jeudi 31 octobre 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100818 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 12eme chambre |
| Avocat requérant | BOURDON & FORESTIER |
Vu la procédure suivante :
Par une ordonnance du 20 janvier 2021, le président du tribunal administratif de Paris a transmis au tribunal administratif de Nantes le dossier de la requête de Mme B, en application des articles R. 351-3 et R. 312-12 du code de justice administrative.
Par une requête et un mémoire enregistrés le 22 janvier 2021 et le 10 octobre 2023, Mme A B épouse C, représentée par Me Bourdon, demande au tribunal :
1°) d'annuler la décision du 28 septembre 2020 par laquelle le ministre du travail a refusé de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle ;
2°) d'enjoindre au ministre du travail de lui accorder le bénéfice de la protection fonctionnelle dans un délai d'un mois à compter du jugement à intervenir sous astreinte de 1 500 euros par mois de retard et de condamner le ministre du travail à lui rembourser la totalité des frais de justice engagés dans le cadre de la procédure formée devant le tribunal correctionnel de Paris et de toute procédure à venir ;
3°) à défaut, d'enjoindre au ministre du travail de statuer à nouveau sur sa demande de protection fonctionnelle dans un délai de quinze jours à compter de la notification du jugement à intervenir ;
4°) de mettre à la charge de l'Etat le versement d'une somme de 2 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Elle soutient que :
- la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation dès lors que le courrier diffusé le 20 décembre 2019 par M. D contient des propos diffamatoires pouvant être qualifiés d'attaques au sens et pour l'application de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 ;
- la décision se fonde sur un motif erroné dès lors que le document du 20 décembre 2019 n'est pas une note à vocation générale mais un courrier qui lui a été personnellement adressé, la qualification de note ne faisant en tout état de cause pas obstacle au caractère diffamatoire du document et à l'engagement de poursuites à ce titre ;
- elle est fondée à obtenir le remboursement des frais de justice exposés dans le cadre de l'instance engagée devant le tribunal correctionnel de Paris et de toute procédure à venir.
Par un mémoire en défense enregistré le 19 juin 2023, le ministre du travail conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens de la requête ne sont pas fondés.
Un mémoire a été enregistré pour la requérante le 30 septembre 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la loi n° 83-634 du 13 juillet 1983 ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de Mme Milin, première conseillère ;
- les conclusions de Mme Malingue, rapporteure publique ;
- les observations de Mme B.
Considérant ce qui suit :
1. Mme B est inspectrice du travail. Le 12 février 2020, elle a sollicité du ministre du travail le bénéfice de la protection fonctionnelle. Une décision implicite de rejet étant née du silence de l'administration sur cette demande, Mme B a sollicité par un courrier du 20 septembre 2020 les motifs de cette décision, lesquels lui ont été communiqués par un courrier du 28 septembre 2020. La requérante demande au tribunal d'annuler la décision lui refusant le bénéfice de la protection fonctionnelle.
Sur les conclusions à fin d'annulation :
2. Il ressort des pièces du dossier que Mme B était chargée en 2017 et 2018, alors qu'elle était affectée à la direction régionale des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi, dorénavant direction régionale de l'économie, de l'emploi, du travail et des solidarités d'Ile-de-France au sein de l'unité de contrôle interdépartemental chargée du site de l'aéroport de Roissy, d'un dossier relatif aux conditions de décollage à l'aéroport de Bogota (Colombie) des avions de la compagnie Air France KLM, dit " décollages à Bogota ". Le 29 mai 2018, elle a été convoquée avec sa supérieure hiérarchique par le directeur général adjoint du travail pour un entretien dont il est constant qu'il avait pour objet de réprimander Mme B et sa supérieure sur leur gestion du dossier " décollages à Bogota ". Cet entretien a été suivi par la notification d'un courrier du 19 juin 2018 du directeur général du travail émettant des critiques sur la gestion par Mme B de ce dossier. Par un courrier électronique du 20 décembre 2019, le directeur général adjoint du travail a transmis, dans le cadre d'un rappel de règles de procédure adressé aux directeurs régionaux du travail, le courrier du 19 juin 2018. La requérante soutient que la transmission de ce courrier constitue une attaque justifiant que lui soit accordé le bénéfice de la protection fonctionnelle.
3. Aux termes des dispositions, alors applicables, de l'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 portant droits et obligations des fonctionnaires : " I.-A raison de ses fonctions et indépendamment des règles fixées par le code pénal et par les lois spéciales, le fonctionnaire ou, le cas échéant, l'ancien fonctionnaire bénéficie, dans les conditions prévues au présent article, d'une protection organisée par la collectivité publique qui l'emploie à la date des faits en cause ou des faits ayant été imputés de façon diffamatoire. / II.- Sauf en cas de faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la responsabilité civile du fonctionnaire ne peut être engagée par un tiers devant les juridictions judiciaires pour une faute commise dans l'exercice de ses fonctions. / Lorsque le fonctionnaire a été poursuivi par un tiers pour faute de service et que le conflit d'attribution n'a pas été élevé, la collectivité publique doit, dans la mesure où une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions n'est pas imputable au fonctionnaire, le couvrir des condamnations civiles prononcées contre lui. / III. - Lorsque le fonctionnaire fait l'objet de poursuites pénales à raison de faits qui n'ont pas le caractère d'une faute personnelle détachable de l'exercice de ses fonctions, la collectivité publique doit lui accorder sa protection. Le fonctionnaire entendu en qualité de témoin assisté pour de tels faits bénéficie de cette protection. La collectivité publique est également tenue de protéger le fonctionnaire qui, à raison de tels faits, est placé en garde à vue ou se voit proposer une mesure de composition pénale. / IV. - La collectivité publique est tenue de protéger le fonctionnaire contre les atteintes volontaires à l'intégrité de la personne, les violences, les agissements constitutifs de harcèlement, les menaces, les injures, les diffamations ou les outrages dont il pourrait être victime sans qu'une faute personnelle puisse lui être imputée. Elle est tenue de réparer, le cas échéant, le préjudice qui en est résulté. () ".
