mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100267 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | DIALLO |
Vu la procédure suivante :
Par une requête enregistrée le 10 janvier 2021, M. B F A, représenté par Me Mamadou Samba Diallo, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 15 octobre 2020 par laquelle le préfet de Maine-et-Loire a refusé de renouveler sa carte de résident ;
2°) d'enjoindre au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de résident et de le munir dans l'attente d'un récépissé ;
3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Il soutient que :
- la compétence de la signataire de la décision attaquée n'est pas établie ;
- la décision attaquée n'est pas motivée en fait et en droit et méconnait ainsi les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;
- cette décision méconnaît les dispositions de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ; en effet, il est toujours sous la protection de l'Office français de protection des réfugiés et apatrides puisque son statut ne lui a pas été retiré et qu'il n'est ni démontré ni allégué qu'il constitue une menace pour l'ordre public ;
- la décision attaquée méconnaît l'article L. 314-3 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dès lors que l'usage d'une fausse carte d'identité voire d'une double identité ne constitue pas une menace à l'ordre public ; en outre, si les faits qui lui sont reprochés ont été portés à la connaissance du procureur de la République, celui-ci n'a, à ce jour, engagé aucune poursuite ;
- la décision attaquée méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ; le préfet a commis une erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de la décision attaquée sur sa situation personnelle.
La clôture de l'instruction est intervenue trois jours francs avant l'audience en application du premier alinéa de l'article R. 613-2 du code de justice administrative.
Un mémoire en défense, enregistré le 21 mai 2024, a été présenté par le préfet de Maine-et-Loire postérieurement à la clôture de l'instruction et n'a pas été communiqué.
L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 26 janvier 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le décret n° 2004-374 du 29 avril 2004 ;
- le code de justice administrative. ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 et le décret n° 91-1266 du 19 décembre 1991.
Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. D a été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. M. B F A, ressortissant mauritanien né le 7 février 1964, a obtenu la qualité de réfugié le 12 avril 1990 et s'est vu, en conséquence, délivrer une carte de résident. Celle-ci a été renouvelée deux fois. Le 17 juillet 2020, il a sollicité le troisième renouvellement de cette carte mais sa demande a été rejetée le 15 octobre 2020 par le préfet de Maine-et-Loire, lequel a également rejeté, le 15 décembre 2020, le recours gracieux formé par l'intéressé. Par la présente requête, M. A demande au tribunal l'annulation de la décision du 15 octobre 2020.
2. En premier lieu, aux termes de l'article R. 311-10 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Le titre de séjour est délivré par le préfet du département dans lequel l'étranger a sa résidence () ". Selon l'article 43 du décret du 29 avril 2004 visé ci-dessus relatif aux pouvoirs des préfets, à l'organisation et à l'action des services de l'Etat dans les régions et départements : " Le préfet de département peut donner délégation de signature : / () 7° Aux agents en fonction dans les préfectures, pour les matières relevant des attributions du ministre de l'intérieur () ".
3. La décision attaquée du 15 octobre 2020 a été signée, non par le préfet de Maine-et-Loire, mais "pour le préfet" par Mme E C en qualité de directrice de l'immigration et des relations avec les usagers. Cette dernière bénéficiait, par un arrêté du préfet de Maine-et-Loire du 25 juin 2020, d'une délégation à l'effet de signer les arrêtés formalisant l'ensemble des décisions relatives au séjour. Cet arrêté, aisément consultable sur le site internet des services de l'Etat dans le département de Maine-et-Loire, a été publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 1er juillet 2020. Par suite, le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision du 15 octobre 2020 doit être écarté comme manquant en fait.
4. En deuxième lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Eu égard à la finalité de l'obligation de motivation, est sans incidence sur le respect de celle-ci la circonstance que l'énoncé de ces considérations révèlerait un défaut d'examen de la situation du demandeur.
