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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013442

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013442

mardi 3 octobre 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013442
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantBARDOUL

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés le 21 décembre 2020 et le 11 juillet 2023, M. D C, représenté par Me Bardoul, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 22 octobre 2020 par laquelle le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de modifier le plan de prévention des risques de la presqu'île guérandaise-Saint-Nazaire ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Loire-Atlantique de modifier le plan de prévention des risques de la presqu'île guérandaise-Saint-Nazaire afin d'exclure de la zone BC du règlement graphique de ce plan la parcelle cadastrée section AB n°18 située au 20 avenue de Portval au Croisic, dans un délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 2 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- la décision attaquée est entachée d'incompétence ;

-elle méconnaît les stipulations de l'article 1er du premier protocole additionnel à la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

-elle est entachée d'une erreur de droit en ce que le préfet s'est estimé à tort en situation de compétence liée au regard des préconisations du guide méthodologique ministériel d'élaboration des plans de prévention des risques littoraux (PPRL) ;

- elle est illégale en raison de l'illégalité de ce guide, entaché d'erreur de droit et d'incompétence en ce qu'il impose l'adoption d'une échelle de 1 / 5 000ème pour les documents graphiques de ces plans, en méconnaissance de l'article R. 562-3 du code de l'environnement ;

-l'échelle choisie par le préfet pour l'établissement des documents graphiques du PPRL est entachée d'une erreur d'appréciation ;

- l'imprécision des documents graphiques du PPRL porte atteinte au principe d'accessibilité et d'intelligibilité de la norme ;

- la décision attaquée est entachée d'une erreur matérielle, et d'une erreur d'appréciation, en ce qu'elle confirme le classement en zone BC de la parcelle cadastrée section AB n°18.

Par un mémoire en défense, enregistré le 18 avril 2023, le préfet de la Loire-Atlantique conclut au rejet de la requête.

Il soutient que les moyens soulevés par M. C ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'environnement ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme Thomas, première conseillère,

- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,

- et les observations de Me Bardoul, avocate de M. C, présent.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, propriétaire de la parcelle cadastrée section AB n°18 située au 20 avenue de Portval au Croisic, a demandé au préfet de la Loire-Atlantique de modifier le plan de prévention des risques littoraux approuvé le 13 juillet 2016 en tant qu'il classe la parcelle pour partie en zone BC. Par une décision du 22 octobre 2020, dont M. C demande au tribunal l'annulation, le préfet de la Loire-Atlantique a refusé de faire droit à sa demande.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. Aux termes de l'article L. 562-1 du code de l'environnement : " I.- L'Etat élabore et met en application des plans de prévention des risques naturels prévisibles tels que les inondations, les mouvements de terrain, les avalanches, les incendies de forêt, les séismes, les éruptions volcaniques, les tempêtes ou les cyclones./ II.- Ces plans ont pour objet, en tant que de besoin : / 1° De délimiter les zones exposées aux risques, en tenant compte de la nature et de l'intensité du risque encouru, d'y interdire tout type de construction, d'ouvrage, d'aménagement ou d'exploitation agricole, forestière, artisanale, commerciale ou industrielle, notamment afin de ne pas aggraver le risque pour les vies humaines ou, dans le cas où des constructions, ouvrages, aménagements ou exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles, pourraient y être autorisés, prescrire les conditions dans lesquelles ils doivent être réalisés, utilisés ou exploités ; / 2° De délimiter les zones qui ne sont pas directement exposées aux risques mais où des constructions, des ouvrages, des aménagements ou des exploitations agricoles, forestières, artisanales, commerciales ou industrielles pourraient aggraver des risques ou en provoquer de nouveaux et y prévoir des mesures d'interdiction ou des prescriptions telles que prévues au 1° ; /3° De définir les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde qui doivent être prises, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, par les collectivités publiques dans le cadre de leurs compétences, ainsi que celles qui peuvent incomber aux particuliers ; / 4° De définir, dans les zones mentionnées au 1° et au 2°, les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existants à la date de l'approbation du plan qui doivent être prises par les propriétaires, exploitants ou utilisateurs ; / 5° De définir, dans les zones mentionnées aux mêmes 1° et 2°, des exceptions aux interdictions ou aux prescriptions afin de ne pas s'opposer à l'implantation d'installations de production d'énergie solaire dès lors qu'il n'en résulte pas une aggravation des risques ". Aux termes de l'article R. 562-1 de ce code : " Le dossier de projet de plan comprend : / 1o Une note de présentation indiquant le secteur géographique concerné, la nature des phénomènes naturels pris en compte et leurs conséquences possibles, compte tenu de l'état des connaissances. S'agissant des aléas débordement de cours d'eau et submersion marine, sont intégrées à cette note de présentation les cartes suivantes: / a) La carte de l'aléa de référence mentionnée à l'article R. 562-11-4 ; / b) La carte de l'aléa à échéance 100 ans mentionnée à l'article R. 562-11-5 dans le cas de l'aléa submersion marine./ 2o Un ou plusieurs documents graphiques délimitant les zones mentionnées aux 1o et 2o du II de l'article L. 562-1 ; / 3o Un règlement précisant, en tant que de besoin ; /a) Les mesures d'interdiction et les prescriptions applicables dans chacune de ces zones en vertu des 1o et 2o du II de l'article L. 562-1; / b) Les mesures de prévention, de protection et de sauvegarde mentionnées au 3o du II de l'article L. 562-1 et les mesures relatives à l'aménagement, l'utilisation ou l'exploitation des constructions, des ouvrages, des espaces mis en culture ou plantés existant à la date de l'approbation du plan, mentionnées au 4o de ce même II. Le règlement mentionne, le cas échéant, celles de ces mesures dont la mise en œuvre est obligatoire et le délai fixé pour celle-ci ".

