mercredi 29 novembre 2023
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100347 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 2ème Chambre |
| Avocat requérant | RODRIGUES DEVESAS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 12 janvier 2021, M. A E C, représenté par Me'Stéphanie Rodrigues Devesas, doit être regardé comme demandant au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 7 juin 2019 par laquelle la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration (OFII) a décidé de lui retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile ;
2°) d'enjoindre à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au calcul de l'allocation pour demandeur d'asile depuis la suspension de ses conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ou, à titre subsidiaire, de réexaminer ses droits aux conditions matérielles d'accueil dans un délai d'un mois à compter de la notification de la décision, et condamner l'OFII à lui verser le montant correspondant dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement ;
3°) de mettre à la charge de l'État la somme de 1 800 euros qui devra être versée à son conseil en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative et de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.
M. C soutient que la décision attaquée :
- est entachée d'un vice d'incompétence ;
- n'est pas suffisamment motivée ;
- est entachée d'un vice de procédure dès lors que :
° il n'a pas bénéficié de l'entretien aux fins d'évaluation de sa vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
° l'information prévue par l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile n'a pas été faite ;
- est entachée d'une erreur de droit, dès lors que les dispositions applicables à sa situation étaient celles antérieures au 1er janvier 2019, période à laquelle l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ne prévoyait pas la possibilité de refuser ou retirer les conditions matérielles d'accueil de plein droit ;
- est entachée d'une erreur manifeste d'appréciation dès lors qu'il a toujours respecté ses obligations de présentation.
Par des mémoires en défense, enregistrés le 14 septembre 2023 et le 19 septembre 2023, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.
Elle fait valoir qu'aucun des moyens soulevés par M. C n'est fondé et sollicite, en cas de besoin, la substitution de base légale et de motifs de la décision litigieuse qui devra être regardée, le cas échéant, comme étant une décision de refus de rétablissement des conditions matérielles d'accueil prise sur le fondement de la décision du Conseil d'État du 14 avril 2019, n° 428358.
Par décision du 5 février 2021, le bureau d'aide juridictionnelle près le tribunal judiciaire de Nantes a admis M. C au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale.
Par une ordonnance du 4 septembre 2023, la clôture de l'instruction a été prononcée le 19 septembre 2023.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 ;
- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;
- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 ;
- le code de justice administrative.
La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Le rapport de M. Jégard a été entendu au cours de l'audience publique du 8 novembre 2023.
Considérant ce qui suit :
1. M. A E C, ressortissant égyptien né en 1990, a sollicité l'asile le 24 septembre 2018. Il ressort des pièces du dossier que les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile lui ont été accordées à partir de cette date. Le 7 juin 2019, la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration de l'intégration a pris une décision, sans toutefois la qualifier, indiquant qu'il s'agit d'une décision de " refus/retrait de plein droit des conditions matérielles d'accueil ". Après avoir exercé un recours administratif le 24 juillet 2019, implicitement rejeté, M. C sollicite l'annulation de cette décision du 7 juin 2019.
Sur la qualification de la décision :
2. La décision attaquée indique dans son dispositif : " le bénéfice des conditions matérielles d'accueil () est retiré/refusé à partir de ce jour ". Dès lors que cette décision n'est pas rétroactive, il ne peut s'agir d'un retrait. Par ailleurs, M. C a bénéficié des conditions matérielles d'accueil jusqu'à la date de la décision, il ne s'agit donc pas plus d'un refus. Par suite, la décision attaquée ne peut être qu'une décision de suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
3. La directive du Parlement européen et du Conseil du 26 juin 2013 établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale vise à harmoniser les conditions matérielles d'accueil des demandeurs d'asile en leur garantissant un niveau de vie digne et des conditions de vie comparables dans l'ensemble des États membres de l'Union européenne. Aux termes, toutefois, de l'article 20 de cette directive : " 1. Les États membres peuvent limiter ou, dans des cas exceptionnels et dûment justifiés, retirer le bénéfice des conditions matérielles d'accueil lorsqu'un demandeur : a) abandonne le lieu de résidence fixé par l'autorité compétente sans en avoir informé ladite autorité ou, si une autorisation est nécessaire à cet effet, sans l'avoir obtenue ; ou b) ne respecte pas l'obligation de se présenter aux autorités, ne répond pas aux demandes d'information ou ne se rend pas aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile dans un délai raisonnable fixé par le droit national () En ce qui concerne les cas visés aux points a) et b), lorsque le demandeur est retrouvé ou se présente volontairement aux autorités compétentes, une décision dûment motivée, fondée sur les raisons de sa disparition, est prise quant au rétablissement du bénéfice de certaines ou de l'ensemble des conditions matérielles d'accueil retirées ou réduites. () 5. Les décisions portant limitation ou retrait du bénéfice des conditions matérielles d'accueil ou les sanctions visées aux paragraphes 1, 2, 3 et 4 du présent article sont prises au cas par cas, objectivement et impartialement et sont motivées. Elles sont fondées sur la situation particulière de la personne concernée, en particulier dans le cas des personnes visées à l'article 21, compte tenu du principe de proportionnalité. Les États membres assurent en toutes circonstances l'accès aux soins médicaux conformément à l'article 19 et garantissent un niveau de vie digne à tous les demandeurs () ".
4. D'une part, aux termes de l'article L. 741-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile dans sa version antérieure au 1er janvier 2019 : " Tout étranger présent sur le territoire français et souhaitant demander l'asile se présente en personne à l'autorité administrative compétente, qui enregistre sa demande et procède à la détermination de l'Etat responsable () / Lorsque l'enregistrement de sa demande d'asile a été effectué, l'étranger se voit remettre une attestation de demande d'asile () ". Aux termes de l'article L. 744-1 du même code : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile (). Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre. / ()'".
