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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100565

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100565

mercredi 12 octobre 2022

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100565
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantPHILIPPON

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

I°) Par une requête enregistrée sous le n°2000839 le 22 janvier 2020, M. D

Badi C, représenté par Me E, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement décidé de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de novembre 2019 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser les allocations pour demandeur d'asile non versées en raison de l'exécution de la décision attaquée, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à Me E une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée n'a pas été procédée d'une évaluation de son degré de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article L.

744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2022, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'il a procédé au rétablissement de M. C dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

27 janvier 2020.

II°) Par une requête enregistrée sous le n° 2100565 le 15 janvier 2021, M. A C, représenté par Me E, demande au tribunal :

1°) d'annuler la décision du 16 décembre 2020 par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a implicitement décidé de lui suspendre le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter d'octobre 2020 ;

2°) d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de lui accorder le bénéfice des conditions matérielles d'accueil et de lui verser les allocations pour demandeur d'asile non versées en raison de l'exécution de la décision attaquée, dans un délai de quarante-huit heures à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte de 100 euros par jour de retard ;

3°) de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à Me E une somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

- le signataire de la décision attaquée était incompétent pour ce faire ;

- la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, dès lors qu'elle n'a pas été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée n'a pas été procédée d'une évaluation de son degré de vulnérabilité, en méconnaissance de l'article L. 744-6 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur de fait ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision est entachée d'erreur de droit au regard des dispositions de l'article

L. 744-8 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 10 janvier 2022, l'Office français de l'immigration de l'intégration conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que :

- la requête est irrecevable, dès lors qu'il a procédé au rétablissement de M. C dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil ;

- aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale par décision du

26 janvier 2021.

Vu les pièces des dossiers.

Vu :

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant syrien né le 1er janvier 1975, est entré en France le 1er octobre 2017 après s'être vu accorder le bénéfice de la protection subsidiaire en Grèce et être passé par les Pays-Bas. Sa demande d'asile a été enregistrée au guichet unique des demandeurs d'asile de la préfecture de Maine-et-Loire le 26 décembre 2017. Entre octobre 2018 et mai 2019, M. C n'a pas eu de renouvellement de son attestation de demandeur d'asile et n'a pas bénéficié, pendant cette période, de l'allocation pour demandeur d'asile (ADA). Par courriel du 24 mai 2019, il a sollicité, par l'intermédiaire d'une assistance sociale de l'hébergement d'urgence des demandeurs d'asile où il était pris en charge, la réouverture du versement de l'ADA et a de nouveau perçu celle-ci à compter de juillet 2019. Par décision du 8 janvier 2020, l'OFII a décidé de rétablir rétroactivement M. C dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter de leur interruption. Par une décision révélée par un courriel du 16 décembre 2020, l'OFII a de nouveau suspendu M. C dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil à compter d'octobre 2020. Par une première requête enregistrée sous le n° 2000839, M. C demande au tribunal d'annuler la décision, révélée par un courriel du 20 décembre 2019, par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a lui a suspendu le versement de l'ADA à compter du mois de novembre 2019. Par une seconde requête enregistrée sous le n° 2100565,

M. C demande au tribunal d'annuler la décision révélée par le courriel du 16 décembre 2020.

Sur la jonction :

2. Les requêtes n°s 2000839 et 2100565, présentées par M. C, sont relatives chacune à la suspension du bénéfice des conditions matérielles d'accueil dont il bénéficiait en qualité de demandeur d'asile et présentent à juger des questions connexes. Par suite, il y a lieu de les joindre pour y statuer par un même jugement.

Sur le non-lieu à statuer partiel :

3. Dans sa requête enregistrée sous le n° 2000839, M. C indique lui-même qu'il s'est vu rétablir rétroactivement dans le bénéfice des conditions matérielles d'accueil. Par suite, les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de cette requête sont devenues sans objet ainsi que l'indique l'OFII dans son mémoire en défense. Il n'y a plus lieu d'y statuer.

Sur la fin de non-recevoir opposée en défense :

4. Si l'OFII fait valoir que la requête n° 2100565 est irrecevable car dépourvue d'objet, dès lors qu'il a procédé au rétablissement du bénéfice de l'ADA à compter d'octobre 2019, cette circonstance est sans rapport avec la naissance de la décision implicite de l'OFII révélée par le courriel du 16 décembre 2020 et procédant de nouveau à la suspension du versement de l'ADA à M. C. Dans ces conditions, l'OFII n'est pas fondée à soutenir que les conclusions de la requête de M. C enregistrée sous le n° 2100565 seraient dépourvues d'objet. Par suite, il y a lieu d'écarter la fin de non-recevoir ainsi opposée.

