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AccueilJurisprudence administrativeN° TA44-2100912

Tribunal Administratif de Nantes — Décision N° TA44-2100912

mercredi 8 février 2023

JuridictionTribunal Administratif de Nantes
SectionTribunal Administratif de Nantes
N° DossierTA44-2100912
TypeDécision
RecoursExcès de pouvoir
PublicationC
Formation2ème Chambre
Avocat requérantNESSAH

Texte intégral

Vu la procédure suivante :

Par une requête enregistrée le 25 janvier 2021, M. C, représenté par Me Nessah, demande au tribunal :

1°) d'annuler l'arrêté du 11 janvier 2021 par lequel le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour, l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an, ainsi que ses effets juridiques, dont le signalement aux fins de non-admission dans le fichier Système d'Information Schengen ;

2°) d'enjoindre au préfet de la Sarthe de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale " dans un délai d'un mois à compter de la notification du jugement à intervenir sous astreinte de 150 euros par jour de retard ;

3°) de mettre à la charge de l'Etat une somme de 1 500 euros sur le fondement de l'article L. 761-1 du code de justice administrative.

Il soutient que :

En ce qui concerne le refus de titre de séjour :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur manifeste d'appréciation ;

- la décision attaquée a été prise en violation de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

En ce qui concerne la décision portant interdiction de retour sur le territoire français :

- la décision est insuffisamment motivée ;

- la décision attaquée est entachée d'erreur d'appréciation et méconnaît l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales.

Par un mémoire en défense enregistré le 29 janvier 2021, le préfet de la Sarthe conclut au rejet de la requête.

Il fait valoir qu'aucun des moyens invoqués par le requérant n'est fondé.

Vu :

- le jugement de la magistrate désignée du 4 février 2021 ;

- les pièces du dossier.

Vu :

- la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales ;

- le code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ;

- le code de justice administrative.

Les parties ont été régulièrement averties du jour de l'audience.

La présidente de la formation de jugement a dispensé le rapporteur public, sur sa proposition, de prononcer des conclusions à l'audience.

Le rapport de M. B a été entendu au cours de l'audience publique.

Considérant ce qui suit :

1. M. C, ressortissant turc né le 28 octobre 1994, a fait l'objet le 16 janvier 2015 d'une première obligation de quitter le territoire français suite au rejet de sa demande d'asile, puis d'une deuxième le 16 avril 2018, à l'issue desquelles il s'est cependant maintenu sur le territoire français. Le 18 décembre 2019, il a sollicité un titre de séjour auprès du préfet de la Sarthe en se prévalant de sa situation familiale. Par arrêté du 11 janvier 2021, le préfet de la Sarthe a refusé de lui délivrer un titre de séjour portant la mention " vie privée et familiale ", l'a obligé à quitter le territoire français sans délai, a fixé le pays de destination et a prononcé à son encontre une interdiction de retour sur le territoire français pour une durée d'un an. Par un second arrêté du même jour, le préfet de la Sarthe l'a assigné à résidence à son domicile pour une durée maximale de 45 jours. Par sa requête, M. C demande au tribunal d'annuler les décisions contenues dans l'arrêté du

11 janvier 2021 portant refus de titre de séjour et interdiction de retour sur le territoire français. Par un jugement du 4 février 2021, la magistrate désignée du tribunal a renvoyé devant une formation collégiale du tribunal les conclusions de la requête tendant à l'annulation du refus de titre de séjour ainsi que les conclusions à fin d'injonction y afférentes, et a rejeté le surplus des conclusions de la requête.

Sur les conclusions à fin d'annulation du refus de titre de séjour :

2. En premier lieu, la décision attaquée vise notamment le 7° de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile ainsi que l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales. Elle mentionne les circonstances que, si M. C a conclu un PACS avec une ressortissante française le

23 avril 2019, la vie commune du couple était récente à la date de la décision attaquée, qu'il n'établissait pas que le centre de ses attaches personnelles et familiales se situait en France et que sa présence en France constituait une menace réelle et actuelle pour l'ordre public, dès lors qu'il a été condamné à deux ans d'emprisonnement dont un an avec sursis pour association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délai puni de 10 ans d'emprisonnement et aide à l'entrée ou au séjour irrégulier en bande organisée. La décision attaquée mentionnant ainsi de manière suffisamment précise et circonstanciée les considérations de droit et de fait qui en constituent le fondement, le moyen tiré de l'insuffisance de motivation doit être écarté comme manquant en fait.

