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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012656

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012656

mercredi 9 octobre 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012656
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSPE GAYA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, des mémoires et des pièces complémentaires enregistrés le 9 décembre 2020, le 3 novembre 2022, le 28 février et les 14 et 15 décembre 2023, la société civile d'exploitation agricole (SCEA) Carboneco, représentée par Me Jean-Charles Loiseau, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler l'arrêté DRAAF n°C49190669 du 16 mars 2020 du préfet de la région Pays de la Loire en tant qu'il rejette, par son article 2, sa demande d'autorisation d'exploiter les parcelles C1454, C370A, C193, C206, C207, C209, C215, C216, C217, C1455, C1994K et YK15 situées à Chemillé-en-Anjou, ainsi que la décision du ministre de l'agriculture et de l'alimentation du 9 octobre 2020 rejetant son recours hiérarchique ;

2°) de constater l'existence d'une autorisation implicite d'exploiter lesdites parcelles à son profit ;

3°) à défaut d'enjoindre à l'administration de statuer à nouveau sur sa demande d'autorisation d'exploiter ;

4°) de mettre à la charge de l'État la somme de 3 000 euros au titre des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- la décision a été signée par une autorité incompétente ;

- elle est entachée d'une erreur de droit concernant le délai d'instruction ;

- le préfet de la région a entaché sa décision d'une erreur d'appréciation, en considérant que M. E disposait d'une autorisation d'exploitation en cours de validité ;

- la décision attaquée a été prise en méconnaissance de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

Par deux mémoires en défense, enregistrés le 26 octobre 2022 et le 29 novembre 2023, le préfet de la région Pays de La Loire conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

M. E a été mis en cause en qualité d'observateur.

Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 16 janvier 2024, à partir de la laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code rural et de la pêche maritime ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 11 septembre 2024 à 10h :

- le rapport de Mme B,

- les conclusions de M. I,

- les observations de Me Blanchard, substituant Me Loiseau, représentant la société requérante.

Considérant ce qui suit :

1. La société civile d'exploitation agricole Carboneco a déposé, le 25 octobre 2019, une demande d'autorisation d'exploiter les parcelles C194, C1993, C1454, C370A, C193, C206, C207, C209, C215, C216, C217, C1455, C1994K et YK15 situées à Valanjou, commune déléguée de Chemillé-en-Anjou (49) pour une superficie totale de 41,83 hectares. Par une décision du 13 décembre 2019, le préfet de la région des Pays de La Loire a décidé de proroger l'instruction de sa demande jusqu'au 25 avril 2020. Par un arrêté DRAAF du 16 mars 2020, le préfet de la région des Pays de La Loire a autorisé la SCEA Carboneco à exploiter les parcelles C194 et C1993, d'une superficie de 0,6582 hectares, et a rejeté sa demande d'autorisation d'exploiter les autres parcelles correspondant à 41,1785 hectares. Le 22 juin 2020, la SCEA Carboneco a introduit contre ce rejet un recours hiérarchique auprès du ministre de l'agriculture et de l'alimentation, qui l'a rejeté par une décision du 9 octobre 2020. Par la présente requête, la SCEA Carboneco demande l'annulation de l'article 2 de l'arrêté DRAAF n°C49190669 du 16 mars 2020 par lequel le préfet de la région Pays de la Loire lui a refusé l'autorisation d'exploiter les parcelles C1454, C370A, C193, C206, C207, C209, C215, C216, C217, C1455, C1994K et YK15 ainsi que celle de la décision du 9 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'agriculture et de l'alimentation a rejeté son recours hiérarchique.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, la requérante ne saurait utilement soutenir que le signataire de la décision du 9 octobre 2020, rendue suite à son recours hiérarchique, serait incompétent. En tout état de cause, il ressort des pièces du dossier que la décision a été signée par M. A G qui, en vertu d'une décision du 1er novembre 2019, publiée au journal officiel du 10 novembre 2019, avait reçu délégation à l'effet de signer, au nom du ministre chargé de l'agriculture, tous actes, arrêtés et décisions relevant des attributions du service compétitivité et performance environnementale. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de la décision doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article R. 331-6 du code rural et de la pêche maritime : " I. - Le préfet de région dispose d'un délai de quatre mois à compter de la date d'enregistrement du dossier complet mentionnée dans l'accusé de réception pour statuer sur la demande d'autorisation. / Il peut, par décision motivée, fixer ce délai à six mois à compter de cette date, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'une autre région. () ". Il résulte de ces dispositions, que le préfet peut porter de quatre à six mois le délai d'instruction des demandes d'autorisation d'exploiter par décision motivée, notamment en cas de candidatures multiples soumises à l'avis de la commission départementale d'orientation de l'agriculture ou de consultation du préfet d'un autre département. La notification au pétitionnaire, dans les quatre mois suivant l'enregistrement de sa demande, d'une décision portant le délai d'instruction à six mois fait obstacle à la naissance d'une autorisation tacite au terme du délai normal de quatre mois.