Sur les conclusions à fin d'annulation :

5. Aux termes de l'article L. 744-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Les conditions matérielles d'accueil du demandeur d'asile, au sens de la directive 2013/33/UE du Parlement européen et du Conseil, du 26 juin 2013, établissant des normes pour l'accueil des personnes demandant la protection internationale, sont proposées à chaque demandeur d'asile par l'Office français de l'immigration et de l'intégration après l'enregistrement de la demande d'asile par l'autorité administrative compétente, en application du présent chapitre. Les conditions matérielles d'accueil comprennent les prestations et l'allocation prévues au présent chapitre () ". Aux termes de l'article L. 744-9 du même code : " Le demandeur d'asile qui a accepté les conditions matérielles d'accueil proposées en application de l'article L. 744-1 bénéficie d'une allocation pour demandeur d'asile s'il satisfait à des conditions d'âge et de ressources. L'Office français de l'immigration et de l'intégration ordonne son versement dans l'attente de la décision définitive lui accordant ou lui refusant une protection au titre de l'asile ou jusqu'à son transfert effectif vers un autre Etat responsable de l'examen de sa demande d'asile. () ". Aux termes de l'article D. 744-38 du même code, dans ses dispositions alors en vigueur : " La décision de suspension, de retrait ou de refus de l'allocation est écrite, motivée et prise après que l'allocataire a été mis en mesure de présenter à l'Office français de l'immigration et de l'intégration ses observations écrites dans le délai de quinze jours. Elle prend en compte la vulnérabilité du demandeur () ".

6. Il ne ressort pas des pièces du dossier que la décision attaquée aurait été précédée de la procédure contradictoire prévue à l'article D. 744-38 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et que le requérant aurait été mis à même de produire ses observations. Dans ces conditions, M. C est fondé à soutenir que la décision attaquée est entachée d'un vice de procédure, lequel a privé a privé le requérant d'une garantie.

7. En l'état de l'instruction, aucun des autres moyens invoqués par M. C n'est de nature à fonder l'annulation de la décision attaquée.

8. Il résulte de ce qui précède que M. C est fondé à demander l'annulation de la décision révélée par le courriel du 16 décembre 2020, par laquelle l'OFII a de nouveau suspendu le versement de l'ADA dont il bénéficiait à compter d'octobre 2020.

Sur les conclusions à fin d'injonction et d'astreinte :

9. Eu égard à ses motifs, le présent jugement implique seulement qu'il soit procédé à un nouvel examen de la situation de M. C. Par suite, il y a lieu d'enjoindre à l'Office français de l'immigration et de l'intégration d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.

Sur les conclusions présentées sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative :

10. Par une décision du 26 janvier 2021, M. C a été admis au bénéfice de l'aide juridictionnelle totale. Par suite son avocat peut se prévoir des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du 10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative. Dans les circonstances de l'espèce, il y a lieu de condamner l'Office français de l'immigration et de l'intégration à verser à Me E une somme de 1 000 (mille) euros, sous réserve que cet avocat renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

D E C I D E :

Article 1er : Il n'y a pas lieu de statuer sur les conclusions à fin d'annulation et d'injonction sous astreinte de la requête enregistrée sous le n° 2000839.

Article 2 : La décision implicite par laquelle l'Office français de l'immigration et de l'intégration a suspendu le versement de l'allocation de demandeur d'asile à M. C à compter d'octobre 2020 est annulée.

Article 3 : Il est enjoint à l'Office français de l'immigration et de l'intégration de procéder au réexamen de la situation de M. C dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.

Article 4 : L'Office français de l'immigration et de l'intégration versera à Me E une somme de 1 000 (mille) euros sur le fondement des dispositions combinées de l'article 37 de la loi du

10 juillet 1991 et de l'article L. 761-1 du code de justice administrative, sous réserve que M. E renonce à percevoir la part contributive de l'Etat au titre de l'aide juridictionnelle.

Article 5 : Le surplus des conclusions de la requête n° 210565 est rejeté.

Article 6 : Le présent jugement sera notifié à M. C, Me E et à l'Office français de l'immigration de l'intégration.

Délibéré après l'audience du 21 septembre 2022, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, présidente,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 12 octobre 2022.

Le rapporteur,

P-E. B

La présidente,

C. LOIRAT

La greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au ministre de l'intérieur et des Outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière

N°s 2000839, 2100565

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