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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100720

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100720

mardi 4 avril 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100720
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation1ère Chambre
Avocat requérantLE BORGNE

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête et un mémoire enregistrés les 20 janvier 2021 et 9 octobre 2021, M. H C et Mme E F, représentés par Me Le Borgne, demandent au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par M. et Mme G portant sur l'extension et la surélévation d'une maison d'habitation située au 17 rue Edison à Nantes ;

2°) de mettre à la charge de la commune de Nantes une somme de 2 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils soutiennent que :

- l'arrêté attaqué méconnaît les articles R. 431-36, R. 431-10 et R. 431-14 du code de l'urbanisme dès lors que, compte tenu de la situation du projet dans les abords d'un monument historique, le dossier de permis de construire devait comprendre un document graphique permettant d'apprécier l'insertion du projet dans son environnement ainsi qu'une notice faisant apparaître les matériaux utilisés et les modalités d'exécution des travaux ; la rampe n'apparaît pas sur les plans ;

- l'arrêté méconnaît les articles R. 421-17 f) et R. 431-2 du code de l'urbanisme dès lors que les travaux relèvent d'un permis de construire et non d'une simple déclaration préalable, compte tenu de la surface de plancher créée et de la surface de plancher totale après travaux ;

- l'arrêté méconnaît l'article B.1.2.2 de la 3ème partie du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole dès lors que la surélévation ne se situe pas dans l'alignement des façades voisines et forme un angle droit marqué dans un environnement caractérisé par des toitures à double versant ; la surélévation a été agrandie, sa toiture ne se trouve pas dans le prolongement de la toiture principale, et n'est pas parallèle au sol, elle forme un angle obtus disgracieux ; le conduit de cheminée dépasse de plus d'un mètre au-dessus de la surélévation, l'architecte des bâtiments de France a d'ailleurs rappelé dans son avis du 16 octobre 2020 le caractère inesthétique du projet ;

- l'arrêté méconnaît l'article B.2.2 de la 1ère partie du règlement du plan local d'urbanisme métropolitain de Nantes métropole dès lors que le projet porte sur la destruction d'une haie identifiée au titre d'un espace paysager à protéger par la construction d'un escalier et que les travaux ont entraîné l'abattage d'un cerisier ; la quasi-totalité de la zone située en EPP a été décaissée ou retournée, l'escalier extérieur n'a jamais été créé, en lieu et place, les pétitionnaires ont construit une rampe qui déborde nettement dans l'espace paysager à protéger, à la place de l'escalier initialement projeté a été construit une rampe qui déborde nettement dans l'espace paysager à protéger.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 23 mars 2021 et 19 novembre 2021, la commune de Nantes, représentée par la SELARL MRV, conclut au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Elle fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Par des mémoires en défense, enregistrés les 16 février 2021 et 18 octobre 2021, M. et Mme G, représentés par la SELARL CVS, concluent au rejet de la requête et à ce qu'une somme de 2 000 euros soit mise à la charge des requérants en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Ils font valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code du patrimoine ;

- le code de l'urbanisme ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Ont été entendus au cours de l'audience publique :

- le rapport de Mme B ;

- les conclusions de M. Sarda, rapporteur public ;

- les observations de Me Le Borgne, avocat des requérants, de Me Vic, avocat de la commune de Nantes et de Me Angibaud, substituant Me Marchand, avocat de M. et Mme G.

Considérant ce qui suit :

1. Par un arrêté du 12 février 2020, la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par M. et Mme G le 20 janvier 2020 et portant sur l'extension et la surélévation d'une maison d'habitation située au 17 rue Edison à Nantes. Le 8 octobre 2020, M. et Mme G ont déposé une seconde déclaration préalable, complétant aux termes mêmes des pétitionnaires la première autorisation, et portant sur le " recalage " de la pente de toiture, du faîtage et du positionnement de la surélévation, la pose d'un conduit de fumée, le remplacement d'un muret de clôture surmonté d'un grillage par un mur de parpaings, la réfection de la toiture en ardoise et le remplacement de la porte de garage côté rue. M. C et Mme F, qui demeurent au n° 19 de la même rue, demandent au tribunal d'annuler l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à cette seconde déclaration préalable.

2. Lorsqu'une construction a fait l'objet de transformations sans les autorisations d'urbanisme requises, il appartient au propriétaire qui envisage d'y faire de nouveaux travaux de déposer une déclaration ou de présenter une demande de permis portant sur l'ensemble des éléments de la construction qui ont eu ou auront pour effet de modifier le bâtiment tel qu'il avait été initialement approuvé. Dans l'hypothèse où l'autorité administrative est saisie d'une demande ou d'une déclaration qui ne satisfait pas à cette exigence, elle doit inviter son auteur à présenter une demande portant sur l'ensemble des éléments devant être soumis à son autorisation ou devant donner lieu à déclaration. Lorsque cette autorité administrative, saisie dans les conditions qui viennent d'être mentionnées d'une demande ou d'une déclaration ne portant pas sur l'ensemble des éléments qui devaient lui être soumis, a illégalement accordé l'autorisation de construire qui lui était demandée ou ne s'est pas opposée à cette déclaration, au lieu de refuser de la délivrer ou de s'y opposer et de se borner à inviter le pétitionnaire à présenter une nouvelle demande ou déclaration portant sur l'ensemble des éléments ayant modifié ou modifiant la construction par rapport à ce qui avait été initialement autorisé, cette illégalité ne peut être regardée comme un vice susceptible de faire l'objet d'une mesure de régularisation en application de l'article L. 600-5-1 du code de l'urbanisme ou d'une annulation partielle en application de l'article L. 600-5 du même code.

