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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013456

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013456

vendredi 30 août 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013456
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
Formation5ème Chambre
Avocat requérantSCP ATLANTIQUE AVOCATS ASSOCIES (SAINT-HERBLAIN)

Résumé IA

Le Tribunal Administratif de Nantes a rejeté la requête de Mme D, ressortissante marocaine, qui contestait l'arrêté du 2 novembre 2020 du préfet de Maine-et-Loire lui refusant un titre de séjour. La requérante invoquait l'incompétence du signataire et une atteinte à sa vie privée et familiale sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme. Le tribunal a écarté le moyen d'incompétence, la signataire bénéficiant d'une délégation de signature régulière. Sur le fond, il a jugé que Mme D ne justifiait pas de l'intensité et de la stabilité de ses liens personnels et familiaux en France, malgré une activité professionnelle passée, et que le refus ne portait pas une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale.

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 28 décembre 2020, et des pièces complémentaires, enregistrées le 11 janvier et le 17 mai 2023, Mme C D, représentée par Me Bertrand Salquain, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté n° 2020-2539 du 2 novembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer le titre de séjour sollicité ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros au titre des dispositions combinées de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Elle soutient que :

- l'arrêté a été signé par une autorité incompétente ;

- le préfet de Maine-et-Loire a méconnu l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le préfet de Maine-et-Loire a porté atteinte à son droit à la vie privée et familiale au sens de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un courrier du 22 septembre 2022, le préfet de Maine-et-Loire a été mis en demeure de présenter des observations dans un délai de 30 jours, en application des dispositions de l'article R. 612-3 du code de justice administrative.

Par une ordonnance du 7 mars 2024, la clôture de l'instruction a été fixée au 8 avril 2024 à 12 heures.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme B a été entendus au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 3 juillet 2024 à 9 heures 20.

Une note en délibéré présentée par le Préfet de Maine-et-Loire et enregistrée le 22 juillet 2024, n'a pas été communiquée.

Considérant ce qui suit :

1. Mme D, ressortissante marocaine, née le 1er juillet 1957, déclare être entrée en France en 2014 munie d'une carte de séjour portant la mention " résident de longue durée de l'Union européenne ". Elle a sollicité, le 4 juin 2020, la délivrance d'un titre de séjour sur le fondement de l'article L. 313-11 7° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile auprès des services du préfet de Maine-et-Loire, lequel a rejeté sa demande par un arrêté n°2020-2539 du 2 novembre 2020. Par la présente requête, Mme D demande l'annulation de cet arrêté.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

2. En premier lieu, l'arrêté du 2 novembre 2020 a été signé, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme E A en qualité de directrice de l'immigration et des relations avec les usagers de la préfecture de ce département. Cette dernière bénéficiait, par arrêté de ce préfet, pris le 25 juin 2020, d'une délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant l'ensemble des décisions relatives au séjour. Cet arrêté a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture de Maine-et-Loire du 1er juillet 2020, lequel est aisément accessible sur le site internet des services de l'Etat dans ce département. Par suite, le moyen tiré de l'absence d'habilitation de la signataire du refus de séjour en litige doit être écarté.

3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 313-11 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée. L'insertion de l'étranger dans la société française est évaluée en tenant compte notamment de sa connaissance des valeurs de la République () ".

4. Il ressort des pièces du dossier que Mme D, entrée en France en 2014 à l'âge de 57 ans munie d'une carte de séjour italienne portant la mention " résident de longue durée de l'Union européenne ", se déclare célibataire et sans charge de famille. Si Mme D n'est pas dépourvue d'attaches dans son pays d'origine, où résident sa mère et sa fille, elle se prévaut d'attaches en France, notamment ses deux frères, qui séjournent régulièrement en France, et des collègues de travail, sans justifier toutefois de l'intensité et de la stabilité de ses relations avec ces attaches, les attestations produites, qui reprennent la même formule générique et sont peu circonstanciées, ne pouvant être regardées comme apportant les justifications attendues. Par ailleurs, Mme D justifie avoir été employée en contrat à durée indéterminée, à compter du 11 août 2014 et jusqu'en novembre 2019, par la société Sud Service, en tant qu'agent de service à temps partiel, avoir rencontré des difficultés de santé, vu sa maladie reconnue comme imputable au service par un courrier de la caisse primaire d'assurance maladie de Maine-et-Loire du 20 juin 2019 et, par la suite, été licenciée pour inaptitude au travail. Il ressort des stipulations des contrats de travail versés au dossier par l'intéressée qu'elle s'était présentée à son employeur comme étant de nationalité italienne. La requérante produit également un courrier de la caisse régionale d'assurance retraite des Pays de Loire du 1er décembre 2022 l'informant du rejet de sa demande de pension vieillesse, au motif qu'elle ne justifiait pas posséder de titre de séjour français. Par suite, au vu de l'ensemble de ces circonstances, la requérante, en dépit de son insertion professionnelle passée et de l'ancienneté de sa présence sur le territoire français, n'est pas fondée à soutenir que le préfet aurait commis une erreur d'appréciation en refusant de lui délivrer une carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale ", en application du 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

5. En troisième lieu, aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. () ".

6. Ainsi qu'il a été dit précédemment, Mme D se prévaut de ses attaches familiales, alors même que sa mère et sa fille résident dans son pays d'origine, et sans justifier de l'intensité des relations qu'elle entretient avec ses frères qui résident en France. Dans ces conditions et pour les mêmes raisons que celles indiquées au point 4, la décision portant refus de séjour n'a pas porté au droit de la requérante au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée aux buts en vue desquels elle a été prise. Par suite, le moyen tiré de la méconnaissance des stipulations de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.

7. Il résulte de tout ce qui précède, que les conclusions à fin d'annulation présentées par Mme D doivent être rejetées.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Le présent jugement, qui rejette les conclusions de la requête à fin d'annulation, n'implique aucune mesure d'exécution. Dès lors, les conclusions présentées en ce sens par Mme D ne peuvent qu'être rejetées.

Sur les frais liés à l'instance :

9. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que soit mis à la charge de l'Etat, qui n'est pas, dans la présente instance, la partie perdante, le versement d'une somme au titre des frais exposés et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de Mme D est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à Mme C D, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Bertrand Salquain.

Délibéré après l'audience du 3 juillet 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 août 2024.

La rapporteure,

J-K. B

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

S. BARBERA

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

N°2013456

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