mercredi 19 juin 2024
| Juridiction | Tribunal Administratif de Nantes |
| Section | Tribunal Administratif de Nantes |
| N° Dossier | TA44-2100945 |
| Type | Décision |
| Recours | Excès de pouvoir |
| Publication | C |
| Formation | 5ème Chambre |
| Avocat requérant | THOUY |
Vu la procédure suivante :
Par une requête, enregistrée le 26 janvier 2021, l'association Animal Cross, représentée par Me Hélène Thouy et Me Olivier Vidal, demande au tribunal :
1°) d'annuler l'arrêté du 14 janvier 2021 par lequel le préfet de la Mayenne a modifié son arrêté du 9 juin 2020 portant sur l'exercice de la chasse du gibier sédentaire dans le département de la Mayenne pour la campagne 2020/2021, en repoussant au 28 février 2021 la date de fermeture de la chasse à la perdrix d'élevage baguée et ponchotée ;
2°) de mettre à la charge de l'Etat la somme de 3 000 euros en application de l'article L. 761-1 du code de justice administrative
Elle soutient que :
- la prolongation de la chasse à la perdrix d'élevage prononcée par l'arrêté attaqué, dérogatoire à l'interdiction de chasser posée par les dispositions de l'article L. 424-1 du code de l'environnement, ne comporte pas l'ensemble des mentions énoncées à l'article R. 424-9-1 de ce même code, notamment les circonstances de temps et de lieu, ou les contrôles opérés ;
- l'arrêté attaqué a été pris au terme d'une procédure irrégulière au regard de l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement relatif à la consultation du public ;
- la consultation du public par internet, que le préfet a choisi d'organiser et dont il devait dès lors respecter la procédure, n'a duré que sept jours au lieu des vingt-et-un exigés par l'article L. 123-19-1 du code de l'environnement ;
- la synthèse des observations n'a été ni rédigée ni rendue publique ;
- la consultation de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage est irrégulière, en l'absence de justification par le préfet de la réalité de l'avis qui aurait été rendu par cette commission le 21 décembre 2020 ainsi que de l'avis de la fédération départementale des chasseurs de la Mayenne ;
- il n'est pas établi que la convocation des membres de la commission départementale de la chasse et de la faune sauvage ait été régulièrement effectuée, dans le respect des dispositions de l'article R. 133-8 du code des relations entre le public et l'administration ; le préfet n'établit pas que les documents nécessaires à l'examen du projet d'arrêté litigieux ont bien été adressés aux membres de la commission ;
- l'entrée en vigueur de l'arrêté attaqué, dès le lendemain de sa publication, méconnaît les dispositions de l'article R. 424-6 du code de l'environnement qui impose une publication de ce type d'arrêté au moins vingt jours avant son entrée en vigueur ;
- l'arrêté attaqué a été pris en méconnaissance des dispositions de l'article L. 424-2 du code de l'environnement, lesquelles dispositions étaient bien applicables en l'espèce ; le préfet ne fait pas état d'un intérêt de santé ou de sécurité publique qui aurait justifié cette prolongation de la période de chasse, notamment un risque avéré de diffusion de l'influenza aviaire ; il prend au contraire le risque sanitaire de favoriser la diffusion de la maladie parmi la population sauvage ; l'objectif de tuer par balle le plus rapidement possible les animaux lâchés ne constitue pas un objectif de bien-être animal ; le seul but de la mesure est de soutenir la filière de l'élevage de gibier à plume ; le préfet ne démontre pas qu'il n'existe pas d'autres solutions satisfaisantes, notamment l'installation de nouvelles volières, la neutralisation des œufs alors que les élevages sont soumis à des mesures de biosécurité drastiques qui ne prévoient pas l'organisation de la destruction des animaux par la chasse ;
- l'arrêté attaqué méconnaît la directive n°2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 relative à la conservation des oiseaux sauvages, eu égard au fort déclin de la perdrix rouge en Mayenne et au caractère délétère des lâchers de population d'élevage ; l'arrêté institue un allongement de la période de prélèvement au cours de laquelle il sera impossible de distinguer les deux populations sauvage et d'élevage, en contradiction avec le principe d'une régulation équilibrée de la perdrix rouge.
Par un mémoire en défense, enregistré le 6 avril 2021, le préfet de la Mayenne demande au tribunal de rejeter les conclusions présentées par l'association Animal Cross.
Il fait valoir que :
- à titre principal, la requête est irrecevable :
- le président de l'association requérante n'a pas été mandaté à cette fin par son conseil d'administration en application des articles 14 et 15 des statuts de l'association ;
- l'association requérante n'a pas d'intérêt à agir, eu égard à son objet national, à l'encontre d'une décision ayant une portée limitée au département de la Mayenne ;
- à titre subsidiaire, le moyen tiré de la méconnaissance de la directive est inopérant et, en tout état de cause, non fondé ; les autres moyens soulevés ne sont pas fondés.
