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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100182

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100182

mardi 30 janvier 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100182
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation3ème Chambre
Avocat requérantLARGY

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire, enregistrés les 6 janvier et 18 mai 2021, M. A C, représenté par Me Largy, demande au tribunal, dans le dernier état de ses écritures :

1°) d'annuler la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours contre la décision en date du 14 mai 2020 du préfet de police de Paris portant ajournement à quatre ans de sa demande de naturalisation ;

2°) d'annuler la décision en date du 14 décembre 2020 du ministre de l'intérieur substituant à la décision préfectorale du 14 mai 2020 une décision d'ajournement à trois ans de sa demande de naturalisation ;

3°) d'annuler la décision que révèle la lettre du ministre de l'intérieur en date du 30 mars 2021 ;

4°) d'enjoindre à l'autorité compétente de faire droit ou, à défaut, de réexaminer sa demande de naturalisation dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

5°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- il n'est pas établi que l'acte contesté ait été signé par une autorité habilitée ;

- la décision d'ajournement de sa demande est entachée d'une erreur de droit et d'une erreur manifeste d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 14 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête. Il fait valoir que les conclusions dirigées contre la lettre d'information du 30 mars 2021 sont irrecevables, dès lors qu'il s'agit d'un courrier informatif, et que les moyens soulevés à l'appui de la requête sont infondés.

Vu les autres pièces du dossier ;

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le décret n° 2005-850 du 27 juillet 2005 ;

- le code de justice administrative ;

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de M. Cantié a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant tunisien né le 9 août 1984, a sollicité l'acquisition de la nationalité française par naturalisation. Par une décision du 14 décembre 2020, le préfet de police de Paris a ajourné sa demande à quatre ans. Saisi du recours préalable obligatoire prescrit par le décret du 30 décembre 1993, le ministre de l'intérieur a implicitement rejeté ce recours puis, par une décision expresse du 14 mai 2020, a substitué à la décision préfectorale une décision portant ajournement à trois ans de la demande de M. C.

Sur l'étendue du litige :

2. D'une part, si le silence gardé par l'administration sur un recours administratif préalable obligatoire fait naître une décision implicite de rejet qui peut être déférée au juge de l'excès de pouvoir, une décision explicite de rejet intervenue postérieurement se substitue à la première décision. Par suite, les conclusions de M. C tendant à l'annulation de la décision implicite née du silence gardé sur son recours préalable contre la décision en date du 14 mai 2020 du préfet de police de Paris doivent être regardées comme dirigées contre la décision du 14 décembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a confirmé l'ajournement de la demande de naturalisation de l'intéressé en ramenant à trois ans la durée de cette mesure.

3. D'autre part, si M. C conteste le courrier daté du 30 mars 2021 que lui a adressé le ministre de l'intérieur, il ressort des termes de ce courrier qui se borne à rappeler à l'intéressé l'existence de la décision expresse du 14 décembre 2020, en sorte qu'il s'agit d'un simple courrier d'information, insusceptible de faire grief au requérant. Dès lors, le ministre est fondé à soutenir que les conclusions dirigées contre ce courrier sont irrecevables.

Sur la légalité de la décision ministérielle :

4. En premier lieu, en vertu de l'article 1er du décret du 27 juillet 2005 relatif aux délégations de signature des membres du Gouvernement, le sous-directeur de l'accès à la nationalité française au sein de la direction de l'accueil, de l'accompagnement des étrangers et de la nationalité relevant de la direction générale des étrangers en France bénéficie d'une délégation pour signer, au nom du ministre chargé des naturalisations, l'ensemble des actes, à l'exception des décrets, relatifs aux affaires des services placés sous son autorité. En l'espèce, par un arrêté du 8 octobre 2020, régulièrement publié au Journal officiel de la République française du 10 octobre 2020, M. D B, sous-préfet hors classe, signataire de la décision en litige, a été nommé dans les fonctions de sous-directeur de l'accès à la nationalité française. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence du signataire de cette décision manque en fait.

5. En second lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Le dernier alinéa de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 dispose : " Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai (). Ce délai une fois expiré (), il appartient à l'intéressé, s'il le juge opportun, de déposer une nouvelle demande ". En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française au ressortissant étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le comportement et l'assimilation du postulant à la communauté française.

6. Pour confirmer l'ajournement de la demande de naturalisation de M. C en ramenant à trois ans sa durée, le ministre s'est fondé sur la circonstance que le comportement du postulant est sujet à caution.

7. Il ressort des pièces du dossier que M. C a été l'auteur de faits de conduite d'un véhicule sans permis le 30 janvier 2015, pour lesquels il a été condamné à une amende de 750 euros par un jugement du tribunal correctionnel de Paris en date du 27 avril 2015. Si le requérant fait valoir qu'il était alors titulaire d'un permis de conduire tunisien et qu'il a depuis obtenu un permis de conduire délivré par les autorités françaises, ces circonstances sont sans incidence sur la réalité et la qualification des faits que le ministre a pris en compte. A la date de la décision attaquée, ces faits n'étaient ni excessivement anciens ni dépourvus de gravité. Par suite, le ministre a pu, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, confirmer l'ajournement de la demande de M. C pour le motif mentionné ci-dessus sans commettre d'erreur manifeste d'appréciation.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision en litige. Par voie de conséquence, ses conclusions aux fins d'injonction sous astreinte et celles présentées au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées. au titre de l'article L.'761-1 du code de justice administrative ne peuvent qu'être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 9 janvier 2024, à laquelle siégeaient :

M. Cantié, président,

Mme Martel, première conseillère,

M. Delohen, conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 30 janvier 2024.

Le président-rapporteur,

C. CANTIÉ L'assesseure la plus ancienne

dans l'ordre du tableau,

C. MARTEL

La greffière,

C. DUMONTEIL

La République mande et ordonne au ministre l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

C. DUMONTEIL

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