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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100764

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100764

mardi 20 juin 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100764
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationD
Formation1ère Chambre
Avocat requérantNKOUKA MAJELLA

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 20 janvier 2021, M. B C, représenté par Me Nkouka Majella, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur, saisi d'un recours hiérarchique formé contre la décision du 15 février 2019 du préfet du Val d'Oise, a confirmé le rejet de sa demande de naturalisation.

Il soutient que :

- la décision attaquée est insuffisamment motivée ;

- la décision est entachée d'une erreur d'appréciation.

Par un mémoire en défense enregistré le 1er octobre 2021, le ministre de l'intérieur conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.

Vu les autres pièces du dossier.

Vu :

- le code civil ;

- le décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 ;

- le code de justice administrative.

Le président de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

Le rapport de Mme Milin, première conseillère, a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant de la République du Congo né en 1970, demande au tribunal d'annuler la décision du 16 novembre 2020 par laquelle le ministre de l'intérieur a, saisi d'un recours hiérarchique formé contre la décision du 15 février 2019 du préfet du Val d'Oise, confirmé le rejet de sa demande de naturalisation.

2. Il ressort de la décision attaquée que celle-ci comporte les considérations de fait et de droit sur lesquelles elle se fonde, le ministre n'étant pas tenu de faire état de l'argumentaire du postulant formulé à l'appui de son recours. Le moyen tiré du défaut de motivation suffisante doit donc être écarté.

3. Aux termes de l'article 21-15 du code civil : " Hors le cas prévu à l'article 21-14-1, l'acquisition de la nationalité française par décision de l'autorité publique résulte d'une naturalisation accordée par décret à la demande de l'étranger ". Au sens de l'article 22-1 du code civil : " L'enfant mineur dont l'un des deux parents acquiert la nationalité française, devient français de plein droit s'il a la même résidence habituelle que ce parent () ". Aux termes de l'article 1er du décret n° 93-1362 du 30 décembre 1993 relatif aux déclarations de nationalité, aux décisions de naturalisation, de réintégration, de perte, de déchéance et de retrait de la nationalité française : " Au sens du présent décret, le déclarant s'entend de la personne qui souscrit une déclaration en vue d'acquérir () la nationalité française ". Aux termes de l'article 7 du même décret : " La déclaration mentionne : / 1° Les nom, prénoms, date et lieu de naissance du déclarant, le lieu de sa résidence, ainsi que les noms, prénoms, dates et lieux de naissance de ses parents ; le cas échéant, les noms, prénoms, dates et lieux de naissance de son ou ses représentants légaux ainsi que le lieu de leur résidence () / 3° Le cas échéant, les noms, prénoms, dates et lieux de naissance des enfants mineurs mentionnés au titre de l'article 22-1 du code civil. () ". Et aux termes de l'article 48 du même décret : " () / Si le ministre chargé des naturalisations estime qu'il n'y a pas lieu d'accorder la naturalisation () sollicitée, il prononce le rejet de la demande. Il peut également en prononcer l'ajournement en imposant un délai ou des conditions () ".

4. En vertu de ces dispositions, il appartient au ministre chargé des naturalisations de porter une appréciation sur l'intérêt d'accorder la nationalité française à l'étranger qui la sollicite. Dans le cadre de cet examen d'opportunité, il peut légalement prendre en compte les renseignements défavorables recueillis sur le postulant.

5. Pour rejeter le recours hiérarchique formé par l'intéressé et confirmer la décision préfectorale de rejet, le ministre de l'intérieur s'est fondé sur la circonstance que M. C avait dissimulé à l'administration chargée d'examiner sa demande de naturalisation la réalité de sa situation familiale.

6. Il ressort des pièces du dossier qu'à l'occasion de sa demande de naturalisation, le postulant a indiqué dans le formulaire de demande, dont il a déclaré sur l'honneur la complétude et l'exactitude des renseignements y figurant, à la rubrique " enfants vivants ", avoir quatre enfants, dont deux mineurs, a également mentionné l'enfant de sa compagne, dont il n'est pas le père, qui réside à son domicile, sans faire état de son cinquième enfant, D A, reconnu par ses soins le 27 mars 2006. Si le requérant soutient confusément que cet " oubli " résulte d'une réaction de " dépit " ou de " déni " à la volonté de la mère de l'enfant de le priver d'un droit de garde, la circonstance, à la supposer avérée, de relations conflictuelles avec la mère du jeune D n'était pas de nature à l'affranchir de l'obligation de déclarer, conformément aux dispositions de l'article 7 du décret du 30 décembre 1993 et ainsi que l'y invitaient, au surplus, les mentions expresses du formulaire de demande d'acquisition de la nationalité française qu'il a renseigné, sa situation familiale présente et passée, notamment l'existence d'enfants mineurs issus d'une précédente union, résidant en France ou à l'étranger. Dans ces conditions, en rejetant la demande de naturalisation présentée par M. C pour le motif tiré de la dissimulation de sa situation familiale lors du dépôt de sa demande d'acquisition de la nationalité française, le ministre, eu égard au large pouvoir dont il dispose pour apprécier l'opportunité d'accorder ou non la nationalité française à l'étranger qui la sollicite, n'a pas commis d'erreur manifeste d'appréciation.

7. Il résulte de tout ce qui précède que la requête de M. C doit être rejetée.

D E C I D E :

Article 1er : La requête de M. C est rejetée.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. B C et au ministre de l'intérieur et des outre-mer.

Délibéré après l'audience du 30 mai 2023, à laquelle siégeaient :

M. Durup de Baleine, président,

Mme Thomas, première conseillère,

Mme Milin, première conseillère.

Rendu public par mise à disposition au greffe le 20 juin 2023.

La rapporteure,

C. MILIN

Le président,

A. DURUP DE BALEINE La greffière,

L. LÉCUYER

La République mande et ordonne

au ministre de l'intérieur et des outre-mer en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun

contre les parties privées, de pourvoir

à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

Le greffier,

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