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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013291

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013291

jeudi 4 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013291
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation7ème Chambre
Avocat requérantCISSE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête, enregistrée le 22 décembre 2020, M. E A, représenté par Me Cissé, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 3 novembre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle avait déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, et substituant à ladite décision d'irrecevabilité une décision de rejet de sa demande de naturalisation ;

2°) d'enjoindre au ministre de l'intérieur de réexaminer et de faire droit à sa demande de naturalisation ;

3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 2 000 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

M. A soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'un vice d'incompétence ;

- elle n'est pas suffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ; n'ayant pas trouvé de travail en France après la fermeture pour motif économique de son commerce de vente de chaussures qu'il a géré de 2012 à 2017, il a trouvé un emploi au Luxembourg en tant que travailleur frontalier ; s'il perçoit un salaire luxembourgeois, il dépense principalement en France son salaire, ses frais de logement et de vie, et il y paye ses impôts ; il réside en France depuis 2008 et s'y est marié en 2017 avec une ressortissante hollandaise qui vit avec lui ; la circulaire du 12 mai 2000 a été méconnue.

Par un mémoire en défense, enregistré le 12 août 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. A n'est fondé.

Par ordonnance du 28 septembre 2021, la clôture d'instruction a été fixée au 26 octobre 2021.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

La présidente de la formation de jugement a dispensé la rapporteure publique, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Hannoyer, premier conseiller, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. E A, ressortissant nigérian né le 28 juin 1976, demande au tribunal d'annuler la décision du 3 novembre 2020 du ministre de l'intérieur rejetant son recours contre la décision du 15 janvier 2020 par laquelle le préfet de Meurthe-et-Moselle avait déclaré irrecevable sa demande de naturalisation, et substituant à ladite décision d'irrecevabilité une décision de rejet de sa demande de naturalisation.

2. En premier lieu, conformément aux dispositions de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du gouvernement, le directeur de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité dispose d'une délégation à l'effet de signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes relatifs aux affaires des services placés sous son autorité, à l'exception des décrets. Par un décret du 28 septembre 2016, publié au Journal officiel de la République française du 29 septembre 2016, Mme B a été nommée directrice de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité. Par une décision du 30 août 2018, régulièrement publiée au Journal officiel de la République française du 2 septembre 2018, Mme B a accordé à Mme C D, adjointe à la cheffe du bureau des affaires juridiques, du précontentieux et du contentieux et signataire de la décision attaquée, une délégation de signature à cet effet. Le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée ne peut dès lors qu'être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article 49 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Toute décision déclarant irrecevable, ajournant ou rejetant une demande de naturalisation ou de réintégration dans la nationalité française prise en application du présent décret est motivée conformément à l'article 27 " du code civil. La décision attaquée vise les articles 45 et 48 du décret du 30 décembre 1993 et mentionne les circonstances de faits propres à la situation du postulant. Ainsi cette décision comporte, avec suffisamment de précision, l'énoncé des considérations de droit et de fait sur lesquelles elle est fondée. Par suite, elle est suffisamment motivée et satisfait aux exigences de l'article 27 du code civil.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 48 du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ". Ces dispositions confèrent au ministre de l'intérieur un large pouvoir d'appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à la personne qui la sollicite. Il lui appartient, lorsqu'il exerce ce pouvoir, de tenir compte de tous les éléments de la situation de cette personne, y compris de ceux qui ont été examinés pour statuer sur la recevabilité de la demande. Au nombre de ces éléments figure, comme cela résulte de l'article 21-16 du code civil, la fixation en France du centre des intérêts de l'intéressé.

5. Pour rejeter la demande d'acquisition de la nationalité française de M. A, le ministre s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'essentiel de ses ressources provient de l'étranger.

6. Il est constant que M. A exerce son activité professionnelle à l'étranger, au Luxembourg. Si l'intéressé se prévaut d'être marié en France depuis 2017 et y résider avec son épouse, ressortissante néerlandaise, le ministre soutient toutefois sans être contredit que celle-ci, qui ne s'est pas associée à sa demande, exerce également son activité professionnelle au Luxembourg. Si M. A soutient payer ses impôts en France, il n'établit toutefois pas y payer son impôt sur les revenus, et il ressort au contraire des avis d'impôts sur les revenus produits par l'intéressé qu'il n'y est pas imposable. Le ministre relève par ailleurs sans être contredit que le requérant est locataire de son logement et n'a pas d'enfant. Dans ces conditions, c'est sans entacher sa décision d'erreur manifeste d'appréciation que le ministre de l'intérieur a rejeté sa demande de naturalisation pour le motif susmentionné.

7. En quatrième et dernier lieu, M. A ne peut utilement se prévaloir du contenu de la circulaire du 12 mai 2000, dès lors que ses énonciations ne constituent pas des lignes directrices dont il peut utilement se prévaloir devant le juge et sont dépourvues de caractère réglementaire.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A ne peut qu'être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2': Le présent jugement sera notifié à M. E A et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 mars 2024, à laquelle siégeaient :

Mme Béria-Guillaumie, présidente,

M. Hannoyer, premier conseiller,

Mme Baufumé, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2024.

Le rapporteur,

R. HANNOYER La présidente,

M. BÉRIA-GUILLAUMIE

La greffière,

B. GAUTIER

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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