mardi 7 mai 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100836 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 1ère Chambre |
| Avocat requérant | AVOCATS CONSEILS REUNIS |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 22 janvier 2021, M. A B et Mme C B, représentés par Me Taugourdeau, demandent au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le préfet de Maine-et-Loire a prononcé le transfert d'office du passage Ravenel dans le domaine public de la commune d'Angers sans indemnité ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 1 500 euros en application de l'article L.'761-1 du code de justice administrative.
Ils soutiennent que :
- la compétence de la signataire de l'arrêté attaqué n'est pas établie ;
- l'arrêté attaqué est entaché d'un vice de procédure, en ce qu'il a été pris sur le fondement d'un avis du commissaire enquêteur insuffisamment motivé ;
- l'arrêté attaqué est insuffisamment motivé ;
- l'arrêté méconnaît les dispositions de l'article L 318-3 du code de l'urbanisme, le transfert ne constituant pas une opération d'aménagement, et le passage Ravenel ne pouvant être qualifié de voie privée ouverte à la circulation publique ;
- l'arrêté méconnaît les stipulations de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2021, le préfet de Maine-et-Loire conclut au rejet de la requête.
Il fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Par un mémoire en défense, enregistré le 22 avril 2021, la commune d'Angers, représentée par Me Brossard, conclut au rejet de la requête et à ce que la somme de 1 500 euros soit mise à la charge des requérants.
Elle fait valoir que les moyens soulevés par les requérants ne sont pas fondés.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen ;
- le code des relations entre le public et l'administration ;
- le code de l'urbanisme ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.
Ont été entendus au cours de l'audience publique :
- le rapport de M. Brémond, premier conseiller
- les conclusions de M. Marowski, rapporteur public,
- les observations de Me Carré, substituant Me Brossard, avocat de la commune d'Angers.
Considérant ce qui suit :
1. Par une délibération du 28 octobre 2019, le conseil municipal d'Angers a engagé la procédure de classement d'office du passage Ravenel dans le domaine public routier de la commune. Par un arrêté municipal du 29 octobre 2019, la commune d'Angers a ouvert une enquête publique, qui s'est déroulée du 6 décembre 2019 au 20 décembre 2019. Le 30 janvier 2020, le commissaire enquêteur a rendu un avis favorable au transfert, assorti d'une réserve sur la nécessité pour la municipalité de travailler avec les riverains sur un projet de remise en état et de préservation du caractère apaisé du passage. En raison de l'opposition de certains propriétaires indivis du passage Ravenel, la commune a sollicité, par courrier du 31 juillet 2020, du préfet de Maine-et-Loire, le transfert du passage Ravenel dans le domaine public routier communal. Par un arrêté du 13 août 2020, dont les requérants demandent l'annulation, le préfet a prononcé ce transfert d'office.
2. En premier lieu, par un arrêté du 15 novembre 2019, publié au recueil des actes administratifs de la préfecture le 18 novembre 2019, le préfet de Maine-et-Loire a donné délégation à Mme Magali Daverton, secrétaire générale de la préfecture et signataire de l'arrêté attaqué, aux fins de signer, en toutes matières, tous les actes relevant des attributions du préfet à l'exclusion de certains d'entre eux au nombre desquels ne figure pas la décision contenue dans l'arrêté en litige. Dès lors, le moyen tiré de l'incompétence de cette signataire manque en fait et doit être écarté.
3. En deuxième lieu, aux termes de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme : " La propriété des voies privées ouvertes à la circulation publique dans des ensembles d'habitations et dans des zones d'activités ou commerciales peut, après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale et réalisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration, être transférée d'office sans indemnité dans le domaine public de la commune sur le territoire de laquelle ces voies sont situées. () ". Aux termes de l'article R. 134-26 du code des relations entre le public et l'administration : " () Le commissaire enquêteur ou le président de la commission d'enquête rédige un rapport énonçant ses conclusions motivées, en précisant si elles sont favorables ou non au projet. () ".
