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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2012831

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2012831

mercredi 21 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2012831
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantLE GALL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 11 décembre 2020, et un mémoire, enregistré le 17 mai 2022, M. G H, représenté par Me Hugues Le Gall, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 23 janvier 2020 par laquelle le préfet de l'Essonne a ajourné à deux ans sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du 12 octobre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur, statuant sur le recours formé contre cette décision préfectorale, a également ajourné à deux ans à compter du 23 janvier 2020 cette demande ;

3°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande, dans un délai de quinze jours ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 200 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- les décisions attaquées ont été signées par une autorité qui n'était pas habilitée à cette fin ;

- elles sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de sa situation.

Par un mémoire en défense, enregistrés le 10 août 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. H.

Il soutient que :

- les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale ne sont pas recevables dès lors que sa décision du 12 octobre 2020 s'y est substituée ;

- les moyens soulevés ne sont pas fondés ;

- les circonstances, extérieures au motif de la décision attaquée, invoquées par le requérant sont sans incidence sur la légalité de cette décision ;

- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation de celle en litige devra être fixé à au moins six mois.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le code général des impôts ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. F a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 24 janvier 2024 à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. G H est un ressortissant burkinabé qui est né le 31 décembre 1987. Il a présenté, auprès des services de la préfecture de l'Essonne, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 23 janvier 2020, l'autorité préfectorale a ajourné cette demande en fixant un délai de deux ans avant qu'il puisse en présenter une nouvelle. M. H a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours. Ce recours a été expressément rejeté le 12 octobre 2020, le ministre de l'intérieur estimant également que la demande de naturalisation devait être ajournée à deux ans à compter du 23 janvier 2020. L'intéressé demande au tribunal l'annulation de cette dernière décision et de la décision préfectorale.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale du 23 janvier 2020 :

2. Eu égard au caractère obligatoire du recours institué à l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993, la décision par laquelle le ministre statue sur ce recours se substitue à celle de l'autorité préfectorale. Seule la décision ministérielle est, par suite, susceptible de faire l'objet d'un recours devant le tribunal. Dès lors, les conclusions à fin d'annulation de la décision opposée par le préfet de l'Essonne le 23 janvier 2020 sont, ainsi que le soutient le ministre de l'intérieur, irrecevables. Elles doivent, par suite, être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision ministérielle du 12 octobre 2020 :

3. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, la directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. Ce même décret autorise, en son article 3, cette directrice à déléguer elle-même cette signature.

4. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, dans sa version résultant de sa modification par la décision du 13 mars 2019, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 17 mars 2019, Mme B D, directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité, nommée dans ces fonctions par décret du président de la République du 28 septembre 2016, régulièrement publié, a donné à Mme E C, adjointe au sous-directeur de l'accès à la nationalité française, une délégation pour signer les décisions statuant sur les recours formés sur le fondement de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'une délégation de signature exécutoire au bénéfice de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande. ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut légalement prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de cette personne.

6. Pour ajourner à deux ans à compter du 23 janvier 2020, la demande de naturalisation présentée par M. H, le ministre de l'intérieur a relevé que le comportement de l'intéressé au regard de ses obligations fiscales était sujet à critiques dès lors qu'il a déclaré, à l'administration fiscale, au titre de l'année 2018, son enfant mineur comme étant à sa charge alors que sa concubine, Mme I A, effectuait simultanément la même démarche.

7. Il est constant que pour l'établissement de l'impôt sur les revenus qu'il a perçus au cours de l'année 2018, M. H a déclaré, comme sa concubine, qu'était à sa charge leur enfant mineur commun. Bien qu'imposés de manière distincte, leurs déclarations simultanées leur ont permis de bénéficier chacun d'une demi-part supplémentaire au titre de la charge de cet enfant. Dès lors que le requérant vit avec Mme A et qu'il ne ressort pas des pièces du dossier que cette dernière aurait porté sur sa propre déclaration, à l'insu de son concubin, leur enfant commun comme étant à sa charge, le requérant ne peut sérieusement soutenir que le ministre de l'intérieur n'aurait en réalité pris en compte que le comportement de sa concubine et que l'erreur de déclaration serait en réalité exclusivement imputable à cette dernière. Quand bien même la prise en compte de cette demi-part fiscale n'a eu aucune incidence sur le montant d'impôt sur le revenu établi au titre de l'année 2018 pour chacun des concubins, et alors même que la rectification, qui a été effectuée postérieurement à la décision préfectorale ayant opposé le même motif d'ajournement que celui de la décision attaquée, a concerné la déclaration des revenus perçus en 2018 effectuée par Mme A, le ministre de l'intérieur, au regard de la nature de l'erreur commise qui a nécessairement eu une incidence sur le montant du revenu fiscal de référence de l'intéressé et compte tenu par ailleurs du large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour déterminer l'intérêt d'accorder la nationalité française par la voie de la naturalisation, a pu estimer, sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation, que la demande de naturalisation présentée par M. H devait être ajournée en ne fixant qu'à deux années à compter du 23 janvier 2020 le délai à l'issue duquel il pourra présenter une nouvelle demande.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision, prise le 12 octobre 2020, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, les conclusions à fin d'injonction présentées par M. H doivent être également rejetées. Doivent de même être rejetées les conclusions qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761- 1 du code de justice administrative.

9. Le présent jugement ne fait pas obstacle à ce que M. H présente une nouvelle demande de naturalisation, le délai d'ajournement étant au demeurant expiré depuis le 23 janvier 2022.

D E C I D E :

Article 1er : La requête présentée par M. H est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. G H ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 24 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 21 février 2024.

Le rapporteur,

D. F

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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