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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013282

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013282

mardi 13 février 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013282
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation5ème Chambre
Avocat requérantBONNIN

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une ordonnance n° 2014116 du 18 décembre 2020 prise sur le fondement de l'article R. 351-3 du code de justice administrative, la présidente de la 8ème chambre du tribunal administratif de Montreuil a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête de M. B A.

Par cette requête, enregistrée le 15 décembre 2020 au tribunal administratif de Montreuil et le 21 décembre 2020 au tribunal administratif de Nantes, ainsi qu'un mémoire, enregistré le 10 février 2022, M. B A, représenté par Me Clément Bonnin, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite de rejet, née le 24 octobre 2020, par le ministre de l'intérieur, de son recours dirigé contre la décision du 4 février 2020 par laquelle le préfet de la Seine-Saint-Denis a déclaré irrecevable sa demande d'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation ;

2°) d'annuler la décision du 8 juillet 2021 par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté cette même demande ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de prendre une nouvelle décision à l'issue d'un nouvel examen de sa demande, dans un délai de deux mois à compter de la notification du jugement ;

4°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision implicite de rejet, qui doit être regardée comme ayant été prise pour le même motif que la décision préfectorale, est entachée d'erreur d'appréciation ;

- le motif de rejet de la demande de naturalisation, opposé le 8 juillet 2021, est entaché d'erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense, enregistré le 6 août 2021, le ministre de l'intérieur demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que :

- il a expressément statué sur le recours formé contre la décision préfectorale par une décision du 8 juillet 2021, laquelle s'est substituée à sa décision implicite de rejet, de sorte que les conclusions à fin d'annulation de cette décision sont dépourvues d'objet ;

- le motif de la décision attaquée n'est pas entaché d'erreur de fait, d'erreur de droit et d'erreur manifeste d'appréciation ;

- à titre subsidiaire, s'agissant des conclusions à fin d'injonction, le délai à l'issue duquel devra intervenir la nouvelle décision en cas d'annulation devra être fixé à au moins six mois.

La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- l'ordonnance n° 2020-306 du 25 mars 2020 ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 7 février 2024 à 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. B A est un ressortissant ivoirien qui est né le 9 septembre 1965. Il a présenté, le 2 juillet 2019, auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, département dans lequel il est domicilié, une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation. Par une décision du 4 février 2020, l'autorité préfectorale a déclaré irrecevable cette demande. M. A a, pour contester cette décision et comme il y était tenu en application de l'article 45 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif notamment aux décisions de naturalisation, saisi le ministre de l'intérieur d'un recours qui a été implicitement rejeté le 24 octobre 2020 compte tenu du silence gardé par cette autorité pendant plus de quatre mois à la suite de la réception de ce recours. La requête présentée par M. A le 15 décembre 2020 tendait à l'annulation de cette décision mais, au cours de l'instruction de cette requête, soit le 8 juillet 2021, le ministre de l'intérieur a statué expressément sur le recours formé à l'encontre de la décision d'irrecevabilité prise par l'autorité préfectorale et a substitué à cette décision une décision de rejet de la demande de naturalisation présentée par M. A. L'intéressé demande, dans le dernier état de ses écritures, l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours née le 24 octobre 2020 ainsi que celle de la décision prise par le ministre de l'intérieur le 8 juillet 2021.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision implicite de rejet :

2. Il n'y a plus lieu de statuer sur les conclusions tendant à ce que le tribunal annule une décision implicite de rejet d'un recours formé à l'encontre de la décision par laquelle l'autorité préfectorale statue sur une demande tendant à l'acquisition de la nationalité française par la voie de la naturalisation lorsque, postérieurement à la saisine du tribunal, il est expressément statué sur ce recours, cette décision expresse se substituant à la décision implicite de rejet.

