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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100686

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100686

mercredi 10 avril 2024

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100686
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation5ème Chambre
Avocat requérantKADDOURI

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 19 janvier 2021, M. B A, représenté par Me Hamid Kaddouri, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 17 septembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a rejeté sa demande de titre de séjour, lui a fait obligation de quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays renvoi en cas d'exécution d'office de cette mesure d'éloignement et lui a interdit le retour sur le territoire français pour une durée de 24 mois ;

2°) d'annuler l'arrêté du 18 septembre 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire l'a assigné à résidence pour une durée de quarante-cinq jours ;

3°) d'enjoindre à cette autorité de lui délivrer un titre de séjour ou, subsidiairement, de prendre une nouvelle décision à la suite d'un nouvel examen de sa situation, dans le délai de deux mois à compter de la notification du jugement à intervenir, sous astreinte d'un montant de 200 euros par jour de retard, et de lui délivrer une autorisation de séjour et de travail en attendant qu'il soit à nouveau statué sur sa demande ;

4°) de mettre à la charge de l'État le versement à son avocat de la somme de 1 800 euros sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

Il soutient que :

- le refus de séjour, l'obligation de quitter le territoire français, la décision le privant d'un délai de départ volontaire, la décision fixant le pays de renvoi et l'interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois ne sont pas suffisamment motivées en fait de sorte qu'elles méconnaissent les articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration ;

- chacune de ces décisions ainsi que l'assignation à résidence ont été opposées en méconnaissance de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le refus de séjour a été adopté à l'issue d'une procédure irrégulière au regard de l'article R. 313-22 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile et de l'article 6 de l'arrêté du 27 décembre 2016 ;

- le refus de séjour méconnaît le 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- l'obligation de quitter le territoire français méconnaît le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- cette mesure ainsi que l'interdiction de retour pendant une durée de vingt-quatre mois et l'assignation à résidence sont entachées d'erreur manifeste d'appréciation de ses conséquences sur sa situation ;

- le refus de lui accorder un délai de départ volontaire est entaché d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- la décision fixant le pays de renvoi est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire ;

- l'interdiction de retour est entachée d'illégalité en raison de l'illégalité de l'obligation de quitter le territoire.

Par un mémoire en défense, enregistré le 26 janvier 2021, le préfet de Maine-et-Loire demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par M. A.

Il soutient que les moyens soulevés ne sont pas fondés.

Par un jugement du 2 février 2021, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a statué sur les conclusions de la requête visée ci-dessus tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français sans délai, de la décision fixant le pays de renvoi, de l'interdiction de retour sur le territoire français pour une durée de vingt-quatre mois et de l'assignation à résidence pendant quarante-cinq jours.

L'aide juridictionnelle totale a été accordée à M. A par une décision du 20 janvier 2021 de la section du bureau d'aide juridictionnelle du tribunal judiciaire de Nantes en charge de l'examen des demandes relatives aux affaires portées devant le tribunal administratif.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code des relations entre le public et l'administration ;

- le code de justice administrative ;

- la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.

Le rapport de M. C a été entendu au cours de l'audience publique qui s'est tenue le 27 mars 2024 à partir de 9h45.

Considérant ce qui suit :