Les parties ont été informées, en application de l'article R. 611-11-1 du code de justice administrative, de la période au cours de laquelle l'affaire serait susceptible d'être appelée à l'audience et de la date, fixée au 15 mars 2024, à partir de la laquelle une clôture d'instruction à effet immédiat pourrait intervenir.
La clôture de l'instruction à effet immédiat est intervenue le 20 mars 2024.
Vu les autres pièces du dossier.
Vu :
- la Convention de Berne relative à la conservation de la vie sauvage et du milieu naturel de l'Europe du 19 septembre 1979.
- la directive 2009/147/CE du Parlement européen et du Conseil du 30 novembre 2009 ;
- le code de l'environnement ;
- l'arrêté du 26 juin 1987 fixant la liste des espèces de gibier dont la chasse est autorisée ;
- le code de justice administrative.
Les parties ont été régulièrement averties du jour et de l'heure de l'audience.
Le rapport de M. Martin, président-rapporteur, a été entendu au cours de l'audience publique du 22 mai 2024.
Considérant ce qui suit :
1. Le préfet de la Mayenne, par un arrêté du 9 juin 2020, a défini notamment les règles relatives à l'ouverture et à la clôture de la chasse pour la saison cynégétique 2020-2021 dans le département. Il a en particulier, à l'article 4 de son arrêté, fixé aux 20 septembre et 6 décembre 2020 les dates respectives d'ouverture et de fermeture de la chasse aux perdrix grise et rouge. Les établissements professionnels existants à caractère commercial, régulièrement déclarés et définis à l'article L. 424-3 du code de l'environnement, ont été cependant autorisés à chasser la perdrix issue de lâcher jusqu'au 28 février 2021. Par l'article 1er d'un arrêté du 14 janvier 2021, le préfet de la Mayenne a modifié l'article 4 de son arrêté du 9 juin 2020 en décidant de repousser au 28 février 2021 la date de fermeture de la chasse à la perdrix rouge issue d'élevage, baguée et ponchotée, pour l'ensemble des chasseurs. Par l'article 4 de ce même arrêté du 14 janvier 2021, le préfet a prescrit que le lâcher des perdrix rouges devra s'effectuer au plus près du lieu de chasse et le plus loin possible des lieux de rassemblement d'oiseaux définis à l'article L. 424-6 du code de l'environnement et que la chasse de ces oiseaux de lâcher devra avoir lieu le plus rapidement possible, dans l'objectif de favoriser un taux de prélèvement élevé. Par la présente requête, l'association Animal Cross demande au tribunal l'annulation de ces dispositions de l'arrêté du 14 janvier 2021 du préfet de la Mayenne.
Sur la fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Mayenne, tirée de l'absence d'intérêt à agir de l'association Animal Cross :
2. L'article 2 des statuts de l'association Animal Cross dispose que : " L'association a pour objet • la protection et la défense de tous les animaux, • la diminution de la souffrance animale causée par l'homme, • la promotion de méthodes alternatives pour alléger et/ou supprimer la souffrance animale et promouvoir une meilleure prise en compte des intérêts des animaux, et ce par tous les moyens appropriés et légaux. () L'association s'attachera, par exemple : () • au respect de la loi concernant les animaux (). Parmi les moyens retenus, l'association s'autorise entre autres à : () • engager toute démarche juridique afin de satisfaire à ses objectifs, devant toutes juridictions qu'elles soient administratives, civiles, pénales, européennes ou internationales. L'association n'a aucun but lucratif. Elle poursuit un but d'intérêt général, au niveau national et international. () ".
3. L'intérêt à agir de l'association Animal Cross doit être apprécié au regard de son propre objet, tel que défini par ses statuts, qui, à défaut de prévoir un champ d'action géographique plus restreint, doivent être regardés comme lui conférant un ressort national.
4. Cette association ne figure pas au nombre des associations de protection de l'environnement agréées au titre de l'article L. 141-1 du code de l'environnement auxquelles l'article L. 142-1 du même code confère un intérêt pour agir indépendamment de considérations tenant au rapport entre l'étendue de leur ressort territorial et la portée des décisions qu'elles contestent.
5. Si, en principe, le fait qu'une décision administrative ait un champ d'application territorial limité fait obstacle à ce qu'une association ayant un ressort national justifie d'un intérêt lui donnant qualité pour en demander l'annulation, il peut en aller autrement lorsque la décision soulève, en raison de ses implications, notamment dans le domaine des libertés publiques, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèdent les seules circonstances locales.