3. Comme cela a été indiqué au point 1, postérieurement à l'introduction de la requête de M. A tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet de son recours formé à l'encontre de la décision par laquelle l'autorité préfectorale a déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, le ministre de l'intérieur a expressément statué sur ce recours et a décidé de rejeter cette demande. Cette décision expresse s'est substituée à la décision implicite de rejet de sorte que les conclusions tendant à l'annulation de cette décision sont devenues sans objet. Par suite, il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision explicite de rejet :

4. Pour rejeter la demande de naturalisation présentée par M. A, le ministre de l'intérieur a relevé, en premier lieu, que l'intéressé avait été l'auteur d'une fausse déclaration, le 2 juillet 2019, lors de la constitution de son dossier de demande de naturalisation, en attestant être célibataire alors qu'il était marié depuis 2005 à une ressortissante malienne, ce qui témoigne d'une volonté de dissimuler la réalité de sa situation, en second lieu, que dans la mesure où son épouse réside à l'étranger, il n'a pas établi l'ensemble de ses attaches familiales en France.

5. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " L'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Selon l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". Il résulte de ces dispositions qu'il appartient au ministre de l'intérieur de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation à la personne qui la sollicite et qu'il dispose, en cette matière, d'un large pouvoir d'appréciation. Dans le cadre de cet examen, il peut prendre en compte des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de cette personne. Le ministre de l'intérieur peut également prendre en compte le lieu de résidence des membres de la famille de l'intéressé afin de déterminer s'il a fixé en France le centre de ses attaches familiales.

6. Les fausses déclarations effectuées par l'auteur d'une demande de naturalisation en ce qui concerne la composition de sa famille dans le cadre de l'instruction de sa situation sont au nombre des éléments que le ministre de l'intérieur peut prendre en compte au titre des renseignements défavorables recueillis concernant le comportement de l'intéressé. En effet, comme cela résulte de l'article 21-16 du code civil qui énonce que " nul ne peut être naturalisé s'il n'a en France sa résidence au moment de la signature du décret de naturalisation. ", une personne ne peut pas être naturalisée si elle n'a pas fixé en France de manière stable le centre de ses intérêts familiaux. Le contrôle du respect de cette obligation par l'autorité compétente pour statuer sur une demande de naturalisation suppose que le demandeur y indique, de manière précise, la composition de sa famille de sorte que cette autorité est fondée à rejeter une telle demande lorsqu'elle dispose d'éléments démontrant que des membres de la famille de l'intéressé devant figurer dans cette demande n'y ont pas été déclarés.

7. Il est constant que, dans sa demande de naturalisation, M. A s'est déclaré célibataire alors qu'il est l'époux, depuis 2005, d'une ressortissante malienne, laquelle réside toujours au Mali. Certes, l'intéressé a, dans le recours qu'il a formé devant le ministre de l'intérieur à l'encontre de la décision préfectorale, fait état de ce mariage et de la résidence de son épouse au Mali, mais cette circonstance ne permet pas de considérer qu'il n'aurait pas cherché, dès sa demande de naturalisation présentée auprès des services de la préfecture de la Seine-Saint-Denis, à dissimuler la réalité de sa situation familiale dès lors que l'autorité préfectorale est susceptible d'estimer, au regard des éléments déclarés par l'intéressé, que la condition fixée à l'article 21-16 est satisfaite et transmettre, le cas échéant, une proposition de naturalisation au ministre de l'intérieur accompagné du dossier de la demande comportant ces mêmes éléments. Il suit de là et alors qu'il est par ailleurs constant que l'épouse de M. A réside au Mali, que le ministre de l'intérieur n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation en rejetant sa demande de naturalisation pour les motifs indiqués au point 4.

8. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions tendant à l'annulation de la décision rejetant la demande de naturalisation présentée par M. A, opposée par le ministre de l'intérieur le 8 juillet 2021, doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions tendant à ce qu'il soit enjoint au ministre de l'intérieur de procéder à un nouvel examen de sa demande et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions tendant à l'annulation de la décision implicite de rejet du recours formé par M. A à l'encontre de la décision prise par le préfet de la Seine-Saint-Denis le 4 février 2020.

Article 2 : Le surplus des conclusions présentées par M. A est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. B A ainsi qu'au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 7 février 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Héléna Heng, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 13 mars 2024.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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