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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013210

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013210

mardi 17 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013210
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBAUDRY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et des mémoires, enregistrés le 18 décembre 2020, le 19 mars 2021, le 18 octobre 2021, le 7 février 2022 et le 13 avril 2022, M. C A et Mme B A, représentés par Me Baudry, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2020 modifié par l'arrêté rectificatif du 21 janvier 2021 par lequel le maire de Longeville-sur-Mer a refusé de leur délivrer un permis de construire pour la réalisation d'une maison individuelle sur la parcelle cadastrée section AE n° 485 au lieudit le fief des barges à Longeville-sur-Mer, ensemble la décision de rejet de leur recours gracieux du 19 octobre 2020 ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Longeville-sur-Mer une somme de 3 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué est entaché d'incompétence ;

- il a été pris à l'issue d'une procédure irrégulière, en raison de l'irrégularité de la consultation de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, dès lors qu'il n'est pas établi que cette commission se soit réunie le 16 juillet 2020, qu'ils n'ont pas été invités à présenter leurs observations avant la séance de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, dès lors que le maire de Longeville-sur-Mer a participé à cette séance, et que cette commission était irrégulièrement composée ;

- l'avis défavorable conforme du préfet de la Vendée est entaché d'une erreur de droit, en ce qu'il se serait estimé en situation de compétence liée par l'avis défavorable de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites,

- cet avis méconnaît l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme et les dispositions de l'article A2 du règlement du plan local d'urbanisme de la commune et est entaché d'une erreur d'appréciation au regard de l'insertion du projet dans son environnement.

Par des mémoires en défense, enregistrés le 8 juin 2021, le 28 mars 2022 et le 21 avril 2022, la commune de Longeville-sur-Mer, représentée par Me Tertrais, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 3 000 euros soit mise à la charge des requérants au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle soutient que :

- les conclusions dirigées contre l'arrêté du 16 septembre 2020 sont irrecevables, dès lors qu'elles sont tardives, le courrier du 23 septembre 2020 ne pouvant être regardé comme un recours gracieux et l'arrêté rectificatif du 21 janvier 2021 ne faisant pas grief ;

- les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Par des mémoires enregistrés le 2 juillet 2021, le 24 janvier 2022 et le 24 mars 2022, le préfet de la Vendée conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- les observations de Me Tertrais, avocat de la commune de Longeville-sur-Mer,

- et les observations de Mme A.

1. M. et Mme A, exploitants agricoles, ont présenté le 27 mars 2020 auprès de la commune de Longeville-sur-Mer une demande de permis de construire pour la réalisation d'une maison d'habitation d'une surface de plancher de 122 m2 et d'un garage sur la parcelle cadastrée section AE n° 485. Après avis du 24 juin 2020 de la commission départementale pour la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers, et avis du 16 juillet 2020 de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, le préfet de la Vendée a émis un avis défavorable. Compte tenu de cet avis, par un arrêté du 16 septembre 2020, modifié par un arrêté rectificatif du 21 janvier 2021, le maire de Longeville-sur-Mer a refusé la délivrance du permis de construire sollicité. M. et Mme A ont formé un recours gracieux qui a été rejeté par une décision du 19 octobre 2020. M. et Mme A demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 16 septembre 2020, modifié par l'arrêté du 21 janvier 2021, ainsi que la décision du 19 octobre 2020.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

2. Il ressort des pièces du dossier que par un courrier du 23 septembre 2020, les requérants ont formé un recours gracieux contre l'arrêté du 16 septembre 2020, qui a été rejeté par une décision du 19 octobre 2020. Par suite, la requête de M. et Mme A, enregistrée le 18 décembre 2020, tendant à l'annulation de l'arrêté du 16 septembre 2020, rectifié par l'arrêté du 21 janvier 2021, a été présentée dans le délai prévu à l'article R 421-1 du code de justice administrative. Par suite, la fin de non-recevoir opposée par la commune de Longeville-sur-Mer, doit être écartée et la requête de M. et Mme A est recevable.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

3. Aux termes de l'article L. 121-8 du code de l'urbanisme : " L'extension de l'urbanisation se réalise en continuité avec les agglomérations et villages existants. () ". Aux termes de l'article L. 121-10 du code de l'urbanisme : " Par dérogation à l'article L. 121-8, les constructions ou installations nécessaires aux activités agricoles ou forestières ou aux cultures marines peuvent être autorisées avec l'accord de l'autorité administrative compétente de l'Etat, après avis de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites et de la commission départementale de la préservation des espaces naturels, agricoles et forestiers. / Ces opérations ne peuvent être autorisées qu'en dehors des espaces proches du rivage, à l'exception des constructions ou installations nécessaires aux cultures marines. / L'accord de l'autorité administrative est refusé si les constructions ou installations sont de nature à porter atteinte à l'environnement ou aux paysages. / Le changement de destination de ces constructions ou installations est interdit ".