4. Si les requérants soutiennent que l'avis de la commissaire enquêtrice serait insuffisamment motivé et ne serait ni personnel ni circonstancié, il ressort toutefois des pièces du dossier que, dans les conclusions de son rapport d'enquête, celle-ci indique que le classement d'office est justifié et fondé sur l'intérêt général que représente la circulation publique existante et reconnue sur cette voie, et que la procédure de transfert d'office est " adaptée et pertinente ", les propriétaires ayant quasiment renconcé à exercer un droit de jouissance exclusive. En outre, elle reconnaît que, de par ses caractéristiques, le transfert d'office du passage Ravenel soulève des oppositions qui méritent d'être prises en considération mais aussi d'être relativisées par rapport aux engagements pris par la ville d'Angers. Par ailleurs, elle relève que le passage est emprunté régulièrement par des familles se rendant dans les écoles voisines, par des deux-roues et même par des automobilistes qui l'utilisent comme un raccourci. Elle précise que l'opération est suffisamment motivée et s'inscrit dans une démarche de régularisation, d'entretien et de sécurisation d'une voie publique. Son avis favorable, assorti d'une réserve portant sur la nécessité pour la municipalité de travailler avec les riverains sur un projet de remise en état et de préservation du caractère apaisé du passage, et d'une recommandation sur la conservation de la particularité de ce passage urbain, montre que les observations des riverains concernés ont été prises en compte. Il en résulte que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué aurait été pris au vu d'un avis de la commissaire enquêtrice insuffisamment motivé ou qui ne lui serait pas personnel et serait ainsi intervenu à l'issue d'une procédure irrégulière doit être écarté.
5. En troisième lieu, les requérants ne peuvent utilement soutenir que l'arrêté attaqué serait insuffisamment motivé, la décision portant, en application de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme, transfert d'office dans le domaine public communal d'une voie privée ouverte à la circulation publique n'étant soumise à une obligation de motivation, ni par l'article L. 211-2 du code des relations entre le public et l'administration, ni par aucun autre texte ou aucun principe. Au surplus, l'arrêté en litige énonce les considérations de droit et de fait sur lequel il se fonde, en particulier le fait que le passage Ravenel n'est plus affecté à un usage strictement privé, et que son incorportation dans le domaine public de la commune permet d'adapter ce passage à son usage en réalisant des travaux. L'arrêté attaqué est ainsi, en tout état de cause, suffisamment motivé.
6. Aux termes de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme : " " La propriété des voies privées ouvertes à la circulation publique dans des ensembles d'habitations et dans des zones d'activités ou commerciales peut, après enquête publique ouverte par l'autorité exécutive de la collectivité territoriale ou de l'établissement public de coopération intercommunale et réalisée conformément aux dispositions du code des relations entre le public et l'administration, être transférée d'office sans indemnité dans le domaine public de la commune sur le territoire de laquelle ces voies sont situées. / La décision de l'autorité administrative portant transfert vaut classement dans le domaine public et éteint, par elle-même et à sa date, tous droits réels et personnels existant sur les biens transférés. / Cette décision est prise par délibération du conseil municipal. Si un propriétaire intéressé a fait connaître son opposition, cette décision est prise par arrêté du représentant de l'Etat dans le département, à la demande de la commune. / L'acte portant classement d'office comporte également approbation d'un plan d'alignement dans lequel l'assiette des voies publiques est limitée aux emprises effectivement livrées à la circulation publique. / Lorsque l'entretien des voies ainsi transférées entraînera pour la commune une charge excédant ses capacités financières, une subvention pourra lui être allouée suivant les formes de la procédure prévue à l'article 248 du code de l'administration communale.". Le transfert des voies privées dans le domaine public communal prévu par les dispositions de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme est subordonné à l'ouverture de ces voies à la circulation publique, laquelle traduit la volonté de leurs propriétaires d'accepter l'usage public de leur bien et de renoncer à son usage purement privé. Le propriétaire d'une voie privée ouverte à la circulation est en droit d'en interdire à tout moment l'usage au public. Par suite, l'administration ne peut transférer d'office des voies privées dans le domaine public communal si les propriétaires de ces voies ont décidé de ne plus les ouvrir à la circulation publique et en ont régulièrement informé l'autorité compétente avant que l'arrêté de transfert ne soit pris, quand bien même cette décision serait postérieure à l'engagement de la procédure de transfert.