3. Aux termes de l'article B.2.2 du 4.1 de la 1ère partie du plan local d'urbanisme métropolitain (PLUm) de Nantes Métropole, les espaces paysagers à protéger (EPP) sont définis de la façon suivante : " Élément tel que haie, zone humide, cœur d'îlot, boisement ou ensemble paysager à protéger pour des motifs d'ordre écologique et/ou paysager, notamment pour favoriser la sauvegarde de son intérêt urbain, paysager et environnemental. / Dans le cas où un terrain est concerné par un Espace Paysager à Protéger identifié au règlement graphique, les constructions, ouvrages et travaux sont autorisés à condition qu'ils ne soient pas de nature à porter atteinte à l'intégrité de cet Espace Paysager à Protéger. / Plus précisément, concernant les zones humides* ou les fossés* : les constructions, ouvrages et travaux sont autorisés à condition qu'ils ne soient pas de nature à porter atteinte à l'intégrité de cette zone humide* ou de ce fossé*, tant en termes de préservation des milieux que de fonctionnement hydraulique. ".

4. Il ressort des pièces du dossier que le terrain d'assiette du projet est grevé d'une servitude d'EPP dans sa partie nord-ouest, en fond de parcelle. Si les requérants font valoir que le projet entraîne la destruction d'une haie, il ressort de la photographie produite par les requérants que cette haie se situe le long de la partie est de la limite parcellaire nord, en dehors de l'EPP matérialisé dans le document graphique du PLUm. Les requérants font également valoir que le projet entraîne la réalisation d'une rampe, vers le centre du fond de parcelle, lequel est grevé de la servitude d'EPP et que ce déplacement porte atteinte à l'intégrité de cet EPP, notamment en entraînant l'abattage d'un arbre. Toutefois, il ne ressort pas des pièces du dossier, notamment de la confrontation entre le document graphique figurant ledit EPP, les plans de la déclaration préalable et les photographies produites par les requérants, que la réalisation de cette " rampe ", présentée comme un escalier dans la déclaration, porterait une atteinte effective à l'intégrité de l'EPP. En revanche, il ressort des pièces du dossier que, préalablement au dépôt de la déclaration du 8 octobre 2020 et à l'intervention de l'arrêté du 25 novembre 2020, et à l'occasion de l'exécution des travaux auxquels la maire de Nantes ne s'était pas opposée par l'arrêté du 12 février 2020, les pétitionnaires ont procédé à l'abattage d'un cerisier qui, compte tenu de la comparaison entre le plan de zonage figurant l'EPP et les photographies produites par les requérants, se situe dans l'EPP délimité par ce plan, ce qui n'est d'ailleurs pas contesté par les pétitionnaires. Dès lors que le premier arrêté de non-opposition du 12 février 2020 n'avait ni pour objet ni pour effet d'autoriser cet abattage, dont ne faisait pas état la déclaration préalable du 20 janvier 2020, il appartenait aux pétitionnaires de présenter une déclaration préalable de travaux portant également sur cet abattage, qui a eu pour effet de modifier la consistance de l'EPP, en sorte que l'autorité administrative soit à même de vérifier le respect des dispositions prescrivant de ne pas porter atteinte à l'intégrité de l'espace paysager à protéger. Faute qu'il en ait été ainsi, il appartenait à la maire de Nantes de s'opposer à la déclaration de travaux du 8 octobre 2020 et d'inviter M. et Mme G à présenter une déclaration portant sur l'ensemble des travaux ayant eu pour effet ou qui auraient eu pour effet de modifier ceux qui avaient fait l'objet de la déclaration du 20 janvier 2020 à laquelle ne s'était pas opposé l'arrêté du 12 février 2020. Par suite, les requérants sont fondés à soutenir que la maire de Nantes aurait dû s'opposer à la déclaration de travaux du 8 octobre 2020.

5. Pour l'application des dispositions de l'article L. 600-4-1 du code de l'urbanisme, aucun des autres moyens de la requête n'est susceptible, en l'état du dossier soumis au tribunal, de fonder l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2020.

6. Il résulte de ce qui précède que M. C et Mme F sont fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée par M. et Mme G le 8 octobre 2020.

Sur les frais liés au litige :

7. Dans les circonstances de l'espèce, il n'apparaît pas inéquitable de laisser à la charge de chacune des parties les frais qu'elles ont exposés dans le cadre de la présente instance et non compris dans les dépens.

D E C I D E :

Article 1er : L'arrêté du 25 novembre 2020 par lequel la maire de Nantes ne s'est pas opposée à la déclaration préalable de travaux déposée le 8 octobre 2020 par M. et Mme G est annulé.

Article 2 : Le surplus des conclusions des parties est rejeté.

Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. H C et Mme E F, à la commune de Nantes et à M. et Mme D G.

Délibéré après l'audience du 7 mars 2023, à laquelle siégeaient :

M. A de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 4 avril 2023.

La rapporteure,

C. B

Le président,

A. A DE BALEINELa greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne au préfet de la Loire-Atlantique en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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