4. Aux termes de l'article R. 341-17 du code de l'environnement : " La commission départementale de la nature, des paysages et des sites est présidée par le préfet et composée de membres répartis en quatre collèges : / 1° Un collège de représentants des services de l'Etat, membres de droit ; il comprend notamment le directeur régional de l'environnement ; / 2° Un collège de représentants élus des collectivités territoriales et, le cas échéant, de représentants d'établissements publics de coopération intercommunale ; / 3° Un collège de personnalités qualifiées en matière de sciences de la nature, de protection des sites ou du cadre de vie, de représentants d'associations agréées de protection de l'environnement et, le cas échéant, de représentants des organisations agricoles ou sylvicoles ; / 4° Un collège de personnes compétentes dans les domaines d'intervention de chaque formation spécialisée. / Le préfet peut nommer des suppléants aux membres désignés au titre des 3° et 4° dans les mêmes conditions que les membres titulaires ". Aux termes de l'article R. 341-25 du code de l'environnement : " Lorsque la commission ou l'une de ses formations spécialisées est appelée à émettre un avis sur une affaire individuelle, la personne intéressée est invitée à formuler ses observations. ". Si les actes administratifs doivent être pris selon les formes et conformément aux procédures prévues par les lois et règlements, un vice affectant le déroulement d'une procédure administrative préalable, suivie à titre obligatoire ou facultatif, n'est de nature à entacher d'illégalité la décision prise que s'il a été susceptible d'exercer, en l'espèce, une influence sur le sens de cette décision ou s'il a privé les intéressés d'une garantie.

5. Les requérants font valoir qu'ils n'ont pas été informés dans un délai suffisant de la possibilité de présenter leurs observations avant la séance du 16 juillet 2020 de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites. Il ressort des pièces du dossier que le courrier de la commune du 27 mai 2020 se bornant à faire état de la saisine pour avis de cette commission, sans en précisant la date de séance, ne fait pas mention de cette possibilité. En outre, il ressort également des pièces du dossier que le courriel adressé le 3 juillet 2020 par le secrétariat de la commission faisant mention de la date de la séance de la commission et de la possibilité pour les intéressés de présenter leurs observations, dont aucun accusé de réception ou de lecture n'est d'ailleurs produit, a été envoyé à une adresse électronique erronée et qui ne correspond pas à celle que M. et Mme A avaient déclarée dans le dossier de demande de permis de construire. Cette adresse n'est d'ailleurs pas celle à laquelle ce secrétariat leur a adressé le 15 juillet 2020 l'avis de l'architecte des Bâtiments de France. Il ressort des pièces du dossier que ce n'est que le 16 juillet 2020, soit le jour même de la séance de la commission, qu'ont été adressés aux requérants deux courriels, d'une part, à l'adresse électronique figurant au dossier de demande de permis de construire, et d'autre part, à l'adresse électronique de M. A à laquelle avait été adressé le courriel de ce même secrétariat du 15 juillet 2020, et que les intéressés ont été informés de la date de la séance de la commission comme de la possibilité de présenter leurs observations. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que l'arrêté attaqué est intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière, qui les a privés d'une garantie, faute d'avoir été informés dans un délai suffisant de la possibilité de présenter leurs observations comme de la date de la réunion de la commission départementale de la nature, des paysages et des sites, en méconnaissance de l'article R. 341-15 du code de l'environnement.

6. Il résulte de ce qui précède que l'arrêté du 16 septembre 2020 rectifié par l'arrêté du 21 janvier 2021, ainsi la décision du 19 octobre 2020 portant rejet du recours gracieux, doivent être annulés.

Sur les frais liés au litige :

7. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce et en application des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, de mettre à la charge de la commune de Longeville-sur-Mer, partie perdante, le versement aux requérants de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Ces mêmes dispositions font en revanche obstacle à ce qu'il soit fait droit aux conclusions présentées par la commune à ce même titre.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 16 septembre 2020 rectifié par l'arrêté du 21 janvier 2021 ainsi la décision du 19 octobre 2020 du maire de la commune de Longeville-sur-Mer sont annulées.

Article 2 : La commune de Longeville-sur-Mer versera à M. et Mme A la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Les conclusions de la commune de Longeville-sur-Mer présentées sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative sont rejetées.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. C et Mme B A, à la commune de Longeville-sur-Mer et au préfet de la Vendée.

Délibéré après l'audience du 19 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 17 octobre 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE LA BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Vendée en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

N°2013210

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