3. En deuxième lieu, il résulte de la motivation de la décision attaquée que le préfet a pris en considération les éléments relatifs à la vie personnelle du requérant. Par suite, le moyen tiré du défaut d'examen de sa situation doit être écarté comme manquant en fait.

4. En troisième et dernier lieu, aux termes de l'article L. 313-11 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile : " Sauf si sa présence constitue une menace pour l'ordre public, la carte de séjour temporaire portant la mention " vie privée et familiale " est délivrée de plein droit : () 7° A l'étranger ne vivant pas en état de polygamie, qui n'entre pas dans les catégories précédentes ou dans celles qui ouvrent droit au regroupement familial, dont les liens personnels et familiaux en France, appréciés notamment au regard de leur intensité, de leur ancienneté et de leur stabilité, des conditions d'existence de l'intéressé, de son insertion dans la société française ainsi que de la nature de ses liens avec la famille restée dans le pays d'origine, sont tels que le refus d'autoriser son séjour porterait à son droit au respect de sa vie privée et familiale une atteinte disproportionnée au regard des motifs du refus ". Aux termes de l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales : " 1. Toute personne a droit au respect de sa vie privée et familiale, de son domicile et de sa correspondance. / 2. Il ne peut y avoir ingérence d'une autorité publique dans l'exercice de ce droit que pour autant que cette ingérence est prévue par la loi et qu'elle constitue une mesure qui, dans une société démocratique, est nécessaire à la sécurité nationale, à la sûreté publique, au bien-être économique du pays, à la défense de l'ordre et à la prévention des infractions pénales, à la protection de la santé ou de la morale, ou à la protection des droits et libertés d'autrui. ".

5. Il ressort des pièces du dossier qu'à la date de la décision attaquée, M. C n'était pacsé avec une ressortissante français que depuis 2 ans, et le mariage, contracté le 16 juillet 2020, était encore plus récent. Par ailleurs, il ressort des pièces du dossier que, par jugement du

6 juillet 2018 du tribunal correctionnel de Rennes, M. C a été condamné à 2 ans d'emprisonnement dont 1 avec sursis pour aide à l'entrée, à la circulation ou au séjour irréguliers d'un étranger en France ou dans un Etat partie à la convention de Schengen, en bande organisée commis de janvier 2015 au 11 octobre 2016 et participation à association de malfaiteurs en vue de la préparation d'un délai puni de 10 ans d'emprisonnement pour la même période. Dans ces conditions, eu égard à la gravité et au caractère récent des faits commis par M. C et à la faible ancienneté de sa relation avec sa compagne de nationalité française, le préfet de la Sarthe n'a pas porté une atteinte disproportionnée à son droit à mener une vie privée et familiale tel qu'il est garanti à l'article 8 de la convention européenne de sauvegarde des droits de l'homme et des libertés fondamentales et n'a pas davantage commis d'erreur manifeste dans l'appréciation des conséquences de sa décision sur la situation personnelle de l'intéressé.

6. Il résulte de tout ce qui précède que les conclusions de M. C à fin d'annulation ainsi que, par voie de conséquence, ses conclusions à fin d'injonction sous astreinte, doivent être rejetées.

D E C I D E :

Article 1er : Les conclusions sur lesquelles il n'a pas déjà été statué par le jugement du

4 février 2021 de la magistrate désignée du tribunal, sont rejetées.

Article 2 : Le présent jugement sera notifié à M. A C et au préfet de la Sarthe.

Délibéré après l'audience du 18 janvier 2023, à laquelle siégeaient :

Mme Loirat, président,

M. Gauthier, premier conseiller,

M. Simon, premier conseiller,

Rendu public par mise à disposition au greffe le 8 février 2023.

Le rapporteur,

P-E. B

La présidente,

C. LOIRATLa greffière,

P. LABOUREL

La République mande et ordonne au préfet de la Sarthe en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun, contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.

Pour expédition conforme,

La greffière,

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