1. M. A est un ressortissant guinéen qui est né le 6 mars 2000. Il est entré en France au cours du mois d'avril de l'année 2016. Il a été pris en charge par le service de l'aide sociale à l'enfance du département de Maine-et-Loire à compter du 20 juin 2016. Cette prise en charge est intervenue jusqu'à sa majorité. Le 23 mai 2018, M. A a demandé au préfet de Maine-et-Loire de lui délivrer une carte de séjour temporaire sur le fondement de l'article L. 313-15 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur. Par un arrêté du 27 mai 2019, l'autorité préfectorale a rejeté cette demande et l'a obligé à quitter le territoire français. Cette autorité a pris deux nouveaux arrêtés à l'encontre de M. A. L'article 1er du premier arrêté, intervenu le 17 septembre 2020, dispose que "la demande de titre de séjour de M. B A est rejetée" tandis que son article 2 indique qu'"aucun délai n'est accordé à M. B A pour quitter le territoire national". Les articles 3 et 4 de ce même arrêté formalisent, respectivement, la décision fixant le pays de renvoi de l'intéressé en cas d'exécution d'office de la mesure d'éloignement ainsi qu'une interdiction de retour sur le territoire français pendant une durée de vingt-quatre mois. Par un second arrêté, pris le 18 septembre 2020, le préfet de Maine-et-Loire a assigné à résidence M. A dans le département de Maine-et-Loire pendant une durée de quarante-cinq jours. Par sa requête, M. A demande l'annulation de l'ensemble des décisions opposées par le préfet de Maine-et-Loire les 17 et 18 septembre 2020.

2. Compte tenu de l'édiction de l'assignation à résidence à l'encontre de M. A, le magistrat désigné par le président du tribunal administratif de Nantes a, en application de l'article L. 512-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur, statué sur les conclusions tendant à l'annulation de l'obligation de quitter le territoire français, de la décision fixant le pays de destination, de l'interdiction de retour sur le territoire français pendant vingt-quatre mois et de l'assignation à résidence pendant quarante-cinq jours. Il a rejeté ces conclusions par un jugement du 2 février 2021. Il appartient à la formation collégiale du tribunal de statuer, d'une part, sur les conclusions du requérant tendant à l'annulation de la décision relative au séjour prise par le préfet de Maine-et-Loire dans son premier arrêté pris à l'encontre de M. A le 17 septembre 2020, d'autre part, sur ses conclusions à fin d'injonction.

Sur les conclusions à fin d'annulation de la décision relative au séjour :

3. Il ressort des pièces du dossier que l'arrêté pris le 17 septembre 2020 à l'encontre de M. A a fait suite à une demande de l'intéressé du 7 janvier 2020 tendant à bénéficier d'une protection contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée à son encontre le 27 mai 2019, sur le fondement des dispositions du 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile alors en vigueur en vertu desquelles ne peuvent faire l'objet d'une telle mesure d'éloignement l'étranger résidant habituellement en France si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé du pays de renvoi, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Si ce même arrêté du 17 septembre 2020 rejette la demande de titre de séjour présentée par M. A, l'intéressé ne fournit aucune pièce permettant de déterminer sur quel fondement il a entendu présenter une telle demande.

4. En premier lieu, en vertu des dispositions combinées des articles L. 211-2 et L. 211-5 du code des relations entre le public et l'administration, une décision refusant la délivrance d'un titre de séjour doit être motivée, c'est à dire qu'elle doit comporter l'énoncé, non pas de l'ensemble des éléments soumis à l'examen de l'autorité ayant pris cette décision, mais uniquement des considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement.

5. M. A soutient que si la motivation de la décision en litige "contient des éléments de droit, en revanche, les éléments de fait en sont absents". L'arrêté du 17 septembre 2020 formalisant cette décision rappelle les éléments de la situation de l'intéressé évoquée au point 1, précise qu'il a présenté une demande de protection contre l'obligation de quitter le territoire français prononcée le 27 mai 2019 à son encontre en invoquant le 10° de l'article L. 511-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, énonce le motif pour lequel il ne peut être donné une suite favorable à cette demande et ajoute que l'intéressé ne justifie pas de considération humanitaire particulière, avant de présenter des éléments factuels concernant la situation personnelle de l'intéressé. Dans ces conditions, le moyen tiré de ce qu'aucun élément de fait ne serait mentionné dans l'arrêté du 17 septembre 2020 pour justifier des raisons pour lesquelles le préfet de Maine-et-Loire a refusé de délivrer un titre de séjour à M. A doit être écarté.