4. Il ressort des pièces du dossier qu'à la suite du départ à la retraite de M. H, associé unique de l'entreprise agricole à responsabilité limitée (EARL) de la Sorinière, dans le courant de l'année 2018, M. F E a été autorisé à exploiter notamment les parcelles C1454, C370A, C193, C206, C207, C209, C215, C216, C217, C1455, C1994K et YK15 situées à Chemillé-en-Anjou, par un arrêté du préfet de la région Pays de la Loire du 3 mai 2018, ces parcelles correspondant à celles convoitées par la société requérante. Par une lettre du 13 décembre 2019, le préfet de région a fait savoir à la SCEA Carboneco que son dossier avait été enregistré le 25 octobre 2019, qu'en présence de candidatures concurrentes s'étant exprimées sur tout ou partie des biens sollicités, il était dans l'obligation de soumettre sa demande à la commission départementale d'orientation agricole et qu'en conséquence, il avait décidé de prolonger jusqu'au 25 avril 2020 le délai dont il disposait pour prendre sa décision sur sa demande d'autorisation d'exploiter. S'il est constant qu'aucune demande concurrente n'a été reçue par l'administration après le dépôt de la demande de la société requérante, le préfet était fondé à qualifier cette dernière demande, portant sur les mêmes terres que celles que M. E avait été autorisé à exploiter, de demande concurrente successive, de la soumettre à l'avis de la commission départementale d'orientation agricole et de prolonger en conséquence le délai d'instruction. Dans ces conditions, alors même que les termes employés par le préfet dans sa lettre du 13 décembre 2019 pouvaient prêter à confusion quant au dépôt de demandes concurrentes, la SCEA Carboneco n'est pas fondée à soutenir que le préfet ne pouvait régulièrement prolonger le délai d'instruction.

5. En troisième lieu, aux termes de L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime : " L'autorisation est périmée si le fonds n'a pas été mis en culture avant l'expiration de l'année culturale qui suit la date de sa notification (). Si le fonds est loué, l'année culturale à prendre en considération est celle qui suit le départ effectif du preneur, sauf si la situation personnelle du demandeur au regard des dispositions du présent chapitre est modifiée ". Lorsqu'une autorisation a déjà été délivrée, le préfet de région, saisi d'une nouvelle demande portant sur les mêmes terres, ne peut légalement y faire droit que si l'auteur de cette demande justifie d'une priorité égale ou supérieure à celle de la personne déjà autorisée. Toutefois, le préfet de région n'est pas tenu de procéder à cet examen si l'autorisation en cause est périmée à la date à laquelle il statue sur cette nouvelle demande et que le titulaire de cette autorisation périmée ne l'a pas, lui-même, saisi d'une demande concurrente.

