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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013052

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013052

jeudi 11 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013052
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantSELARL GRIMALDI-MOLINA ET ASSOCIES

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, un mémoire et des pièces complémentaires, respectivement enregistrés le 17 décembre 2020, le 20 août 2021 et le 15 février 2024, M. B A, représenté par Me Grimaldi, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par laquelle le directeur général du centre hospitalier du Mans a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020 et des arrêts maladie du 6 mars au 31 octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre au centre hospitalier du Mans de réexaminer sa demande dans un délai de quinze jours à compter du jugement à intervenir, sous astreinte de 200 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans la somme de 3 000 euros en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient, dans le dernier état de ses écritures, que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

- elle est entachée d'une insuffisance de motivation, en méconnaissance des dispositions de l'article L.211-2 du code des relations entre le public et l'administration ;

- elle est entachée de vices de procédure ; d'une part, en méconnaissance des dispositions de l'article 18 du décret du 14 mars 1986 et de l'article 15 de l'arrêté ministériel du 4 août 2004, dès lors que le médecin du travail n'a pas été informé de la réunion de la commission de réforme ; d'autre part en méconnaissance des dispositions de l'article 26 du décret du 14 mars 1986 dès lors que le médecin du travail n'a pas remis de rapport écrit à l'occasion de la réunion de la commission départementale de réforme du 5 octobre 2020 ; enfin, la composition de la commission départementale de réforme était irrégulière en raison de l'absence de médecin spécialiste au cours de la réunion du 5 octobre 2020, en méconnaissance des dispositions de l'article 3 de l'arrêté du 4 août 2004 ;

- elle est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que l'accident du 4 mars 2020 est survenu sur le lieu et dans le temps du service ainsi que dans l'exercice de ses fonctions et qu'il résulte de la décision par laquelle le directeur général du centre hospitalier a décidé de modifier son affectation professionnelle ; cette décision se traduit, pour lui, par une perte de responsabilités et de rémunération ; par ailleurs, aucun état antérieur ne vient justifier les arrêts de travail consécutifs à cet accident.

Par deux mémoires enregistrés le 1er avril 2021 et le 2 février 2024, le centre hospitalier du Mans, représenté par Me Champenois, conclut au rejet de la requête et demande au tribunal de mettre à la charge de M. A une somme de 3000 euros à lui verser au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le moyen tiré de l'absence de rapport écrit du médecin du travail est inopérant ;

- aucun des autres moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de la sécurité sociale ;

- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;

- la loi n° 86-33 du 9 janvier 1986 ;

- l'ordonnance n° 2017-53 du 19 janvier 2017 ;

- le décret n° 86-442 du 14 mars 1986 ;

- le décret n° 2020-566 du 13 mai 2020 ;

- l'arrêté du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière.

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Baufumé, rapporteure,

- et les conclusions de Mme Le Lay, rapporteure publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A, aide-soignant titulaire au sein du centre hospitalier du Mans (Sarthe), y exerce des fonctions d'assistant de régulation médicale depuis l'année 2001. Il a été placé en arrêt maladie du 4 décembre 2019 au 21 février 2020. A la suite d'un entretien avec le directeur adjoint en charge des ressources humaines de l'établissement de santé, le 4 mars 2020, M. A a déposé une déclaration d'accident du travail le 6 mars 2020 et demandé, par courrier du 8 mai 2020, la reconnaissance de l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020. Par la décision attaquée du 22 octobre 2020, le directeur général du centre hospitalier du Mans a refusé de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020 et des arrêts maladie du 6 mars au 31 octobre 2020. M. A demande l'annulation de cette dernière décision.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. M. A ne peut utilement invoquer la méconnaissance des dispositions de l'article 26 du décret du 14 mars 1986 relatif à la désignation des médecins agréés, à l'organisation des comités médicaux et des commissions de réforme, aux conditions d'aptitude physique pour l'admission aux emplois publics et au régime de congés de maladie des fonctionnaires, dès lors que ces dispositions étaient abrogées à la date à laquelle s'est réunie la commission départementale de réforme, le 5 octobre 2020. Toutefois, aux termes des dispositions de l'article 18 de ce même décret, dans leur rédaction applicable au litige : " Le médecin du travail attaché au service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis au comité médical ou à la commission de réforme est informé de la réunion et de son objet. Il peut obtenir, s'il le demande, communication du dossier de l'intéressé. Il peut présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion. Il remet un rapport écrit dans les cas prévus aux articles 34, 43 et 47-7. () ". Par ailleurs, aux termes de l'article 15 de l'arrêté susvisé du 4 août 2004 relatif aux commissions de réforme des agents de la fonction publique territoriale et de la fonction publique hospitalière : " Le secrétariat de la commission informe le médecin du service de médecine professionnelle et préventive, pour la fonction publique territoriale, le médecin du travail, pour la fonction publique hospitalière, compétent à l'égard du service auquel appartient le fonctionnaire dont le cas est soumis à la commission. (). Ces médecins peuvent obtenir, s'ils le demandent, communication du dossier de l'intéressé. Ils peuvent présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion de la commission. Ils remettent obligatoirement un rapport écrit dans les cas prévus au premier alinéa des articles 21 et 23 ci-dessous. ". Enfin, aux termes de l'article 21 de ce même arrêté : " La commission de réforme donne son avis sur l'imputabilité au service ou à l'un des actes de dévouement prévus aux articles 31 et 36 du décret du 26 décembre 2003 susvisé de l'infirmité pouvant donner droit aux différents avantages énumérés à l'article 57 de la loi du 26 janvier 1984 susvisé et aux articles 41 et 41-1 de la loi du 9 janvier 1986 susvisée. () ".

3. Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il ressort des pièces du dossier qu'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de la décision prise ou qu'il a privé les intéressés d'une garantie.

4. Il résulte des dispositions précitées au point 2 que la consultation du médecin du travail est constitutive d'une garantie pour le fonctionnaire demandant le bénéfice des dispositions de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986. Dans ce cadre, le médecin du travail doit remettre à la commission de réforme un rapport écrit et peut, s'il le demande, obtenir communication du dossier de l'intéressé, présenter des observations écrites ou assister à titre consultatif à la réunion.

5. En l'espèce, dès lors que M. A sollicitait le bénéfice des dispositions du deuxième alinéa du 2° de l'article 41 de la loi du 9 janvier 1986 et que le centre hospitalier du Mans n'entendait pas faire droit à sa demande, la commission de réforme devait être saisie. Il ressort des dispositions citées ci-dessus qu'elle devait disposer d'un rapport écrit du médecin du travail compétent. Or, alors que M. A soutient qu'un tel rapport n'a pas été soumis à la commission, le centre hospitalier du Mans ne le contredit pas. Par suite, et alors qu'il ne ressort pas du procès-verbal de la séance de la commission de réforme du 5 octobre 2020 qu'elle aurait eu connaissance d'un tel rapport, la fiche d'aptitude médicale du 4 mars 2020 émanant du médecin du travail étant au demeurant antérieure à l'entretien du même jour entre M. A et le directeur des ressources humaines du centre hospitalier, il doit être tenu pour établi qu'elle n'en a pas disposé. Il s'ensuit que la procédure de consultation de cette instance doit être considérée comme ayant été viciée. Il ressort par ailleurs des pièces du dossier que la commission de réforme a estimé, par avis du 5 octobre 2020, que les événements du 4 mars 2020 n'étaient pas imputables au service. Il s'en suit que l'absence de rapport écrit du médecin du travail constitue un vice de procédure de nature à avoir privé M. A d'une garantie, vice qui, dès lors, entache d'illégalité la décision contestée.

6. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, lesquels ne sont pas fondés, que la décision attaquée du 22 octobre 2020 doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction sous astreinte :

7. La présente annulation implique nécessairement, compte tenu de ses motifs, qu'ainsi que le sollicite le requérant, l'administration se prononce à nouveau sur l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020 et de ses arrêts de travail du 6 mars au 31 octobre 2020 après une nouvelle consultation de la commission de réforme. Il y a lieu de lui enjoindre de procéder à ce réexamen dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement. Il n'y a pas lieu d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les frais liés à l'instance :

8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mise à la charge de M. A, qui n'est pas la partie perdante dans la présente instance, la somme que le centre hospitalier du Mans demande au titre des frais exposés et non compris dans les dépens. Par ailleurs, il n'y a pas lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge du centre hospitalier du Mans la somme que M. A demande au même titre.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du directeur général du centre hospitalier du Mans du 22 octobre 2020 refusant de reconnaitre l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020 et des arrêts de travail du 6 mars 2020 au 31 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au directeur général du centre hospitalier du Mans de se prononcer à nouveau sur l'imputabilité au service de l'accident du 4 mars 2020 et des arrêts de travail de M. A du 6 mars au 31 octobre 2020 dans un délai de trois mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. B A et au centre hospitalier du Mans.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 11 avril 2024.

La rapporteure,

A. BAUFUMÉ

La présidente,

M. BERIA-GUILLAUMIE

La greffière

B. GAUTIER

La République mande et ordonne à la ministre de la santé et de la prévention en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis

en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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