6. En deuxième lieu, la décision refusant la délivrance d'un titre de séjour à M. A n'est pas fondée sur les dispositions du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile en vertu desquelles la carte de séjour temporaire portant la mention "vie privée et familiale" est délivrée de plein droit à l'étranger si son état de santé nécessite une prise en charge médicale dont le défaut pourrait avoir pour lui des conséquences d'une exceptionnelle gravité et si, eu égard à l'offre de soins et aux caractéristiques du système de santé dans le pays dont il est originaire, il ne pourrait pas y bénéficier effectivement d'un traitement approprié. Dans ces conditions, ne peuvent être utilement invoqués les moyens tirés de la méconnaissance, d'une part, des dispositions encadrant la consultation du collège de médecins de l'Office français de l'immigration et de l'intégration qui doit intervenir dans le cadre de l'instruction d'une demande tendant à la délivrance de cette carte de séjour temporaire, d'autre part, de celles évoquées ci-dessus du 11° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.

7. En dernier lieu, un refus de séjour ne peut être légalement opposé s'il porte une atteinte disproportionnée au droit au respect de la vie privée et familiale d'un ressortissant étranger et s'il méconnait ainsi l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

8. M. A soutient qu'il vit en France depuis le mois d'avril 2016, soit depuis plus de quatre ans, que le centre de ses attaches privées et familiales se situe désormais dans ce pays, qu'il y a été pris en charge par les services de l'aide sociale à l'enfance et scolarisé en bénéficiant du dispositif d'éducation spécialisée et d'apprentissage, qu'il maîtrise parfaitement la langue française, qu'il ne vit pas en état de polygamie et qu'il est inconnu des services de police et de gendarmerie. Il ajoute que ses problèmes de santé, d'ordre psychiatrique, l'ont toutefois empêché de poursuivre sa scolarité, qu'il n'est pas autonome dans la gestion de ses démarches administratives et scolaires, qu'il est soucieux de subvenir à ses besoins et qu'il cherche à trouver un emploi adapté à sa situation.

9. Toutefois, M. A a fait l'objet d'une obligation de quitter le territoire français le 27 mai 2019 qu'il n'a pas exécutée. Il est célibataire et sans enfant. Il ne justifie pas de la moindre attache familiale en France et n'allègue même pas être dépourvu de liens familiaux dans son pays d'origine, où il a vécu jusqu'à l'âge de seize ans. Dans ces conditions, quand bien même il fait état des conséquences de ses troubles psychiatriques rendant en particulier difficile son insertion professionnelle alors que, bénéficiant du statut de travailleur handicapé, la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées a prononcé son orientation professionnelle en milieu ordinaire pour la période du 9 octobre 2018 au 8 octobre 2020, le refus de séjour en litige ne peut être regardé comme portant au droit au respect de la vie privée et familiale de l'intéressé une atteinte disproportionnée et comme méconnaissant, par suite, l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

10. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation de la décision relative au séjour de M. A prise par le préfet de Maine-et-Loire le 17 septembre 2020 doivent être rejetées. Par voie de conséquence, doivent être également rejetées ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 relative à l'aide juridique.

D É C I D E :

Article 1er : Les conclusions tendant à l'annulation de la décision relative au séjour de M. A prise par le préfet de Maine-et-Loire le 17 septembre 2020, ainsi que ses conclusions à fin d'injonction et celles qu'il présente sur le fondement des articles L. 761-1 du code de justice administrative et 37 de la loi n° 91-647 du 10 juillet 1991 sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B A, au préfet de Maine-et-Loire et à Me Hamid Kaddouri.

Délibéré après l'audience du 27 mars 2024, à laquelle siégeaient :

M. Luc Martin, président,

M. David Labouysse, premier conseiller,

Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 10 avril 2024.

Le rapporteur,

D. C

Le président,

L. MARTIN

La greffière,

V. MALINGRE

La République mande et ordonne au préfet de Maine-et-Loire en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

V. MALINGRE

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