6. Les dispositions de l'arrêté en litige ont pour objet de prolonger la période de la chasse à la perdrix rouge d'élevage sur le territoire du seul département de la Mayenne. Il ne ressort pas des pièces du dossier que ces dispositions, lesquelles procèdent du constat de l'importance de la population des perdrix rouges d'élevage en Mayenne et emportent des effets qui demeurent spécifique à ce département, soulèveraient, en raison de leurs implications, des questions qui, par leur nature et leur objet, excèderaient les seules circonstances de ce département. Dans ces conditions, l'association Animal Cross, qui ne le conteste d'ailleurs pas, ne justifie pas d'un intérêt lui donnant qualité pour demander l'annulation des dispositions des articles 1er et 4 de l'arrêté préfectoral du 14 janvier 2021. La fin de non-recevoir opposée par le préfet de la Mayenne doit, par suite, être accueillie.
7. Il résulte de ce qui précède que les conclusions à fin d'annulation présentées par l'association Animal Cross sont irrecevables et ne peuvent, dès lors, qu'être rejetées.
Sur les frais liés au litige :
8. Les dispositions de l'article L. 761-1 du code de justice administrative font obstacle à ce qu'une somme soit mise à la charge de l'Etat, qui n'est pas partie perdante dans la présente espèce, en remboursement des frais exposés par l'association Animal Cross et non compris dans les dépens.
D É C I D E :
Article 1er : La requête présentée par l'association Animal Cross est rejetée.
Article 2 : Le présent jugement sera notifié à l'association Animal Cross et au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires.
Une copie en sera adressée à la préfète de la Mayenne.
Délibéré après l'audience du 22 mai 2024, à laquelle siégeaient :
M. Luc Martin, président,
M. Xavier Catroux, premier conseiller,
Mme Justine-Kozue Kubota, conseillère.
Rendu public par mise à disposition au greffe le 19 juin 2024.
Le président-rapporteur,
L. MARTIN
L'assesseur le plus ancien,
X. CATROUX
La greffière,
V. MALINGRE
La République mande et ordonne au ministre de la transition écologique et de la cohésion des territoires en ce qui le concerne ou à tous commissaires de justice à ce requis en ce qui concerne les voies de droit commun contre les parties privées, de pourvoir à l'exécution de la présente décision.
Pour expédition conforme,
La greffière,
V. MALINGRE
No 2100945
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608292
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. A... contre l'arrêté du préfet des Hautes-Alpes du 5 mai 2026 prolongeant son assignation à résidence. Le requérant invoquait une atteinte disproportionnée à sa liberté d'aller et venir et une méconnaissance de l'article 8 de la Convention européenne des droits de l'homme et de l'article 3-1 de la Convention internationale des droits de l'enfant. Le tribunal a jugé que les contraintes horaires imposées (présence au domicile de 14h à 17h) n'étaient pas disproportionnées, faute de preuves suffisantes de leur incompatibilité avec le suivi scolaire de sa belle-fille. La décision s'appuie sur les articles L. 731-1 et R. 733-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608430
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant égyptien, contestant un arrêté préfectoral du 14 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. La juridiction a estimé que l'arrêté était suffisamment motivé et ne méconnaissait pas les articles L. 612-6 et L. 612-10 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile (CESEDA), le préfet ayant examiné les critères légaux. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, y compris la demande d'aide juridictionnelle provisoire et de communication du dossier.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2608432
Le Tribunal Administratif de Marseille a rejeté la requête de M. B..., ressortissant sénégalais, contestant un arrêté préfectoral du 15 mai 2026 l'obligeant à quitter le territoire français sans délai, avec une interdiction de retour de deux ans. Le tribunal a jugé que l'arrêté était suffisamment motivé et que la situation personnelle du requérant avait été examinée, notamment son maintien irrégulier après expiration de son visa. La solution retenue est le rejet de l'ensemble des conclusions, sur la base des articles L. 613-1, L. 612-2, L. 612-6 et L. 721-4 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile.
01/06/2026
Tribunal Administratif de Marseille — N° TA13-2607881
Le Tribunal administratif de Marseille, statuant en référé sur le fondement de l’article L. 521-1 du code de justice administrative, a rejeté la demande de suspension de l’arrêté du sous-préfet d’Istres du 7 avril 2026 mettant en demeure M. et Mme A... de quitter leur logement à Vitrolles. La requête a été jugée irrecevable car elle n’était pas accompagnée de la copie intégrale de la décision contestée, en méconnaissance des exigences procédurales. En conséquence, le juge a appliqué l’article L. 522-3 du même code pour rejeter la requête sans instruction ni audience, et a refusé l’admission provisoire à l’aide juridictionnelle.
01/06/2026