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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2013525

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2013525

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2013525
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantCLOAREC

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 30 décembre 2020, Mme C A B, représentée par Me Cloarec, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 25 juin 2020 par laquelle le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour ou, à défaut, de réexaminer sa situation et, dans l'attente, de lui délivrer une autorisation provisoire de séjour, dans le délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Elle soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit dès lors que le préfet s'est cru à tort en situation de compétence liée ;

- elle est entachée d'une erreur de droit au regard des articles 47 du code civil et R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- elle méconnaît l'article L. 313-11, 6° du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 25 février 2022, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête. Il soutient que les moyens soulevés par Mme A B ne sont pas fondés.

Mme A B a été admise au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par une décision du 6 avril 2021.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Martel a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. Mme A B, se disant ressortissante de la République démocratique du Congo et née le 16 septembre 1998, indique être entrée en France le 30 juin 2017. Elle a sollicité un titre de séjour auprès du préfet de la Sarthe en qualité de parent d'un enfant français. Par un arrêté du 25 juin 2020, dont Mme A B demande l'annulation, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer le titre de séjour sollicité.

Sur la légalité de la décision du 25 juin 2020 :

2. Pour refuser de délivrer un titre de séjour à Mme A B, le préfet de la Sarthe s'est fondé sur le motif tiré de ce que l'intéressée ne justifie pas de son état civil, en méconnaissance de l'article R. 311-2-2 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

3. D'une part, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa version applicable au litige : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : / () / 6° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui est père ou mère d'un enfant français mineur résidant en France, à la condition qu'il établisse contribuer effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant dans les conditions prévues par l'article 371-2 du code civil depuis la naissance de celui-ci ou depuis au moins deux ans, sans que la condition prévue à l'article L. 313-2 soit exigée ; / Lorsque la filiation est établie à l'égard d'un parent, en application de l'article 316 du code civil, le demandeur, s'il n'est pas l'auteur de la reconnaissance de paternité ou de maternité, justifie que ce dernier contribue effectivement à l'entretien et à l'éducation de l'enfant, dans les conditions prévues à l'article 371-2 du même code, ou produit une décision de justice relative à la contribution à l'éducation et à l'entretien de l'enfant. Lorsque le lien de filiation est établi mais que la preuve de la contribution n'est pas rapportée ou qu'aucune décision de justice n'est intervenue, le droit au séjour du demandeur s'apprécie au regard du respect de sa vie privée et familiale et au regard de l'intérêt supérieur de l'enfant () "

4. D'autre part, aux termes de l'article R. 311-2-2 du code précité, dans sa version applicable au litige : " L'étranger qui demande la délivrance ou le renouvellement d'un titre de séjour présente les documents justifiant de son état civil et de sa nationalité () ". L'article L. 111-6 du même code dispose : " La vérification de tout acte d'état civil étranger est effectuée dans les conditions définies par l'article 47 du code civil () ". L'article 47 du code civil précise que : " Tout acte de l'état civil des Français et des étrangers fait en pays étranger et rédigé dans les formes usitées dans ce pays fait foi, sauf si d'autres actes ou pièces détenus, des données extérieures ou des éléments tirés de l'acte lui-même établissent, le cas échéant après toutes vérifications utiles, que cet acte est irrégulier, falsifié ou que les faits qui y sont déclarés ne correspondent pas à la réalité ".

5. La force probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger peut être combattue par tout moyen susceptible d'établir que l'acte en cause est irrégulier, falsifié ou inexact. En cas de contestation par l'administration de la valeur probante d'un acte d'état civil établi à l'étranger, il appartient au juge administratif de former sa conviction au vu de l'ensemble des éléments produits par les parties.

6. A l'appui de sa demande de titre de séjour, Mme A B a produit un jugement supplétif tenant lieu d'acte de naissance rendu le 6 septembre 2019 par le tribunal de paix de Kinshasa, ainsi que l'extrait de l'acte de naissance enregistré sous le n° 8349/2019 dressé dans les registres le 14 octobre 2019 par transcription de ce jugement supplétif. Le préfet produit un rapport d'analyse documentaire émanant de la cellule fraude documentaire et identité de la direction interdépartementale de la police aux frontières de Nantes du 9 juin 2020, dont il ressort que l'identité de l'intéressée a déjà été soumise à l'analyse et que les actes précédents portaient des numéros d'état civil différents. Il est en outre relevé que l'intégralité des actes transmis corrigent l'ensemble des non-respects aux références textuelles locales précédemment soulignées. Pour autant, ces circonstances sont insuffisantes à remettre en cause l'authenticité du jugement supplétif valant acte de naissance, lequel a précisément pour objectif de pallier l'absence de déclaration régulière à l'état civil d'une naissance, et l'acte de naissance pris pour sa transposition. Par ailleurs, pour justifier de son identité, Mme A B verse au dossier un passeport dont l'authenticité n'est pas contestée. Dans ces conditions, Mme A B est fondée à soutenir que la décision attaquée est entachée d'une erreur de droit.

7. Il résulte de ce qui précède que, sans qu'il soit besoin de se prononcer sur les autres moyens de la requête, la décision en date du 25 juin 2020 du préfet de la Sarthe portant refus de délivrer un titre de séjour à Mme A B doit être annulée.

Sur les conclusions à fin d'injonction :

8. Eu égard aux motifs énoncés au point 6 et alors qu'il ne résulte pas de l'instruction que Mme A B ne remplirait pas les autres conditions pour bénéficier d'un titre de séjour sur le fondement des dispositions dont elle s'est prévalue dans sa demande, le présent jugement implique nécessairement que la carte de séjour sollicitée par l'intéressée lui soit délivrée. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu d'enjoindre au préfet de la Sarthe d'y procéder dans le délai d'un mois suivant la notification du présent jugement.

Sur les frais liés au litige :

9. Mme A B a obtenu l'aide juridictionnelle totale. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'Etat le versement à Me Cloarec, avocate de la requérante, de la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve qu'elle renonce à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

D E C I D E :

Article 1er : La décision du préfet de la Sarthe en date du 25 juin 2020 est annulée.

Article 2 : Il est enjoint au préfet de la Sarthe de délivrer à Mme A B un titre de séjour en qualité de parent d'un enfant français dans le délai d'un mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 3 : L'Etat versera à Me Cloarec, avocate de Mme A B, la somme de 1 200 euros au titre de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991, sous réserve de sa renonciation à percevoir la somme correspondant à la part contributive.

Article 4 : Le présent jugement sera notifié à Mme C A B, à Me Cloarec et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

La rapporteure,

C. MARTEL

Le président,

C. CANTIÉLa greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

C. DUMONTEIL

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