6. La SCEA Carboneco soutient qu'au 16 mars 2020, date de l'arrêté dont elle demande l'annulation partielle, sa demande ne pouvait être regardée comme concurrente de celle de M. E dès lors que l'autorisation d'exploiter délivrée à ce dernier le 3 mai 2018 était périmée. Elle fait valoir que M. H, associé unique de l'EARL de la Sorinière, a cessé définitivement son activité le 31 octobre 2018, que l'année culturale suivant son départ a commencé le 1er novembre 2018 pour s'achever le 31 octobre 2019 et qu'à cette dernière date, M. E n'avait pas commencé à exploiter les parcelles en litige précédemment exploitées par l'EARL de la Sorinière de sorte que l'autorisation d'exploiter délivrée à M. E devait être regardée comme périmée au sens et en application des dispositions, citées ci-dessus, de l'article L. 331-4 du code rural et de la pêche maritime. Elle ajoute que M. E avait modifié son projet et obtenu une nouvelle autorisation d'exploiter d'autres parcelles le 22 octobre 2018. Toutefois, le préfet de région expose sans être contredit que les parcelles en litige ont été reprises, dès le 1er novembre 2018, à titre individuel, pour certaines d'entre elles par M. D et pour la part restante par M. C, sans que ceux-ci ne soient tenus de solliciter une autorisation d'exploiter, ces deux personnes s'étant ensuite associées pour créer la SCEA Carboneco. Le préfet ajoute que le projet d'installation de M. E était toujours en cours à la date de l'arrêté attaqué. Ainsi, M. E s'est trouvé, de fait, dans l'impossibilité de mettre en valeur les parcelles en litige. Cette impossibilité a fait obstacle au déclenchement du délai de péremption institué à l'article L. 311-4 du code rural et de la pêche maritime. Par suite, quand bien même l'année culturale commencerait effectivement dans les Pays de la Loire le 1er novembre et non le 1er octobre comme le soutient le préfet, le moyen tiré par la SCEA Carboneco de la péremption de l'autorisation d'exploiter délivrée à M. E doit être écarté.

7. En quatrième lieu, aux termes de l'article L. 331-3-1 du code rural et de la pêche maritime, une autorisation d'exploiter à des fins agricoles " peut être refusée : 1° Lorsqu'il existe un candidat à la reprise ou un preneur en place répondant à un rang de priorité supérieur au regard du schéma directeur régional des structures agricoles mentionné à l'article L. 312-1 ; () ". Le schéma directeur régional des exploitations agricoles applicable en Pays de la Loire, approuvé par un arrêté du préfet de cette région du 10 juin 2016, fixe l'ordre de priorité au regard duquel les autorisations d'exploiter sont accordées. Il mentionne, en son article 3 relatif à l'ordre des priorités, et plus précisément au point 1, que " l'autorisation peut n'être délivrée que pour une partie de la demande, notamment si certaines des parcelles sur lesquelles elle porte font l'objet de candidatures prioritaires au regard du SRDEA " et au point 2 " Rang 1 : Projet d'installation individuelle ou sociétaire aide (non progressive) d'un agriculteur à temps plein en élevage ou cultures végétales spécialisées ".

8. Il ressort de la motivation de l'arrêté du 16 mars 2020 que, pour rejeter la demande présentée par la SCEA Carboneco, tendant à la délivrance d'une autorisation d'exploiter les parcelles mentionnées au point 1, le préfet de la région Pays de la Loire a estimé que la demande de M. E était prioritaire. Le projet de ce dernier a été qualifié de projet d'installation aidée à plein temps, en élevage spécialisé, avec un taux d'élevage supérieur à 50%, dont le coefficient économique par actif était inférieur à 1,2 après reprise, de sorte que sa demande a été considérée comme relevant du premier rang, [0]au regard de l'ordre de priorité défini par le schéma directeur régional des exploitations agricoles applicable en Pays de la Loire, alors que la demande de la SCEA Carboneco, qualifiée par le préfet comme un projet d'agrandissement pour confortation d'une exploitation existante, s'est vu attribuer un rang de priorité n° 4 pour l'ensemble des hectares. Par suite, en autorisant la demande de M. E qui était alors prioritaire sur celle de la SCEA Carboneco, le préfet de la Région Pays de la Loire n'a pas méconnu l'article L.331-3-1 du code rural et de la pêche maritime.

9. Il résulte de tout ce qui précède que la SCEA Carboneco n'est pas fondée à demander l'annulation de la décision du 9 octobre 2020 du ministre de l'agriculture et de l'alimentation et de l'article 2 de l'arrêté DRAAF n°C49190669 du 16 mars 2020 du préfet de la région Pays de La Loire.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

10. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par la SCEA Carboneco ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés par la SCEA Carboneco et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de la SCEA Carboneco est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à la SCEA Carboneco et à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt.

Copie du présent jugement sera adressée au préfet de la région Pays de La Loire.

Délibéré après l'audience du 11 septembre 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

Mme Claire Martel, première conseillère,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 9 octobre 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne à la ministre de l'agriculture, de la souveraineté alimentaire et de la forêt en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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