fiscale qui, par une décision du 5 octobre 2020, a fixé le montant total des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu au titre des années 2015 et 2016 aux sommes de 3 058 euros pour l'année 2015 et de 76 669 euros pour l'année 2016, mises en recouvrement le 30 juin 2020. Par leur requête, M. C et Mme A demandent au tribunal de les décharger du paiement des suppléments d'impôt sur le revenu mis à leur charge au titre des années 2015 et 2016.

Sur la régularité de la procédure d'imposition :

2. D'une part, aux termes de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales : " L'administration adresse au contribuable une proposition de rectification qui doit être motivée de manière à lui permettre de formuler ses observations ou de faire connaître son acceptation. () ". Aux termes de l'article R. 57-1 du même livre : " La proposition de rectification prévue par l'article L. 57 fait connaître au contribuable la nature et les motifs de la rectification envisagée. L'administration invite, en même temps, le contribuable à faire parvenir son acceptation ou ses observations dans un délai de trente jours à compter de la réception de la proposition, prorogé, le cas échéant, dans les conditions prévues au deuxième alinéa de cet article. ". Il résulte de ces dispositions que l'administration doit indiquer au contribuable, dans la proposition de rectification, les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils sont opérés, ainsi que les années d'imposition concernées. Hormis le cas où elle se réfère à un document qu'elle joint à la proposition de rectification ou à la réponse aux observations du contribuable, l'administration peut satisfaire à cette obligation en se bornant à se référer aux motifs retenus dans une proposition de rectification, ou une réponse aux observations du contribuable, consécutive à un autre contrôle et qui lui a été régulièrement notifiée, à la condition qu'elle identifie précisément la proposition ou la réponse en cause et que celle-ci soit elle-même suffisamment motivée.

3. D'autre part, il résulte des dispositions combinées des articles 8 et 60 du code général des impôts et des articles L. 53, L. 55 et suivants du livre des procédures fiscales que, s'agissant de la procédure d'imposition des associés d'une société de personnes ayant fait l'objet d'un redressement, l'administration ne peut légalement mettre des suppléments d'imposition à la charge personnelle des associés sans leur avoir notifié, dans les conditions prévues à l'article L. 57 du livre des procédures fiscales, les corrections apportées aux déclarations qu'ils ont eux-mêmes souscrites, en motivant cette proposition au moins par une référence aux rehaussements apportés aux bénéfices sociaux et par l'indication de la quote-part de ces bénéfices à raison de laquelle les intéressés seront imposés. Toutefois, dans le cas particulier d'une entreprise unipersonnelle à responsabilité limitée, dont le gérant est l'unique associé, l'administration n'a pas à réitérer à l'égard de ce dernier la proposition précédemment adressée à la société.

4. Il résulte de l'instruction que la proposition de rectification du 22 novembre 2018, adressée à M. C et à Mme A, mentionne le rehaussement qui a été apporté au résultat fiscal imposable de l'EURL Stirca au titre de l'année 2015, société qui relève de l'article 8 du code général des impôts, tel que déterminé dans la proposition de rectification du 20 novembre 2018 adressée à M. C, en sa qualité de gérant et unique associé. Si l'administration a indiqué à tort que la copie de cette proposition de rectification était annexée à celle du 22 novembre 2018, cette omission est sans incidence sur sa motivation, l'administration fiscale n'étant pas tenue ni à l'égard de M. C, unique associé de l'EURL, ni à l'égard de son épouse membre de son foyer fiscal de l'annexer. Par ailleurs, la proposition de rectification du 22 novembre 2018 mentionne que le résultat de l'EURL Stirca a été recalculé suite à la réintégration de la provision sur titres de placement qu'elle détenait, et indique le montant du nouveau bénéfice industriel et commercial imposable au nom de M. C, l'application d'un coefficient de 1,25 sur le bénéfice dégagé en application des dispositions de l'article 158-7 du code général des impôts et les textes applicables. S'agissant des autres chefs de rehaussements, il résulte de l'instruction que les motifs et le montant des rehaussements envisagés, leur fondement légal et la catégorie de revenus dans laquelle ils ont été opérés, ainsi que les années d'imposition, sont mentionnés dans ce document. Dans ces conditions, la proposition de rectification du 22 novembre 2018 était suffisamment motivée et permettait aux requérants de présenter utilement des observations. Le moyen tiré de la méconnaissance de l'article L. 57 du livre des procédures fiscales doit en conséquence être écarté.

Sur le bien-fondé des impositions en litige :

5. Aux termes de l'article 39 du code général des impôts, dans sa version en vigueur : " 1. Le bénéfice net est établi sous déduction de toutes charges, celles-ci comprenant, sous réserve des dispositions du 5, notamment : () / 5° Les provisions constituées en vue de faire face à des pertes ou charges nettement précisées et que des événements en cours rendent probables, à condition qu'elles aient été effectivement constatées dans les écritures de l'exercice. () / Par dérogation aux dispositions des premier et quinzième alinéas, la provision pour dépréciation qui résulte éventuellement de l'estimation du portefeuille est soumise au régime fiscal des moins-values à long terme défini au 2 du I de l'article 39 quindecies ; ()

6. M. C et Mme A font valoir que les provisions pour dépréciation de titres, réintégrées par l'administration dans le résultat fiscal de l'EURL Stirca étaient justifiées dès lors que leur comptabilisation traduisait, au titre de l'année 2015, le risque de pertes de chiffres d'affaires lié à des procédures collectives engagées contre les sociétés civiles immobilières participant à l'activité de marchand de biens de l'EURL Stirca, au titre de 2016, le préjudice subi par la société à raison de la dépréciation des placements financiers acquis par l'intermédiaire de deux établissements financiers de droit anglais, " NMBH " et " NB et FC ", tous deux dissous. Toutefois, d'une part, les requérants ne démontrent pas que les actifs nets comptables des sociétés civiles immobilières dont l'EURL Stirca était associée étaient surévalués à la date de clôture de chaque exercice par rapport au montant probable des produits de leur liquidation. D'autre part, il résulte de l'instruction que la constitution des provisions sur les placements financiers d'origine britannique était exclusivement fondée sur la connaissance par la société requérante de la mauvaise situation financière des établissements NMBH et NB et FC sans que le risque de non recouvrement des créances soit corroboré par des refus de paiement ou par une procédure de liquidation judiciaire. M. C et Mme A ne sont donc pas fondés à soutenir que c'est à tort que les provisions litigieuses ne pouvaient être déduites des résultats de l'EURL Stirca au titre des exercices clos en 2015 et 2016.

7. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander la décharge des cotisations supplémentaires d'impôt sur le revenu mises à leur charge au titre de années 2015 et 2016. Par voie de conséquence, leurs conclusions tendant à l'application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C et Mme A est rejetée.

Article 2: Le présent jugement sera notifié à M. D C et Mme B A et à la directrice régionale des finances publiques de Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 22 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Allio-Rousseau, présidente,

M. Barès, premier conseiller,

Mme Beyls, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 octobre 2023.

La présidente-rapporteure,

M.-P. ALLIO-ROUSSEAUL'assesseur le plus ancien

dans l'ordre du tableau,

M. BARES

La greffière,

E. HAUBOIS

La République mande et ordonne au ministre de l'économie, des finances et de la souveraineté industrielle et numérique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce que requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière.

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