4. L'article 11 de la loi du 13 juillet 1983 établit à la charge de la collectivité publique et au profit des agents publics, lorsqu'ils ont été victimes d'attaques à raison de leurs fonctions, sans qu'une faute personnelle puisse leur être imputée, une obligation de protection à laquelle il ne peut être dérogé, sous le contrôle du juge, que pour des motifs d'intérêt général. Cette obligation de protection a pour objet, non seulement de faire cesser les attaques auxquelles le fonctionnaire ou l'agent public est exposé, notamment en cas de diffamation, mais aussi de lui assurer une réparation adéquate des torts qu'il a subis. La mise en œuvre de cette obligation peut notamment conduire l'administration à assister son agent dans l'exercice des poursuites judiciaires qu'il entreprendrait pour se défendre. Il appartient dans chaque cas à l'autorité administrative compétente de prendre les mesures lui permettant de remplir son obligation vis-à-vis de son agent, sous le contrôle du juge et compte tenu de l'ensemble des circonstances.
5. Pour justifier le refus d'octroyer à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle, le directeur des ressources humaines du ministère du travail a estimé que la requérante n'avait pas fait l'objet d'une attaque dans le cadre de ses fonctions de nature à lui valoir le bénéfice de cette protection. Il précise que la communication d'une note du directeur général du travail quant aux modalités d'intervention des services de l'inspection du travail dont il est l'autorité centrale ne constitue pas une diffamation.
6. Il ressort des pièces du dossier que le courrier du 19 juin 2018, qui a été postdaté à la date du 20 décembre 2019 dans le cadre de la transmission susmentionnée, critique de manière sévère la gestion du dossier " décollages à Bogota " par Mme B, reprochant à celle-ci un mode de fonctionnement " inadmissible ", une méconnaissance de la compétence matérielle des services de la direction générale du travail, une démarche " ni pertinente, ni justifiée et même parfaitement inappropriée ", " le caractère isolé et hors-système du traitement de ce dossier " et évoquant un " précédent préoccupant ". Si les nom et prénom de Mme B avaient été occultés, il n'en demeure pas moins que l'agent mis en cause dans ce courrier était aisément identifiable compte tenu des nombreuses informations circonstanciées qui y figuraient. Ce courrier a été diffusé à cent-quarante-huit destinataires relevant de la direction générale du travail, de la direction des ressources humaines, de la direction des affaires juridiques et des directions régionales des entreprises, de la concurrence, de la consommation, du travail et de l'emploi et ce, alors que le directeur général du travail avait mentionné en post-scriptum du courrier que celui-ci ne serait pas versé au dossier de l'agent.
7. Compte tenu du caractère aisément identifiable de l'agent mis en cause dans le courrier diffusé le 20 décembre 2019, de l'étendue de sa diffusion et de la sévérité des critiques et jugements de valeur qui s'y trouvent émis à l'encontre de Mme B, ce courrier ne peut être regardé comme une note à visée pédagogique sur les modalités d'intervention des services de l'inspection du travail, ni comme s'inscrivant dans le cadre de l'exercice normal du pouvoir hiérarchique du directeur général adjoint du travail comme le fait valoir le ministre du travail en défense. Il constitue ainsi une attaque à raison de ses fonctions de nature à octroyer le bénéfice de la protection fonctionnelle à la requérante. Par suite, la décision attaquée est entachée d'une erreur d'appréciation.
8. Il résulte de ce qui précède, sans qu'il soit besoin d'examiner les autres moyens de la requête, que la décision implicite par laquelle le ministre du travail a rejeté la demande de protection fonctionnelle de Mme B doit être annulée.
Sur les conclusions à fin d'injonction :
9. Eu égard au motif d'annulation retenu, l'exécution du présent jugement implique nécessairement que la ministre du travail et de l'emploi prenne une décision accordant à Mme B le bénéfice de la protection fonctionnelle. Il y a lieu d'enjoindre au ministre du travail, de la santé et de la solidarité d'y procéder dans un délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement, sans qu'il soit besoin d'assortir cette injonction d'une astreinte.
Sur les frais liés au litige :
10. Il y a lieu, dans les circonstances de l'espèce, de mettre à la charge de l'État le versement de la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative au titre des frais exposés par Mme B et non compris dans les dépens.
D E C I D E :
Article 1er : La décision implicite par laquelle le ministre du travail a rejeté la demande de protection fonctionnelle de Mme B est annulée.
Article 2 : Il est enjoint à la ministre du travail et de l'emploi d'octroyer la protection fonctionnelle à Mme B dans le délai de deux mois à compter de la notification du présent jugement.
Article 3 : L'État versera à Mme B la somme de 1 500 euros sur le fondement des dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.
Article 4 : Le surplus des conclusions de la requête est rejeté.
Article 5 : Le présent jugement sera notifié à Mme A B et à la ministre du travail et de l'emploi.
Délibéré après l'audience du 4 octobre 2024, à laquelle siégeaient :
Mme Gourmelon, présidente,
Mme Milin, première conseillère,
M. Cordrie, conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 31 octobre 2024.
La rapporteure,
C. MILIN
La présidente,
V. GOURMELON
La greffière,
F. ARLAIS
La République mande et ordonne la ministre du travail et de l'emploi en ce qui la concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
N°2100818
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026