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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100330

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100330

mardi 7 mars 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100330
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantCABINET D'AVOCATS JOSÉ BORGES & MICHAËL ZAIEM

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés le 12 janvier 2021 et le 23 novembre 2021, M. D A, représenté par Me Borges De Deus Correia, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 12 février 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de naturalisation, décision confirmée par la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable obligatoire ;

2°) d'enjoindre sous astreinte au ministre de l'intérieur de lui notifier une nouvelle décision sous astreinte de 100 euros par jour de retard passé le délai d'un mois après la notification de la décision à intervenir ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat le versement à son conseil d'une somme de 1 200 euros en application de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991.

Il soutient que :

- le signataire de la décision du 12 février 2020 ne justifie pas de sa compétence ;

- la décision est entachée d'un vice de procédure dès lors qu'il n'est pas établi que l'entretien a été mené par un agent habilité ;

- la décision est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision méconnaît l'article 34 de la Convention de Genève du 28 juillet 1951.

Par un mémoire en défense, enregistré le 17 septembre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- les conclusions dirigées contre la décision préfectorale, à laquelle s'est substituée sa décision implicite, sont irrecevables ;

- les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par une décision du 19 novembre 2020, modifiée par une décision du 31 mars 2021, M. A a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention de Genève relative au statut des réfugiés du 28 juillet 1951 ;

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme C a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. A, ressortissant de la République démocratique du Congo, demande au tribunal d'annuler la décision du 12 février 2020 par laquelle le préfet de l'Isère a rejeté sa demande de naturalisation, décision confirmée par la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur a rejeté son recours préalable obligatoire.

2. En premier lieu, en application des dispositions de l'article 45 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française, les décisions par lesquelles le ministre de l'intérieur statue sur les recours préalables obligatoires se substituent à celles des autorités préfectorales qui lui sont déférées. Ainsi, la décision implicite par laquelle le ministre de l'intérieur, saisi d'un recours hiérarchique contre la décision du préfet de l'Isère du 12 février 2020, a substitué à la décision préfectorale d'ajournement une décision de rejet de la demande de naturalisation. Il en résulte que les conclusions à fin d'annulation de la décision préfectorale doivent être rejetées comme irrecevables et les moyens dirigés contre cette décision doivent être écartés comme inopérants.

3. En deuxième lieu, il ressort de l'arrêté du 8 décembre 2017 par lequel le préfet de l'Isère a nominativement désigné les agents habilités à diriger l'entretien d'assimilation prévu à l'article 41 du décret du 30 décembre 1993 que l'agente ayant mené l'entretien de M. A avait bien été nominativement désignée.

4. En troisième lieu, aux termes de l'article 21-15 du code civil : " () l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". En application de l'article 27 de ce même code, l'administration a le pouvoir de rejeter ou d'ajourner une demande de naturalisation. Aux termes de l'article 48 du décret du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " () Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation ou la réintégration sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions. () ". En application de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la naturalisation ou la réintégration dans la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte le degré d'assimilation à la société française du postulant.

5. Il ressort des écritures en défense du ministre de l'intérieur que celui-ci, pour rejeter le recours formé par M. A et confirmer le rejet de sa demande de naturalisation, s'est fondé sur le même motif que celui fondant la décision préfectorale du 12 février 2020, à savoir le motif tiré du caractère insuffisant de sa connaissance des valeurs et des institutions de la République française.

6. Il ressort des pièces du dossier, et notamment du compte-rendu de l'entretien d'assimilation du 28 janvier 2020, que le requérant n'a pas été en mesure de répondre à plusieurs questions simples portant sur l'histoire, la culture et les institutions de la République française. Si le requérant fait valoir qu'il a répondu à de nombreuses questions posées lors de cet entretien, sa méconnaissance de repères historiques importants tels que Charles de Gaulle ou le 8 mai 1945 ou de processus institutionnels majeurs tels que le vote de la loi ne permettent pas d'établir que le ministre de l'intérieur, eu égard au large pouvoir d'appréciation dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, aurait, en estimant insuffisante son assimilation à la société française entaché sa décision d'une erreur manifeste d'appréciation, nonobstant le niveau d'études ou la catégorie socio-professionnelle du requérant, que celui ne précise d'ailleurs pas.

7. En dernier lieu, si M. A fait valoir qu'il est bénéficiaire de la protection subsidiaire en raison des mauvais traitements subis dans son pays d'origine et invoque l'article 34 de la convention de Genève relative au statut des réfugiés, cet article ne crée pas pour l'Etat français l'obligation d'accorder la nationalité française aux personnes bénéficiant du statut de réfugié ou de la protection subsidiaire qui la demandent. Par suite, M. A ne peut utilement soutenir que la décision attaquée méconnaît ces stipulations.

8. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. A doit être rejetée, en toutes ses conclusions.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. A est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. D A, à Me Borges De Deus Correia et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 14 février 2023, à laquelle siégeaient :

M. B de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mars 2023.

La rapporteure,

C. C

Le président,

A. B DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

le greffier,

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