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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013348

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013348

mercredi 19 juillet 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013348
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantLEUDET

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 21 décembre 2020 et 21 juin 2023, M. A B, représenté par Me Leudet, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 5 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme G, et de ses enfants E B, D B et F C ;

2°) d'enjoindre au préfet de lui accorder le regroupement familial au profit de son épouse et de ses trois enfants dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 50 euros par jour de retard, ou, subsidiairement, de réexaminer sa demande dans les mêmes conditions de délai et d'astreinte ;

3°) de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 800 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, et à son conseil de la somme de 1 000 euros sur le fondement des dispositions combinées des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- la décision attaquée a été prise par une autorité incompétente ;

- cette décision est entachée d'une erreur de droit ;

- cette décision est entaché d'une erreur d'appréciation ;

- cette décision méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- elle méconnaît le 1 de l'article 3 de la convention internationale relative aux droits de l'enfant.

Par un mémoire en défense, enregistré le 20 juin 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. B ne sont pas fondés.

M. B a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%) par une décision du 20 octobre 2020.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention internationale relative aux droits de l'enfant ;

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de M. Gauthier,

- et les observations de Me Leudet, représentant M. B.

Considérant ce qui suit :

1. M. B, ressortissant guinéen né le 1er janvier 1976, est entré en France en 2005 et est titulaire d'une carte de résident valable jusqu'au 1er juillet 2024. Il demande au tribunal d'annuler la décision du 5 juillet 2019 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a rejeté sa demande de regroupement familial au profit de son épouse, Mme G, et de ses enfants E B, D B et F C.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 411-5 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le regroupement familial ne peut être refusé que pour l'un des motifs suivants : () 2° Le demandeur ne dispose pas ou ne disposera pas à la date d'arrivée de sa famille en France d'un logement considéré comme normal pour une famille comparable vivant dans la même région géographique () ". Et aux termes de l'article R. 411-5 du même code, alors en vigueur : " Pour l'application du 2° de l'article L. 411-5, est considéré comme normal un logement qui : 1° Présente une superficie habitable totale au moins égale à : () - en zones B1 et B2 : 24 m² pour un ménage sans enfant ou deux personnes, augmentée de 10 m² par personne jusqu'à huit personnes et de 5 m² par personne supplémentaire au-delà de huit personnes () 2° Satisfait aux conditions de salubrité et d'équipement fixées aux articles 2 et 3 du décret

n° 2002-120 du 30 janvier 2002 relatif aux caractéristiques du logement décent pris pour l'application de l'article 187 de la loi n° 2000-1208 du 13 décembre 2000 relative à la solidarité et au renouvellement urbain. () ". L'arrêté du 1er août pris en application de l'article R. 304-1 du code de la construction et de l'habitation classe la commune de Saint-Nazaire en zone B1.

3. En application des dispositions de l'article R. 411-5 précité, la surface minimale requise pour héberger une famille de cinq personnes résidant à Nantes est de 54 m². Il ressort des pièces du dossier que M. B ne dispose que d'un logement de type 2 d'une surface de 53 m² de très peu inférieure à la surface minimale. Toutefois, le requérant justifie d'un avis favorable émis par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après enquête sur le logement destiné à accueillir la famille. En outre, il ressort des pièces du dossier que le requérant a demandé un logement plus grand de type 4. Il n'est d'ailleurs pas contesté que Nantes Métropole accordera à l'intéressé un logement plus grand lorsque la famille sera entrée sur le territoire français. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation et doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

4. Le présent jugement implique que le préfet accorde à M. B le regroupement familial sollicité. Il y a lieu, par suite, d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique d'accorder à M. B le regroupement familial sollicité au profit de Mme G, et des enfants E B, D B et F C dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

5. Sur les conclusions tendant à l'application des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 :

6. M. B a obtenu le bénéfice de l'aide juridictionnelle partielle (55%). D'une part, M. B ne justifie pas de frais de l'instance non compris dans les dépens qui seraient restés à sa charge. D'autre part, son avocat peut se prévaloir des dispositions des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, et sous réserve que Me Leudet, avocat de M. B, renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État, de mettre à la charge de l'État le versement à

Me Leudet de la somme de 800 euros.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du 5 juillet 2019 du préfet de la Loire-Atlantique est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Loire-Atlantique d'accorder à M. B le regroupement familial au profit de Mme G, et des enfants E B, D B et F C, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Leudet, avocat de M. B, la somme de 800 euros, au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve que Me Leudet renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive de l'État.

Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.

Article 5 : Le présent jugement sera notifié à M. A B, représenté par Me Leudet et au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 28 juin 2023 à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juillet 2023.

Le rapporteur,

E. GAUTHIER

La présidente,

C. LOIRAT La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique, en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

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