7. D'une part, il ressort des termes même de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme précité que le transfert d'office dans le domaine public de la commune de voies privées ouvertes à la circulation publique n'est pas conditionné à l'existence d'une opération d'aménagement. Il en résulte que les requérants ne sont pas fondés à soutenir que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de cet article sur ce point.
8. D'autre part, il ressort des pièces du dossier que, s'il existe un désaccord entre les propriétaires riverains du passage Ravenel sur le transfert de cette voie dans le domaine public de la commune d'Angers, cette voie n'est pas fermée à la circulation publique, la signalisation en place interdisant seulement l'accès aux véhicules, sauf aux riverains. Selon les constats faits par la commissaire enquêtrice lors de l'enquête publique préalable à la décision attaquée, le passage Ravenel est ainsi utilisé par des piétons et des cyclistes, notamment pour accéder aux établissements scolaires situés à proximité. En outre, le transfert fait suite à une demande de l'association des riverains du passage Ravenel, exprimée dès 2012 auprès de la municipalité d'Angers, compte tenu des difficultés de ces riverains à gérer et à entretenir cette voie qui n'est plus affectée à un usage strictement privé. Cette association regroupe une majorité de propriétaires favorables au transfert, seul 20% des propriétaires s'opposant à celui-ci. Par ailleurs, si les requérants produisent un courrier en date du 20 décembre 2019 par lequel plusieurs propriétaires s'opposent au projet de transfert, celui-ci, remis à la commissaire enquêtrice lors de l'enquête publique, se borne à contester une expropriation consécutive au transfert, mais ne demande pas la fermeture totale du passage Ravenel à la circulation publique. Dans ces conditions, les requérants ne sont pas fondés à soutenir que le passage Ravenel ne peut être qualifié de voie privée ouverte à la circulation publique. Il en résulte que le moyen tiré de ce que l'arrêté attaqué méconnaîtrait les dispositions de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme doit être écarté.
9. En dernier lieu, si les requérants soutiennent que l'arrêté en litige méconnaît l'article 17 de la Déclaration des droits de l'homme et du citoyen en ce qu'il aurait pour effet de les priver du droit de disposer de leur bien sans aucune indemnité, cet arrêté se fonde sur les dispositions de l'article L. 318-3 du code de l'urbanisme, dont il n'appartient pas au juge administratif d'apprécier la constiutionnalité, aucune question prioritaire de constitutionnalité n'ayant été présentée et cet article L. 318-3 ayant, au demeurant, été jugé conforme à la Constitution par la décision du Conseil Constitutionnel n°2010-43 QPC du 6 octobre 2010. En outre, si les requérants allèguent que la valeur de leur propriété serait diminuée en raison du transfert, une telle circonstance est en elle-même sans influence sur l'appréciation de la légalité de la décision attaquée. Il en résulte que le moyen tiré de la méconnaissance de l'article 17 de la déclaration des droits de l'homme et du citoyen doit être écarté.
10. Il résulte de tout ce qui précède que les requérants ne sont pas fondés à demander l'annulation de l'arrêté du 13 août 2020 par lequel le préfet de Maine et Loire a prononcé le transfert d'office du passage Ravenel dans le domaine public de la commune d'Angers sans indemnité.
Sur les frais liés au litige :
11. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce que la somme demandée par les requérants au titre des frais exposés et non compris dans les dépens soit mise à la charge de l'Etat qui n'a pas la qualité de partie perdante dans la présente instance. Dans les circonstances de l'espèce, il n'y a pas lieu de faire droit à la demande présentée par la commune d'Angers à ce titre.
D E C I D E :
Article 1er : La requête de M. et Mme B est rejetée.
Article 2 : Les conclusions présentées par la commune d'Angers au titre de l'article L.761-1 du code de justice administrative sont rejetées.
Article 3 : Le présent jugement sera notifié à M. A B et Mme C B, au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires ainsi qu'à la commune d'Angers.
Copie en sera adressée au préfet de Maine-et-Loire.
Délibéré après l'audience du 2 avril 2024, à laquelle siégeaient :
M. Durup de Baleine, président,
Mme Thomas, première conseillère,
M. Brémond, premier conseiller.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 7 mai 2024.
Le rapporteur,
E. BRÉMOND
Le président,
A. DURUP DE BALEINELa greffière,
L. LÉCUYER
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
Le greffier,
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026