3. La décision attaquée a été signée par Mme B A, cheffe du service transports et risques. Or, il ressort des pièces du dossier que, par un arrêté du 24 août 2020, le préfet de la Loire-Atlantique a donné à M. E, directeur départemental des territoires et de la mer, une délégation de signature pour signer divers décisions et actes en matière d'aménagement foncier et urbanisme. L'article 3 du même arrêté a autorisé la subdélégation de cette signature aux agents placés sous l'autorité de M. E. Ce dernier a ensuite délégué, par un arrêté du même jour, régulièrement publié au recueil des actes administratifs de la préfecture, sa signature à Mme B A à effet de signer diverses décisions et actes en matière d'aménagement foncier et d'urbanisme, à l'exception des décisions de sursis à statuer. Toutefois, la décision attaquée, portant rejet d'une demande de modification du document graphique du plan de prévention des risques littoraux pris en application de l'article R. 562-1 du code de l'environnement précité, ne relève d'aucun des actes et décisions précisément et limitativement énumérés par l'arrêté préfectoral de délégation de signature du préfet de la Loire-Atlantique du 24 août 2020. Par suite, le préfet de la Loire-Atlantique ne saurait valablement se prévaloir de cet arrêté pour justifier de la compétence de la signataire de la décision contestée. Il en résulte que celle-ci n'était pas compétente pour signer cette décision.

4. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du préfet de la Loire-Atlantique du 22 octobre 2020, en raison de l'incompétence de la signataire de cette décision. Pour l'application de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens invoqués n'est susceptible, en l'état du dossier, de fonder cette annulation.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

5. Compte tenu de son motif, l'annulation prononcée par le présent jugement n'implique pas nécessairement qu'il soit enjoint au préfet de la Loire-Atlantique de modifier le plan de prévention des risques de la presqu'île guérandaise-Saint-Nazaire. Il en résulte qu'il n'y a pas lieu de faire droit aux conclusions en ce sens présentées par M. C.

Sur les frais liés au litige :

6. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros à verser à M. C sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Loire-Atlantique du 22 octobre 2020 est annulée.

Article 2 : L'Etat versera au préfet de M. C la somme de 1 500 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Article 3 : Le surplus des conclusions de la requête.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à M. D C et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.

Copie en sera adressée au préfet de la Loire-Atlantique.

Délibéré après l'audience du 5 septembre 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

M. Brémond, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 3 octobre 2023.

La rapporteure,

S. THOMAS

Le président,

A. DURUP DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous huissiers de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution du présent jugement.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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