5. D'autre part, aux termes de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile dans sa version en vigueur à la date de la demande d'asile du requérant': " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil, définies à l'article L. 348-1 du code de l'action sociale et des familles et à l'article L. 744-1 du présent code, est subordonné à l'acceptation par le demandeur d'asile de l'hébergement proposé, déterminé en tenant compte de ses besoins, de sa situation au regard de l'évaluation prévue à l'article L. 744-6 et des capacités d'hébergement disponibles. / Le demandeur est préalablement informé, dans une langue qu'il comprend ou dont il est raisonnable de penser qu'il la comprend, des conséquences de l'acceptation ou du refus de l'hébergement proposé. () ". L'article L.744-8 du même code énonce quant à lui : " Le bénéfice des conditions matérielles d'accueil peut être : / 1° Suspendu si, sans motif légitime, le demandeur d'asile a abandonné son lieu d'hébergement déterminé en application de l'article L. 744-7, n'a pas respecté l'obligation de se présenter aux autorités, n'a pas répondu aux demandes d'informations ou ne s'est pas rendu aux entretiens personnels concernant la procédure d'asile ; / 2° Retiré si le demandeur d'asile a dissimulé ses ressources financières ou a fourni des informations mensongères relatives à sa situation familiale ou en cas de comportement violent ou de manquement grave au règlement du lieu d'hébergement ; / () ".
6. En premier lieu, par une décision du 1er janvier 2016, publiée au Bulletin officiel du ministère de l'intérieur n° 2016-2 du 15 février 2016, le directeur général de l'Office français de l'immigration et de l'intégration a donné à Mme B D, directrice territoriale, délégation de signer toutes les décisions se rapportant aux mission de l'OFII dans la région Pays de la Loire. Il en résulte que le moyen tiré de l'incompétence de la signataire de la décision attaquée doit être écarté.
7. En deuxième lieu, la décision attaquée vise notamment l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et mentionne que M. C n'a pas respecté les exigences des autorités chargées de l'asile en ne se présentant pas devant elles. La décision attaquée indiquant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de sa motivation doit être écarté comme manquant en fait.
8. En troisième lieu, aux termes de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dans sa rédaction applicable au présent litige : " A la suite de la présentation d'une demande d'asile, l'Office français de l'immigration et de l'intégration est chargé de procéder, dans un délai raisonnable et après un entretien personnel avec le demandeur d'asile, à une évaluation de la vulnérabilité de ce dernier afin de déterminer, le cas échéant, ses besoins particuliers en matière d'accueil. () Dans la mise en œuvre des droits des demandeurs d'asile et pendant toute la période d'instruction de leur demande, il est tenu compte de la situation spécifique des personnes vulnérables. / L'évaluation de la vulnérabilité vise, en particulier, à identifier les mineurs, les mineurs non accompagnés, les personnes en situation de handicap, les personnes âgées, les femmes enceintes, les parents isolés accompagnés d'enfants mineurs, les victimes de la traite des êtres humains, les personnes atteintes de maladies graves, les personnes souffrant de troubles mentaux et les personnes qui ont subi des tortures, des viols ou d'autres formes graves de violence psychologique, physique ou sexuelle, telles que des mutilations sexuelles féminines. / L'évaluation de la vulnérabilité du demandeur est effectuée par des agents de l'Office français de l'immigration et de l'intégration ayant reçu une formation spécifique à cette fin () ".
9. Il ressort des pièces du dossier que M. C a bénéficié d'un entretien afin d'évaluer sa vulnérabilité lors de sa demande des conditions matérielles d'accueil, et que cette évaluation n'a pas mis en évidence d'éléments particuliers de vulnérabilité. Partant, le moyen tiré du vice de procédure en méconnaissance des dispositions de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile doit être écarté.
10. En quatrième lieu, il ressort de l'offre de prise en charge au titre du dispositif national d'accueil que M. C a signé le 24 septembre 2018 que ce dernier a bien été informé dans une langue qu'il comprend des conditions et modalités de suspension, de retrait et de refus des conditions matérielles d'accueil. Par conséquent, le moyen tiré de la méconnaissance du droit d'information prévue par les dispositions de l'article L. 744-7 du code de l'entrée et du séjour des étrangers du droit d'asile, citées au point 5, doit être écarté.
11. En cinquième lieu, la directrice territoriale de l'OFII demande que soit substituée la base légale de sa décision pour appliquer les dispositions du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile dans leur version en vigueur antérieure au 1er janvier 2019. Dès lors que la demande d'asile de M. C a été présentée avant cette date, il y a lieu de faire droit à cette demande de substitution de base légale.
12. Il résulte des dispositions citées aux points 4 et 5 que l'administration pouvait suspendre de plein droit les conditions matérielles d'accueil pour le motif cité au point 7. Par suite le moyen tiré de l'erreur de droit doit être écarté.
13. En sixième et dernier lieu, il ressort des pièces du dossier que M. C a été déclaré en fuite le 3 mai 2019. Le moyen tiré de l'erreur manifeste d'appréciation au motif qu'il aurait toujours respecté ses obligations de présentation doit donc être écarté.
14. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée en toutes ses conclusions.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. C est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A E C, à Me Stéphanie Rodrigues Devesas et à la directrice territoriale de l'Office français de l'immigration de l'intégration.
Délibéré après l'audience du 8 novembre 2023, à laquelle siégeaient :
Mme Rimeu, présidente,
M. Jégard, premier conseiller,
Mme El Mouats St Dizier, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 29 novembre 2023.
Le rapporteur,
X. JÉGARDLa présidente,
S. RIMEU
La greffière,
A. GOUDOU
La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026