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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012476

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012476

mardi 7 janvier 2025

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012476
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantANGIBAUD

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 5 décembre 2020 et le 23 février 2021, M. E D, représenté par Me B, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 8 novembre 2020 par laquelle le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai et a fixé le pays de destination ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Vendée de réexaminer sa situation dans un délai de

quinze jours à compter de la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à son conseil en application des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne la décision portant refus de titre de séjour :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation de sa situation ;

En ce qui concerne la décision portant obligation de quitter le territoire français :

- elle est illégale en raison de l'illégalité de la décision portant refus de titre de séjour ;

- elle méconnaît les stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

Sur la décision portant refus de délai de départ volontaire :

- elle méconnaît les dispositions de l'article L. 511-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 janvier 2021, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens soulevés par M. D ne sont pas fondés.

Par un jugement du 8 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Toulouse a statué sur les conclusions de la requête visée ci-dessus tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision fixant le pays de destination.

M. D a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 2 août 2021.

Vu :

- les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de Mme El Mouats-Saint-Dizier a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E D, ressortissant camerounais né le 6 juillet 1986, est entré en France en 2012 et s'est marié en 2013 avec une ressortissante française. Il a fait l'objet d'une première mesure d'éloignement puis est revenu en France où il a rencontré une ressortissante française avec laquelle il a eu une enfant née le 28 mars 2019. Il a été condamné par le tribunal correctionnel du Mans, le 14 juin 2019, à dix mois d'emprisonnement dont cinq mois avec sursis et deux ans de mise à l'épreuve pour violences conjugales. Dans ce cadre, il a été incarcéré à la maison d'arrêt du Mans du 26 mai 2019 au 21 septembre 2019. Par un arrêté du 10 juillet 2019, le préfet de la Sarthe l'a obligé à quitter le territoire français sans délai et l'a interdit de retour pendant une durée d'un an. M. D a sollicité un titre de séjour en qualité de parent d'enfant français. Par un arrêté du 8 novembre 2020, dont M. D demande l'annulation, le préfet de la Vendée a refusé de lui délivrer un titre de séjour et lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai. Par une ordonnance du 21 septembre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a renvoyé les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant le délai de départ volontaire au tribunal administratif de Toulouse.

Sur l'étendue du litige :

2. Par un jugement du 8 octobre 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Toulouse a statué sur les conclusions de la requête visée ci-dessus tendant à l'annulation de la décision portant obligation de quitter le territoire français et de la décision refusant le délai de départ volontaire. Par suite, il appartient à la formation collégiale de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision portant refus de titre de séjour, sur les conclusions à fin d'injonction correspondantes et sur celles présentées au titre des articles 37 de la loi du 10 juillet 1991 et L. 761-1 du code de justice administrative.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision portant refus de titre de séjour :

3. Aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 311-7 soit exigée ; / () ".

4. Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1° Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. 2° Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et liberté d'autrui. ".

5. Pour refuser la délivrance du titre de séjour sollicité par M. D en qualité de parent d'enfant français, le préfet de la Vendée s'est fondé sur le motif tiré de ce que le comportement de l'intéressé représentait d'une menace pour l'ordre public et de ce qu'il ne justifiait pas participer à l'éducation de sa fille.

6. Il ressort des pièces du dossier que M. D a procédé à une reconnaissance prénatale de son enfant, née le 28 mars 2019 et qu'il a partagé une vie commune avec la mère et l'enfant durant les premiers jours de vie de celle-ci. Toutefois, il ressort des pièces du dossier que M. D a été condamné le 14 mars 2019 par le tribunal correctionnel du Mans à une peine de dix mois d'emprisonnement dont cinq mois avec sursis assortie d'une mise à l'épreuve pendant deux ans pour des faits de violence suivi d'une incapacité n'excédant pas huit jours sur sa conjointe en situation de handicap et des faits de violence par une personne étant ou ayant été conjoint, concubin ou partenaire lié à la victime par un pacte civil de solidarité. La gravité de ces faits, qui sont récents et qui ont été commis dans le cadre familial, permet de retenir que M. D représente une menace à l'ordre public telle que, nonobstant ses liens familiaux en France, il n'est pas fondé à soutenir que la décision de refus de séjour méconnaît les dispositions de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et porte une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale. Il n'est pas non plus fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation au regard de ses conséquences sur sa situation personnelle.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. D doit être rejetée, y compris, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction et les conclusions présentées au titre des frais de l'instance.

D E C I D E :

Article 1er : Le surplus des conclusions de la requête de M. D est rejeté.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. E D, à A B et au préfet de la Vendée.

Copie en sera adressée au préfet du Tarn.

Délibéré après l'audience du 4 décembre 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Rimeu, présidente,

M. Jégard, premier conseiller,

Mme El Mouats-Saint-Dizier, conseillère,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 janvier 2025.

La rapporteure,

M. C

SAINT-DIZIER

La présidente,

S. RIMEULa greffière,

A. GOUDOU

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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