5. La décision attaquée du 15 octobre 2020 est motivée de la manière suivante : " Lors de l'examen de votre demande, il est apparu que vos empreintes avaient aussi été relevées dans le département de la Sarthe et que cette préfecture vous avait remis le 10 octobre 2013 une carte de résident valable du 2l mai 2013 au 20 mai 2023 sous l'identité Ba Aboubacry, né en 1973 à Djeol, de nationalité mauritanienne, suite à l'obtention du statut de réfugié le 21 mai 2003. Aussi, vous avez, sous deux identités différentes, sollicité et obtenu deux titres de séjour différents, ce qui est un délit au sens de l'article 40 du code de procédure pénale. Pour cette raison, j'ai décidé de vous refuser la délivrance de ce nouveau titre de séjour étant donné également que vous êtes en possession d'un autre titre de séjour en cours de validité sous cette autre identité conformément à l'article L. 314-1 du CESEDA. ". La décision comporte ainsi l'énoncé détaillé des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement. Par suite, le moyen tiré de son insuffisante motivation doit être écarté.
6. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 314-1 alors en vigueur du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " La carte de résident est valable dix ans. Sous réserve des dispositions des articles L. 314-5 et L. 314-7, elle est renouvelable de plein droit. " Selon l'article L. 314-3 alors en vigueur du même code : " La carte de résident peut être refusée à tout étranger dont la présence constitue une menace pour l'ordre public. ". L'article L. 314-11 alors en vigueur de ce même code dispose que : " Sauf si la présence de l'étranger constitue une menace pour l'ordre public, la carte de résident est délivrée de plein droit, sous réserve de la régularité du séjour : / () 8° A l'étranger qui a obtenu le statut de réfugié en application du livre VII du présent code () ".
7. M. A, qui ne conteste pas avoir demandé à deux reprises l'asile sous deux identités différentes et obtenu le bénéfice de la protection internationale sous chacune de ces identités, s'être vu délivrer deux cartes de résident par deux préfets de départements différents et avoir obtenu le renouvellement de l'une et l'autre de ces cartes, soutient que son comportement ne représente aucune menace pour l'ordre public, que son statut de réfugié ne lui a pas été retiré et que le préfet de Maine-et-Loire, en refusant de renouveler sa carte de résident alors qu'il s'agit d'un cas de délivrance de plein droit, a méconnu les dispositions de l'article L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile. Toutefois, d'une part, la décision attaquée n'est pas fondée sur le motif tiré de l'existence d'une menace pour l'ordre public que constituerait la présence de l'intéressé en France. Le moyen tiré de l'absence d'une telle menace ne peut, dès lors, être utilement invoqué. D'autre part, il appartient à l'administration, lorsque se révèle une fraude commise en vue d'obtenir l'application de dispositions de droit public, d'y faire échec. En l'espèce, le requérant ayant réussi à se faire délivrer simultanément deux cartes de résident, l'une par le préfet de Maine-et-Loire, l'autre par le préfet la Sarthe, en se déclarant sous deux identités différentes, sans qu'il soit possible de déterminer laquelle de ces deux identités serait authentique, le préfet de Maine-et-Loire était fondé à faire échec à cette fraude en refusant le renouvellement de la plus ancienne des deux cartes, alors même qu'à la date de ce refus, le statut de réfugié n'avait pas été retiré au requérant de sorte que le renouvellement de la carte de résident était en principe de plein droit. Dès lors, le moyen tiré de ce que le préfet de Maine-et-Loire aurait méconnu les articles L. 314-1, L. 314-3 et L. 314-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile doit être écarté.
8. En dernier lieu, M. A soutient que la décision litigieuse méconnaît son droit au respect de sa vie privée et familiale, dès lors notamment que tous les membres de sa famille vivent régulièrement en France, que lui-même y vit depuis 1989 et que cette décision a pour effet de lui faire perdre tous ses droits. Toutefois, à la date de la décision attaquée, le requérant restait titulaire de la carte de résident délivrée par le préfet de la Sarthe, valable jusqu'en mai 2023, et son épouse ainsi que ses enfants, dont certains sont français, résidaient régulièrement en France. Par suite, il n'est pas fondé à soutenir que la décision attaquée aurait porté une atteinte disproportionnée à son droit au respect de sa vie privée et familiale de sorte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales doit être écarté.
9. Il résulte de tout ce qui précède que M. A n'est pas fondé à demander l'annulation de la décision attaquée du 15 octobre 2020 du préfet de Maine-et-Loire. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par M. B F A est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B F A et au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M.Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président-rapporteur,
L. D
L'assesseur le plus ancien,
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026